{"id":95734,"date":"2013-12-16T20:36:07","date_gmt":"2013-12-16T16:36:07","guid":{"rendered":"https:\/\/mospat.ru\/?p=95734"},"modified":"2013-12-18T21:06:26","modified_gmt":"2013-12-18T17:06:26","slug":"95734","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/2013\/12\/16\/news95734\/","title":{"rendered":"Le m\u00e9tropolite Hilarion : Dans le contexte d\u2019un monde global, les langues \u00e9trang\u00e8res sont une grande richesse"},"content":{"rendered":"<p>Le 14 d\u00e9cembre 2013, Irina Khaleeva, recteur de l\u2019Universit\u00e9 linguistique d\u2019\u00c9tat de Moscou, \u00e9tait l\u2019invit\u00e9e du m\u00e9tropolite Hilarion de Volokolamsk, qui anime l\u2019\u00e9mission \u00ab\u00a0Tserkov\u2019\u00a0 i mir\u00a0\u00bb (<i>L\u2019\u00c9glise et le monde<\/i>) sur la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision \u00ab\u00a0Rossia-2\u00a0\u00bb. Mgr Hilarion a pr\u00e9sent\u00e9 son invit\u00e9 et annonc\u00e9 le th\u00e8me de l\u2019\u00e9mission qui portait sur l\u2019\u00e9tude des langues \u00e9trang\u00e8res. Remerciant le m\u00e9tropolite, Mme Khaleeva l\u2019a interrog\u00e9 \u00ab\u00a0sur le r\u00f4le et la place de la linguistique, des langues \u00e9trang\u00e8res, et donc de la communication, dans le discours th\u00e9ologique et dans le milieu eccl\u00e9siastique.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0La question n\u2019est pas vaine \u2013 a-t-elle poursuivi \u2013 car je vous connais depuis longtemps comme un homme extr\u00eamement instruit, non seulement en tant que compositeur et musicien, mais \u00e9galement en tant que th\u00e9ologien connu dans le monde entier. Je sais que vous poss\u00e9dez l\u2019anglais et d\u2019autres langues \u00e9trang\u00e8res aussi bien que le russe, votre langue maternelle. C\u2019est pourquoi j\u2019aimerais vous demander (et je pense pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 ma propre question) si tous les pr\u00eatres du Patriarcat de Moscou connaissent les langues \u00e9trang\u00e8res, et pourquoi cela peut \u00eatre important pour un homme d\u2019\u00c9glise\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><b>Le m\u00e9tropolite Hilarion<\/b>\u00a0: Le clerc, aujourd\u2019hui ne se contente plus de baptiser, de marier et d\u2019enterrer\u00a0: il est aussi un homme public. C\u2019est quelqu\u2019un qui doit \u00e9changer avec les gens, y compris avec des gens de diff\u00e9rentes nationalit\u00e9s. Aucun pr\u00eatre ne peut \u00eatre certain qu\u2019un jour il ne viendra pas \u00e0 la confession quelqu\u2019un ne sachant pas le russe. On ne peut \u00e9videmment pas exiger des pr\u00eatres qu\u2019ils sachent toutes les langues du monde, c\u2019est irr\u00e9aliste, mais ce n\u2019est pas un hasard si tous les s\u00e9minaires proposent aujourd\u2019hui des cours de langues, pas seulement de langues anciennes permettant de lire les \u00c9critures ou les P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise dans le texte, mais de langues contemporaines. Si nous exigeons aujourd\u2019hui que tous les pr\u00eatres aient, au minimum, le niveau du s\u00e9minaire, c\u2019est parce que la norme devrait \u00eatre que chacun de nos pr\u00eatres sache au moins une langue \u00e9trang\u00e8re. Entre la norme et la r\u00e9alit\u00e9, il y a une certaine distance, et les s\u00e9minaristes se demandent souvent\u00a0: \u00ab\u00a0A quoi bon \u00e9tudier l\u2019anglais, je ne vais pas parler anglais avec les bonnes femmes de la campagne\u00a0?!\u00a0\u00bb Cette approche est erron\u00e9e, \u00e0 mon avis, parce que, qui sait, aujourd\u2019hui tu es \u00e0 la campagne, demain tu seras peut-\u00eatre en ville\u00a0; aujourd\u2019hui tu es entour\u00e9 d\u2019un nombre limit\u00e9 de fid\u00e8les, demain on peut t\u2019inviter \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Nous avons des pr\u00eatres \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, et la connaissance d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re leur ouvre de nouvelles perspectives missionnaires.<\/p>\n<p>Mais l\u2019essentiel (et l\u00e0 je parle d\u2019exp\u00e9rience), c\u2019est que chaque nouvelle langue, ce n\u2019est pas seulement un ensemble de mots et de notions, c\u2019est un monde enti\u00e8rement nouveau qui se d\u00e9couvre, avec la possibilit\u00e9 de formuler des id\u00e9es compl\u00e8tement diff\u00e9remment de la fa\u00e7on dont nous les formulons dans notre langue maternelle. C\u2019est donc un nouvel horizon qui s\u2019ouvre. Chaque nouvelle langue, c\u2019est la possibilit\u00e9 de se plonger dans une nouvelle culture, d\u2019\u00e9largir ses perspectives. Au total, je peux dire par exp\u00e9rience que l\u2019\u00e9tude des langues \u00e9trang\u00e8res influence notre rapport \u00e0 notre propre langue. On parle diff\u00e9remment en russe, quand on poss\u00e8de d\u2019autres langues \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p><b>Irina Khaleeva<\/b>\u00a0: Merci beaucoup, Monseigneur. Puis-je vous poser une autre question\u00a0?