Le 27 mai 2017, pendant sa réunion, le Synode de l’Église orthodoxe ukrainienne a adopté une lettre à l’occasion du 25e anniversaire du Concile de Kharkov.

Eminences et Excellences,

Chers pères, frères et sœurs,

Cette année, l’Église orthodoxe ukrainienne fête avec un élan spirituel particulier le 25e anniversaire du Concile épiscopal de Kharkov, qui eut lieu les 27 et 28 mai 1992. Cet évènement a été décisif dans l’histoire contemporaine de l’Orthodoxie en Ukraine, et nous remercions humblement Dieu de Ses grandes miséricordes et de la largesse qu’Il a manifesté et manifeste envers Sa Sainte Église durant tout son cheminement historique sur cette terre.

Depuis les temps apostoliques, l’Église a toujours résolu les questions litigieuses en Concile, dans l’esprit de charité que nous a légué le Seigneur. La conciliarité est le fondement de l’organisation ecclésiale, la manifestation visible de l’union des fidèles en Jésus Christ, de leur unité dans le Saint Esprit. Comme en témoigne l’Écriture Sainte, les croyants n’avaient qu’un seul cœur et qu’une seule âme (cf Ac 4, 32). La conciliarité est l’unité dans la diversité, qui permet à chaque membre de l’Église de rester soi-même, mais ne laisse personne s’enfermer sur soi. Dans l’Église, il ne peut y avoir ni dictateur autoritaire, ni anarchie, ni chaos, qui sont contraires à la nature divine. La forme conciliaire de direction de l’Église est la voie que Dieu a instituée, et qui permet au peuple de Dieu de surmonter tous les obstacles qui se rencontrent dans son voyage vers la Patrie céleste.

Le Concile épiscopal de Kharkov en 1992 a été une puissante manifestation de la conciliarité de notre Église. Il a répondu aux défis qui se posaient à l’Orthodoxie dans l’Ukraine indépendante. A la charnière des années 1991-92, l’Église orthodoxe ukrainienne vivait une situation conflictuelle, suscitée par l’aspiration de son primat d’alors, le métropolite Philarète (Denissenko), à décider lui-même de la voie à suivre et à imposer sa volonté sans appel à d’autres. Au printemps 1992, alors que le métropolite Philarète s’est ouvertement engagé sur la voie du schisme et contrevenait aux fondements canoniques de l’Église, l’épiscopat ukrainien s’est prononcé résolument contre ce danger, manifestant en cette heure troublée et décisive son souci de l’avenir de la Sainte Église.

Le 27 mai 1992, 17 des 20 évêques diocésains de l’Église orthodoxe ukrainienne sont venus participer au Concile épiscopal de Kharkov. Deux de ceux qui n’avaient pu venir au Concile pour des raisons valables, ont fait savoir leur entier soutien aux décisions conciliaires. Ayant discuté de la difficile situation à l’intérieur de l’Église, les membres du Concile, refusant de compromettre leur conscience face aux défis de ce monde, ont décidé de déposer le métropolite Philarète de ses fonctions de primat et de l’interdire. Le métropolite Vladimir (Sabodan) a alors été élu nouveau primat de l’Eglise orthodoxe ukrainienne. Affermis par la grâce du Saint Esprit, les pères du Concile de Kharkov ont cherché à mettre en œuvre les paroles sacrées du Sauveur : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11). Leurs Éminences, sans crainte, ont confirmé l’unité du peuple de Dieu avec l’Orthodoxie mondiale, défendu le principe de conciliarité de l’Église et bâti les fondements inébranlables de la poursuite de sa mission salutaire sur le territoire de l’Ukraine.

La légitimité de l’action du Concile épiscopal de Kharkov a été confirmée au niveau panorthodoxe. Les primats de toutes les Églises orthodoxes locales ont reconnu comme légitime l’élection du métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine. Durant 22 années, Sa Béatitude le métropolite Vladimir a été à la tête de notre Sainte Église. Ces années ont vu l’essor de l’Orthodoxie en Ukraine. Pendant son ministère primatial, le nombre de paroisses de l’Église orthodoxe ukrainienne est passé de 5500 à près de 12000, le nombre de monastères de 32 à 228, le nombre d’écoles de théologie de 4 à 17. Plusieurs institutions synodales ont été fondées, chargées des différents aspects de la vie de l’Église. Le travail missionnaire et social a débuté, à partir de rien. Des centaines de périodiques, des programmes de télévision et de radio, des ressources sur internet ont vu le jour.

