{"id":38719,"date":"2011-03-27T12:43:29","date_gmt":"2011-03-27T09:43:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.mospat.ru\/?p=38719"},"modified":"2011-06-08T14:54:50","modified_gmt":"2011-06-08T10:54:50","slug":"psalmy-v-pravoslavnojj-tradicii-doklad-mitropolita-volokolamskogo-ilariona-vo-friburgskom-universitete-25-marta-2011-goda","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/2011\/03\/27\/news38719\/","title":{"rendered":"Les psaumes dans la tradition orthodoxe :une conf\u00e9rence du m\u00e9tropolite Hilarion de Volokolamsk \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg (25 mars 2011)"},"content":{"rendered":"<p><em>Le 15 mars 2011, le m\u00e9tropolite Hilarion de Volokolamsk s\u2019est rendu \u00e0 la Facult\u00e9 de musique de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg, o\u00f9 il a prononc\u00e9 une conf\u00e9rence sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0Les psaumes dans la tradition orthodoxe\u00a0\u00bb. L\u2019auditoire se composait du cardinal Kurt Koch, pr\u00e9sident du Conseil pontifical pour la promotion de l\u2019unit\u00e9 des chr\u00e9tiens, les enseignants et \u00e9tudiants de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg. <\/em><\/p>\n<p>Votre \u00c9minence, cardinal Kurt Koch,<\/p>\n<p>\u00c9minences, Monsieur le recteur, honorable assembl\u00e9e de l\u2019Universit\u00e9 du canton de Fribourg, mesdames et messieurs,<\/p>\n<p>Avant de commencer mon expos\u00e9, j\u2019aimerais exprimer ma reconnaissance \u00e0 mes coll\u00e8gues professeurs, ainsi qu\u2019au Conseil municipal d\u2019\u00e9tat qui m\u2019ont \u00e9lu professeur titulaire de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg. C\u2019est un grand privil\u00e8ge, et je m\u2019efforcerai d\u2019honorer la confiance qui m\u2019est faite.<\/p>\n<p>Des liens chaleureux m\u2019unissent de longue date \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et au corps professoral. J\u2019enseigne depuis d\u00e9j\u00e0 longtemps les disciplines dogmatiques \u00e0 la facult\u00e9 de th\u00e9ologie, je repr\u00e9sente l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe dans le cadre de diff\u00e9rents programmes visant au renforcement des relations inter-chr\u00e9tiennes. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9troite coop\u00e9ration entre le recteur de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg et le Patriarcat de Moscou, de nombreux \u00e9tudiants des \u00e9tablissements d\u2019enseignement religieux de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe ont effectu\u00e9 un stage \u00e0 la Facult\u00e9 de th\u00e9ologie de Fribourg, y ont soutenu des th\u00e8ses de doctorat ou des m\u00e9moires de ma\u00eetrise.<\/p>\n<p>Je collabore avec l\u2019universit\u00e9 non seulement en tant qu\u2019enseignant, mais \u00e9galement en qualit\u00e9 de recteur de l\u2019\u00c9cole doctorale Saints-Cyrille-et-M\u00e9thode de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe, un \u00e9tablissement dont l\u2019objectif est de pr\u00e9parer des cadres qualifi\u00e9s, futurs enseignants, diplomates et administrateurs de l\u2019\u00c9glise russe. Je suis heureux de voir aujourd\u2019hui sign\u00e9 un accord entre l\u2019\u00c9cole doctorale et l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg, ouvrant des perspectives nouvelles et tr\u00e8s \u00e9tendues de collaboration et de coop\u00e9ration.