<\/p>\n<p><b>Le m\u00e9tropolite Hilarion<\/b>\u00a0: Bien s\u00fbr, mais vous avez promis de faire part de vos r\u00e9flexions.<\/p>\n<p><b>Irina Khaleeva<\/b>\u00a0: (\u2026) Les \u00e9tudiants de l\u2019universit\u00e9 dont je suis le recteur \u00e9tudient cinq langues (trois langues anciennes et deux langues modernes). En plus du russe, leur langue maternelle. Je connais donc bien l\u2019importance de la connaissance des langues. Il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, j\u2019avais souhait\u00e9 que nos \u00e9tudiants aient une id\u00e9e de ce qu\u2019est la th\u00e9ologie (\u2026)<\/p>\n<p>Le programme de th\u00e9ologie comprend plusieurs disciplines, parmi lesquels un cours de patristique, un cours de sciences bibliques. En quelles langues faut-il \u00e9tudier, par exemple, les \u0153uvres des P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise\u00a0? Pour autant que je sache, aux XIX et au XX si\u00e8cle, l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe avait d\u00fb recourir \u00e0 des traductions de l\u2019allemand, du fran\u00e7ais, de l\u2019anglais. Peut-\u00eatre ne connaissait-on pas les langues \u00e9trang\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9poque, ou peut-\u00eatre le niveau de connaissance \u00e9tait-il insuffisant, et il fallait rendre ces textes accessibles \u00e0 un large public\u2026 A quel point avons-nous raison d\u2019\u00e9tudier non pas les traductions de ces textes, mais les originaux\u00a0?<\/p>\n<p><b>Le m\u00e9tropolite Hilarion<\/b>\u00a0: Je dois dire que le niveau de langues dans les s\u00e9minaires et les acad\u00e9mies d\u2019avant la r\u00e9volution \u00e9tait beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019aujourd\u2019hui. C\u2019est paradoxal, mais c\u2019est un fait facile \u00e0 prouver. Il suffit pour s\u2019en convaincre de consulter les m\u00e9moires des \u00e9tudiants de l\u2019\u00e9poque et de voir le nombre de sources \u00e9trang\u00e8res utilis\u00e9es dans ces travaux. Il \u00e9tait \u00e9vident alors qu\u2019il fallait lire les P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise dans le texte, le Nouveau Testament en grec et l\u2019Ancien Testament en h\u00e9breu ou en aram\u00e9en. Il y avait des cours de langues anciennes et de langues modernes dans les s\u00e9minaires et les acad\u00e9mies. Ce que nous faisons \u00e0 l\u2019Institut des Hautes \u00c9tudes Saints-Cyrille-et-M\u00e9thode, dont je suis le recteur, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Saint-Tikhon et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 orthodoxe russe, est une tentative de restaurer les traditions perdues.<\/p>\n<p>Pourquoi faire\u00a0? Avant tout pour travailler avec les sources, parce que l\u2019\u00c9criture Sainte a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e dans des langues concr\u00e8tes. Nous ne pouvons pas comprendre le sens de tels ou tels termes de l\u2019Ancien Testament si nous ne les consultons pas dans l\u2019original. Seule la connaissance de la langue d\u2019origine autorise une approche professionnelle du texte \u2013 et il ne s\u2019agit pas de traduire dictionnaire en main, mais d\u2019avoir un niveau permettant d\u2019\u00e9valuer le contexte dans lequel est apparu tel ou tel texte, la situation historique, l\u2019histoire du texte dans la tradition manuscrite, tout ce que nous appelons la linguistique au sens large. Nous parlons ici de la science appel\u00e9e critique biblique qui \u00e9tudie la transmission d\u2019un texte de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, d\u2019abord au moyen des manuscrits, puis gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019impression. Cette science s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e au XIX et au XX si\u00e8cle, elle continue \u00e0 se d\u00e9velopper. Sans la connaissance des langues anciennes, ni celle des langues modernes dans lesquelles sont r\u00e9dig\u00e9s les ouvrages de critique biblique, on ne peut envisager le texte sacr\u00e9 de fa\u00e7on ad\u00e9quate ni le commenter de mani\u00e8re comp\u00e9tente.