Sa Béatitude le métropolite Vladimir a été l’un des leaders spirituels du peuple ukrainien. Son amour pour la patrie lui a valu le respect sincère du peuple et des fonctionnaires. Eu égard à ses mérites envers le peuple ukrainien, le métropolite Vladimir a été déclaré Héros de l’Ukraine en 2011.

Aujourd’hui, l’Église orthodoxe ukrainienne est la communauté religieuse la plus importante du pays. Elle rassemble des gens de différentes nationalités, de différentes convictions politiques, de différentes cultures, témoignant véritablement qu’il n’y a, dans le Royaume de Dieu, « plus de Grec, ni de Juif, plus de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, d’homme libre ; il n’y a que le Christ, qui est tout en tous » (Col 3, 11). Notre Église est représentée dans toutes les régions d’Ukraine. Même dans les régions qui échappent temporairement au pouvoir du gouvernement ukrainien, elle continue à accomplir son ministère de salut. Malheureusement, certains politiciens tentent de s’immiscer dans les affaires de l’Église. Ainsi, la communauté orthodoxe a récemment été bouleversée par la possibilité de l’adoption par le parlement ukrainien de plusieurs projets de loi allant contre l’Église, parmi lesquels le projet de loi n°4511, sur le statut particulier des organisations religieuses dont les centres de direction sont situées dans un état reconnu par la Rada d’Ukraine comme état agresseur. Le 18 mai de l’année en cours, des dizaines de milliers de fidèles de l’Église orthodoxe ukrainienne, dans toute l’Ukraine, ont prié les députés d’entendre la voix de l’Église, et de ne pas permettre le développement de la haine religieuse, de la discrimination, les violations de la liberté de conscience et de confession religieuse. Nous soulignons encore une fois que le centre de direction de l’Église orthodoxe ukrainienne qui, selon ses Statuts, est autonome et indépendante dans sa direction et son organisation, se trouve à Kiev. C’est à Kiev que sont prises les décisions concernant l’activité de l’Église orthodoxe ukrainienne. Il ne faut pas nous appeler « Église de Moscou » uniquement parce que nous gardons la tradition spirituelle millénaire, qui tire son origine du baptême de la Rus’ de Kiev dans les eaux bénies du Dniepr et unit des millions de fidèles, résidant aujourd’hui à Moscou, à Minsk, à Kichinev et dans beaucoup d’autres pays de par le monde.

Nous soulignons encore et encore qu’il est nécessaire de respecter le principe constitutionnel de la séparation de l’Église et de l’état. Leur coopération dans certaines sphères de la vie publique ne doit en aucune façon se transformer en soumission des institutions ecclésiastiques à l’état. Il faut mettre fin aux tentatives de créer une Église d’état en Ukraine. Toutes les églises et les communautés religieuses doivent être égales devant l’état et libres d’accomplir leur ministère.

Malheureusement, nous devons constater que le problème du schisme existe toujours en Ukraine. Il divise l’unité du corps mystique du Christ. On ne peut surmonter le schisme que par un dialogue franc et sincère. Cependant, aujourd’hui, le dialogue est rendu impossible par l’agressivité déclarée du « Patriarcat de Kiev ». Le premier pas vers le dialogue doit être le renoncement aux actions de force et à la rhétorique agressive. Tous les biens d’église usurpés doivent être rendus à leur propriétaire légal. Le dialogue ne pourra commencer qu’après des actes concrets, confirmant les intentions et les déclarations pacifiques.

Le Seigneur Jésus Christ appelle tous ses vrais disciples à la paix et à l’amour : « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35). Quelles que soient les épreuves par lesquelles passe notre Église, nous devons être toujours prêts à préserver la paix ecclésiastique et civile, et la paix dans nos cœurs. Nous devons élever de sincères prières pour ceux qui nous ont offensés, afin que le Seigneur nous ouvre la voie de la réconciliation et de la concorde.

Saluant cordialement l’épiscopat, les clercs, les moines et tous les fidèles enfants de l’Église orthodoxe ukrainienne à l’occasion de ce jubilé, nous prions pour que tous gardent courageusement la pureté de la confession de la foi orthodoxe et de restent fidèles à la canonicité de notre Église, servent Dieu sans relâche et œuvrent à sauver les âmes humaines, à faire prospérer notre état ukrainien et notre peuple.

Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous (cf 2 Cor 13, 14).

Au nom du Saint Synode de l’Église orthodoxe ukrainienne

+ONUPHRE

METROPOLITE DE KIEV ET DE TOUTE L’UKRAINE,

PRIMAT DE L’EGLISE ORTHODOXE UKRAINIENNE