<\/p>\n<p>Malheureusement, je suis ces derniers temps trop occup\u00e9 par mon poste de Pr\u00e9sident du D\u00e9partement des relations ext\u00e9rieures du Patriarcat de Moscou pour venir \u00e0 Fribourg aussi r\u00e9guli\u00e8rement que les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. C\u2019est pourquoi j\u2019\u00e9prouve une joie particuli\u00e8re \u00e0 prononcer de nouveau une conf\u00e9rence dans les murs si chers de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg.<\/p>\n<p><strong>Le livre des psaumes <\/strong><\/p>\n<p>Le Psautier est l\u2019un des principaux livres de la bible. On retrouve l\u2019appellation \u00ab\u00a0Psautier\u00a0\u00bb, avec diff\u00e9rentes variations phon\u00e9tiques, dans toutes les \u00c9glises europ\u00e9ennes, y compris l\u2019\u00c9glise russe. L\u2019original porte le nom de Sepher Tehillim, qui signifie en h\u00e9breu ancien \u00ab\u00a0livre des louanges\u00a0\u00bb. L\u2019appellation famili\u00e8re de \u00ab\u00a0psautier\u00a0\u00bb appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois chez Philon d\u2019Alexandrie. Il renvoyait dans la tradition grecque \u00e0 un instrument \u00e0 cordes pinc\u00e9es, le psalt\u00e9rion, qui ressemblait \u00e0 la lyre ou \u00e0 une harpe de petite taille. Nous retrouvons la m\u00eame appellation dans la Bible d\u2019Alexandrie (V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re). Dans le codex du Vatican (IVe si\u00e8cle), ce livre est appel\u00e9 \u00ab\u00a0psaumes\u00a0\u00bb, avec pour sous-titre \u00ab\u00a0Livre des psaumes\u00a0\u00bb. Le mot \u00ab\u00a0psaume\u00a0\u00bb est d\u2019origine grecque et vient du verbe \u00ab\u00a0psallo\u00a0\u00bb, qui signifier \u00ab\u00a0chanter\u00a0\u00bb, mais aussi \u00ab\u00a0jouer, faire vibrer les cordes\u00a0\u00bb. La d\u00e9nomination d\u2019origine du livre, \u00ab\u00a0Sepher Tehillim\u00a0\u00bb est naturellement plus int\u00e9ressante. Le mot \u00ab\u00a0tehillim\u00a0\u00bb vient de la racine \u00ab\u00a0hl\u00a0\u00bb, qui signifie \u00ab\u00a0louer\u00a0\u00bb et renvoie donc mieux au contenu du livre.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, le Livre des louanges, ou Psautier, \u00e9tait int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la troisi\u00e8me section de la Bible h\u00e9bra\u00efque antique, le <em>Ketouvim<\/em>, les deux autres parties \u00e9tant la Thora (loi) et les Nevi&rsquo;im (les proph\u00e8tes). L\u2019autorit\u00e9 du Psautier \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s grande \u00e0 l\u2019\u00e9poque v\u00e9t\u00e9rotestamentaire. Une sentence du Christ, tir\u00e9e de l\u2019\u00e9vangile de Luc, permet de conclure que le Psautier donnait son nom \u00e0 toute la 3e partie de la Bible. \u00ab\u00a0Il faut que s&rsquo;accomplisse tout ce qui est \u00e9crit de moi dans la Loi de Mo\u00efse, les Proph\u00e8tes et les Psaumes\u00a0\u00bb, dit le Seigneur (Lc 24, 44).<\/p>\n<p>Dans la tradition v\u00e9t\u00e9rotestamentaire, le Livre des louanges \u00e9tait divis\u00e9 en 5 parties. La tradition de l\u2019\u00c9glise orthodoxe l\u2019a divis\u00e9 en 20 parties, ou cathismes.<\/p>\n<p>Suivant le contenu des psaumes, on parle parfois de psaumes de louanges et d\u2019action de gr\u00e2ce, de psaumes de supplication, de psaumes sapientiaux et de psaumes messianiques.