<\/p>\n<p>A propos des langues \u00e9trang\u00e8res, j\u2019aimerais vous demander quelle m\u00e9thode utilisez-vous principalement dans votre universit\u00e9 pour l\u2019\u00e9tude des langues \u00e9trang\u00e8res\u00a0? (\u2026) Quelle m\u00e9thode est consid\u00e9r\u00e9e comme la plus efficace\u00a0?<\/p>\n<p><b>Irina Khaleeva<\/b>\u00a0: En ce qui concerne les sp\u00e9cialistes issus de notre universit\u00e9, une \u00e9tude approfondie, une immersion dans les fondements m\u00eames de la langue, de la culture et de la mentalit\u00e9 sont essentielles. Nous travaillons d\u2019apr\u00e8s une th\u00e9orie scientifique appel\u00e9e \u00ab\u00a0th\u00e9orie de la personnalit\u00e9 linguistique secondaire\u00a0\u00bb. Nous n\u2019avons pas pour objectif de transformer un Russe en Anglais, en Allemand ou en Grec, mais nous nous effor\u00e7ons de d\u00e9velopper au maximum cette conscience linguistique secondaire. (\u2026)<\/p>\n<p>Nous nous effor\u00e7ons de maintenir nos \u00e9tudiants en immersion permanente \u00e0 l\u2019aide de nouvelles technologies. (\u2026) La mentalit\u00e9 est particuli\u00e8rement importante, je parle de l\u2019immersion dans le monde intellectuel, dans la conscience de son partenaire en communication \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p>(\u2026)<\/p>\n<p><b>Le m\u00e9tropolite Hilarion<\/b>\u00a0: Vous savez parfaitement que la langue n\u2019est pas un simple ensemble de mots, mais avant tout un moyen d\u2019expression, une idiomatique, c\u2019est-\u00e0-dire la connaissance de diff\u00e9rentes expressions qui ne correspondent pas du tout d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre. Bien plus, la plupart des mots, en dehors des mots de la vie courante (table ou chaise, par exemple), renferme un ensemble de notions qui peut ne correspondre que partiellement dans des langues diff\u00e9rentes. C\u2019est pourquoi on ne saurait qu\u2019imparfaitement superposer des langues l\u2019une sur l\u2019autre.<\/p>\n<p>De l\u00e0 viennent les interrogations que suscite la traduction, en particulier la traduction des textes sacr\u00e9s car le texte sacr\u00e9 se sera jamais compris totalement de la m\u00eame fa\u00e7on par des gens le lisant dans des langues diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Pour conclure notre entretien, je pense que nous sommes d\u2019accord, et les t\u00e9l\u00e9spectateurs approuveront aussi, que dans le contexte d\u2019un monde global, alors que presque chacun d\u2019entre nous a la possibilit\u00e9 de visiter d\u2019autres pays, de communiquer avec des gens de culture diff\u00e9rente, les langues \u00e9trang\u00e8res sont une grande richesse. J\u2019esp\u00e8re que nos t\u00e9l\u00e9spectateurs, y compris les croyants, qui sont nombreux parmi eux, veilleront \u00e0 donner \u00e0 leurs enfants la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9tudier les langues \u00e9trang\u00e8res. L\u2019exp\u00e9rience montre que les langues s\u2019assimilent plus facilement pendant l\u2019enfance et l\u2019adolescence.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, je tiens \u00e0 mettre en garde nos t\u00e9l\u00e9spectateurs contre une passion pour les langues \u00e9trang\u00e8res qui conduirait \u00e0 oublier sa propre langue. Certains parents envoient leurs enfants \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, et les enfants ne peuvent plus revenir, parce qu\u2019ils cessent de parler normalement et naturellement leur langue maternelle. J\u2019estime que notre devoir commun consiste \u00e0 pr\u00e9venir nos enfants de ces extr\u00eames, \u00e0 leur donner la possibilit\u00e9 de se d\u00e9velopper pleinement, tout en les conservant pour notre pays.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 14 d\u00e9cembre 2013, Irina Khaleeva, recteur de l\u2019Universit\u00e9 linguistique d\u2019\u00c9tat de Moscou, \u00e9tait l\u2019invit\u00e9e du m\u00e9tropolite Hilarion de Volokolamsk, qui anime l\u2019\u00e9mission \u00ab Tserkov\u2019  i mir \u00bb (L\u2019\u00c9glise et le monde) sur la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision \u00ab Rossia-2 \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":17,"featured_media":80736,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1,12,83],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/95734"}],"collection":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=95734"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/95734\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/80736"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=95734"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=95734"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=95734"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}