<\/p>\n<p>Les noms des auteurs des psaumes ont \u00e9t\u00e9 en partie conserv\u00e9s par les en-t\u00eates\u00a0: Mo\u00efse, David, Solomon, Etham, Eman, <a title=\"Yedouthoun (page inexistante)\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/w\/index.php?title=Yedouthoun&amp;action=edit&amp;redlink=1\">Yedouthoun<\/a> et d\u2019autres. Pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des psaumes sont attribu\u00e9s au roi David, ce qui explique que tout le livre soit justement appel\u00e9 Psautier du roi David.<\/p>\n<p>Le Psautier est unique en ce qu\u2019il r\u00e9v\u00e8le l\u2019immense exp\u00e9rience spirituelle du peuple de Dieu. Il s\u2019agit d\u2019un recueil exceptionnellement riche de pens\u00e9es \u00e9lev\u00e9es, d\u00e9crivant les sentiments de piet\u00e9 et les aspirations des meilleurs repr\u00e9sentants de ce peuple, des rois, des proph\u00e8tes et des docteurs. Les auteurs des psaumes, ou psalmistes, expriment leur amour pour Dieu, ils chantent la permanence de sa providence pour son peuple, ils l\u2019appelent \u00e0 l\u2019aide, r\u00e9fl\u00e9chissent sur l\u2019homme et sur l\u2019histoire du monde cr\u00e9\u00e9 par Dieu. Il n\u2019est aucun aspect de la th\u00e9ologie qui ne trouve son reflet dans les pages du Psautier, ses sentences \u00e9tant d\u00e9terminantes, axiomatiques pour tous les domaines de la science de Dieu.<\/p>\n<p>Ainsi peut-on affirmer avec certitude que les psaumes disposent, aussi bien dans l\u2019\u00c9glise v\u00e9t\u00e9rotestamentaire, que dans l\u2019\u00c9glise du Nouveau Testament, d\u2019une autorit\u00e9 absolue.<\/p>\n<p>Le Christ lui-m\u00eame priait avec les psaumes et les citait souvent, tandis que ses ap\u00f4tres se tournaient le plus souvent vers cette source de sagesse et de saintet\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u00e9p\u00eetres de l\u2019ap\u00f4tre Paul soulignent l\u2019importance et la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab\u00a0r\u00e9citer des psaumes\u00a0\u00bb (Eph 5, 19), de \u00ab\u00a0s\u2019instruire en toute sagesse par des admonitions r\u00e9ciproques (&#8230;), par des psaumes\u00a0\u00bb (Col 3, 16). D\u00e8s l\u2019origine de l\u2019\u00c9glise, le chant (la lecture) des psaumes en commun acquiert une importance particuli\u00e8re. A l\u2019exemple de J\u00e9sus Christ et des ap\u00f4tres, l\u2019\u00c9glise des premiers si\u00e8cles du christianisme recourt souvent aux psaumes pour la pri\u00e8re (Eph 5, 19\u00a0; Col 3, 16\u00a0; I Cor 14, 26).<\/p>\n<p>Le Psautier est en effet avant tout un livre de pri\u00e8re. L\u2019exp\u00e9rience de pri\u00e8re est transmise directement au croyant par ce livre, sans r\u00e9flexion intellectuelle superflue venant en obscurcir la puret\u00e9 et la vitalit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019esprit de pri\u00e8re qui unit tous les hymnes entr\u00e9s au Psautier. En ce sens, l\u2019identit\u00e9 de leur auteur perd de son importance, car ils constituent la pri\u00e8re uniforme, ininterrompue du peuple de Dieu au Cr\u00e9ateur. Chaque phrase de ce grand livre est \u00e0 l\u2019unisson de la Bible dans son ensemble, tandis qu\u2019il est impossible de se repr\u00e9senter la Parole de Dieu sans le livre des louanges, le Psautier inspir\u00e9.<\/p>\n<p>Bien plus, la qualit\u00e9 des pri\u00e8res des psalmistes les d\u00e9marque du nombre des autres pri\u00e8res. Ils s\u2019adressent parfois \u00e0 Dieu avec une certaine audace, emploient des mots forts, toujours pr\u00eats \u00e0 \u00ab\u00a0rendre compte de leur esp\u00e9rance\u00a0\u00bb \u00e0 chaque instant, co\u00fbte que co\u00fbte. Quel c\u0153ur pur faut-il avoir pour s\u2019adresser ainsi sans crainte \u00e0 Dieu\u00a0: \u00ab\u00a0Seigneur mon Dieu, si j\u2019ai fait cela, laiss\u00e9 la fraude sur mes mains, si j\u2019ai rendu le mal \u00e0 mon bienfaiteur, en \u00e9pargnant sans raison mon adversaire, que l\u2019ennemi poursuive mon \u00e2me et l\u2019atteigne\u00a0! Qu\u2019il \u00e9crase ma vie contre terre et rel\u00e8gue mes entrailles dans la poussi\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb (Ps 7, 4-6). Ou\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai gard\u00e9 les voies du Seigneur sans faillir loin de mon Dieu. Ses jugements sont tous devant moi, ses d\u00e9crets, je ne les ai pas \u00e9cart\u00e9s, je suis irr\u00e9prochable envers lui, je me garde contre le p\u00e9ch\u00e9\u00a0\u00bb (Ps 17, 22-24). Ses mots audacieux des psalmistes expriment leur sentiment de proximit\u00e9 filiale avec Dieu qui est leur \u00ab\u00a0force\u00a0\u00bb, leur \u00ab\u00a0roc\u00a0\u00bb, leur \u00ab forteresse\u00a0\u00bb et leur \u00ab\u00a0lib\u00e9rateur\u00a0\u00bb, leur \u00ab\u00a0rocher, bouclier et force de salut\u00a0\u00bb, leur citadelle (Ps 17, 2-3). Pleins d\u2019amour filial, ils appelent Dieu leur \u00ab\u00a0berger\u00a0\u00bb qui pa\u00eet son peuple \u00ab\u00a0sur des pr\u00e9s d\u2019herbe fra\u00eeche\u00a0\u00bb et le m\u00e8ne sur \u00ab\u00a0les eaux du repos\u00a0\u00bb (Ps 22, 1-2), se d\u00e9crivant eux-m\u00eames comme le \u00ab\u00a0troupeau de son bercail\u00a0\u00bb (Ps 99, 3).<\/p>\n<p>Cette approche du livre des psaumes, qui consiste \u00e0 voir en lui avant tout un livre de pri\u00e8re et non un trait\u00e9 de th\u00e9ologie oblige \u00e0 se pencher s\u00e9rieusement sur son texte d\u2019un point de vue litt\u00e9raire et stylistique. L\u2019analyse litt\u00e9raire du Psautier met d\u2019embl\u00e9e en \u00e9vidence la dimension po\u00e9tique du livre. Les \u00e9crits l\u00e9gislatifs, les livres historiques exigent du lecteur d\u2019importants efforts intellectuels, tandis qu\u2019un texte en langue po\u00e9tique atteint directement le c\u0153ur. Tel est le propre de la po\u00e9sie\u00a0: l\u2019expression condens\u00e9e du sens, dont la transmission se fait en grande partie entre les lignes, \u00e9chappant \u00e0 la logique famili\u00e8re des lois ordinaires de la communication. C\u2019est ainsi qu\u2019appara\u00eet la langue du Psautier. Le Psautier est po\u00e9tique et musical plus qu\u2019aucun autre livre de la Bible.<\/p>\n<p>Pour cette raison, afin de p\u00e9n\u00e9trer le sens v\u00e9ritable d\u2019un psaume, il convient de mettre en \u0153uvre nos connaissances des moyens d\u2019expression po\u00e9tiques et musicaux.<\/p>\n<p>On ne saurait ainsi comprendre de nombreux psaumes sans prendre en compte leur structure, leur composition, leur rythme. Le rythme est l\u2019une des principales lois du monde cr\u00e9\u00e9 par Dieu, des macrorythmes cosmiques du soleil et des plan\u00e8tes au rythme du c\u0153ur humain.<\/p>\n<p>Le rythme int\u00e9rieur d\u2019une \u0153uvre peut \u00eatre exprim\u00e9 par diff\u00e9rents proc\u00e9d\u00e9s po\u00e9tiques et s\u00e9mantiques. Il s\u2019agit des r\u00e9p\u00e9titions, des parall\u00e8les s\u00e9mantiques, des retours, des refrains. Bien entendu, ces r\u00e9p\u00e9titions ne sont pas m\u00e9caniques, mais, en se superposant au processus de d\u00e9veloppement de l\u2019id\u00e9e principale, elles permettent une immense vari\u00e9t\u00e9 d\u2019approches et de sonorit\u00e9s, chaque fois plus riches et plus p\u00e9n\u00e9trantes.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude des psaumes en tant qu\u2019\u0153uvres po\u00e9tiques exige de prendre en compte le symbolisme et le m\u00e9taphorisme de la langue, inh\u00e9rents \u00e0 la po\u00e9sie. Toute \u00e9tude s\u00e9rieuse des psaumes sous-entend l\u2019\u00e9tude de leur symbolique. Nous d\u00e9signerons les exemples les plus significatifs, parmi les multiples symboles et m\u00e9taphores rencontr\u00e9s dans les psaumes.<\/p>\n<p>La voie est l\u2019un des principaux symboles, d\u00e8s le premier psaume (le chemin des justes et le chemin des impies).<\/p>\n<p>Le c\u0153ur, symbole extr\u00eamement important non seulement dans le Psautier, mais encore dans toute la Bible. Le c\u0153ur symbolise l\u2019essence la plus profonde de l\u2019homme, d\u00e9terminant les particularit\u00e9s de sa personnalit\u00e9. Le c\u0153ur a la m\u00eame signification dans la culture moderne, c\u2019est pourquoi l\u2019on peut dire que la symbolique du c\u0153ur est l\u2019un des arch\u00e9types de la conscience humaine.<\/p>\n<p>De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, dans la symbolique des psaumes, les parties du corps humain vivent leur vie propre. Le Seigneur ne dirige pas le psalmiste lui-m\u00eame sur ses voies, mais ses jambes, il ne laisse pas le pied du juste glisser. <em>Tous mes os diront\u00a0: Seigneur, qui est semblable \u00e0 toi\u00a0?<\/em> s\u2019exclame le psalmiste. <em>\u00c9prouve mes reins et mon c\u0153ur<\/em>, implore-t-il.<\/p>\n<p>Un autre type de m\u00e9taphore, souvent rencontr\u00e9 dans le Psautier, est la ressemblance des sentiments et des \u00e9tats \u00e9motionnels avec les pi\u00e8ces de v\u00eatement. Le Seigneur se rev\u00eat de puissance et s\u2019en ceint. Les ennemis du Seigneur s\u2019habillent de honte ou de mal\u00e9diction. Dieu rev\u00eat le juste de joie. Le sens symbolique de la ceinture para\u00eet tr\u00e8s fort, si l\u2019on se souvient qu\u2019on y passait le glaive, dans l\u2019Antiquit\u00e9,.<\/p>\n<p>On rencontre \u00e9galement dans les psaumes des symboles comme la pierre, qui signifie la fermet\u00e9, la fiabilit\u00e9, et au contraire le symbole du mar\u00e9cage, qui d\u00e9signe le danger, l\u2019instabilit\u00e9, la fragilit\u00e9. L\u2019eau est un autre grand symbole biblique. Le champ s\u00e9mantique du terme \u00ab\u00a0eau\u00a0\u00bb peut \u00eatre tr\u00e8s large et d\u00e9pend du contexte. Les eaux qui envahissent le psalmiste jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2me peuvent ainsi exprimer le d\u00e9sespoir, le sentiment d\u2019un p\u00e9ril.<\/p>\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, bien que les psaumes aient une composante litt\u00e9raire et musicale exceptionnelle, on ne doit pas, bien entendu, oublier que le Psautier est une source de v\u00e9rit\u00e9s th\u00e9ologiques pour tous les temps. Mais la th\u00e9ologie des psaumes ne part pas d\u2019un raisonnement froid, elle part du c\u0153ur br\u00fblant du croyant. Cette particularit\u00e9 est d\u00e9terminante pour la th\u00e9ologie du Psautier, imag\u00e9e et facilement lisible. Et pourtant, pratiquement tous les grands th\u00e8mes de la R\u00e9v\u00e9lation divine sont d\u00e9velopp\u00e9s dans le Psautier. Ce n\u2019est pas un hasard s\u2019il est parfois appel\u00e9 la petite Bible. Il parle de la cr\u00e9ation du monde, du bien et du mal, du p\u00e9ch\u00e9 et de la vertu. De nombreux psaumes d\u00e9crivent les attributs divins, la puissance, la saintet\u00e9, la sagesse, l\u2019amour, la justice et la mis\u00e9ricorde de Dieu.<\/p>\n<p>Le culte du nom de Dieu occupe une place centrale dans le Psautier, o\u00f9 il est dit que le nom de Dieu est grand, glorieux, saint et redoutable, o\u00f9 il est un objet d\u2019amour, de louange, de v\u00e9n\u00e9ration, d\u2019esp\u00e9rance, de crainte, de glorification. Citons quelques versets particuli\u00e8rement expressifs mentionnant le nom de Dieu\u00a0:<\/p>\n<p>1)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Seigneur notre Dieu\u00a0! Qu\u2019il est grand ton nom par tout l\u2019univers (8, 2)<\/p>\n<p>2)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom (33, 4)<\/p>\n<p>3)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 O Dieu, par ton nom, sauve-moi (53, 3).<\/p>\n<p>4)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En Juda Dieu est connu, en Isra\u00ebl grand est son nom (76, 2).<\/p>\n<p>5)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 D\u00e9livre-nous, efface nos p\u00e9ch\u00e9s \u00e0 cause de ton nom (78, 9).<\/p>\n<p>6)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Toutes les nations que tu as faites viendront se prosterner devant toi et rendre gloire \u00e0 ton nom, Seigneur (85, 9).<\/p>\n<p>7)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Chantez au Seigneur, b\u00e9nissez son nom (95, 2).<\/p>\n<p>8)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Saint et redoutable est son nom (110, 9).<\/p>\n<p>9)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Seigneur, ton nom \u00e0 jamais\u00a0! (134, 13).<\/p>\n<p>10)Je b\u00e9nis ton nom toujours et \u00e0 jamais (144, 1).<\/p>\n<p>Le Psautier occupant une place centrale dans la liturgie orthodoxe et les hymnes et les pri\u00e8res proprement chr\u00e9tiennes \u00e9tant elles-m\u00eames nourries de la structure et de la phras\u00e9ologie des psaumes, on ne s\u2019\u00e9tonnera plus de ce que le culte v\u00e9t\u00e9rotestamentaire du nom de Dieu soit int\u00e9gralement pass\u00e9 \u00e0 l\u2019office orthodoxe, dont il est devenu partie int\u00e9grante. Des expressions comme \u00ab\u00a0le nom de Dieu\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le nom du Seigneur\u00a0\u00bb reviennent sans cesse dans les textes liturgiques. Dans bien des cas, \u00ab\u00a0le nom de Dieu\u00a0\u00bb est synonyme du mot \u00ab\u00a0Dieu\u00a0\u00bb et l\u2019adoration du nom de Dieu est entendue comme adoration rendue \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>La th\u00e9ologie du Psautier est une th\u00e9ologie du Dieu vivant qui \u00ab\u00a0ne dort ni ne sommeille\u00a0\u00bb (Ps 120, 4). Il \u00ab\u00a0b\u00e2tit comme les hauteurs son sanctuaire\u00a0\u00bb (Ps 77, 69), il est proche de l\u2019homme et de son peuple, tout-puissant sur les forces du mal (Ps 90), sur sa cr\u00e9ation (Ps 106, 25-29) sur les hommes et leur histoire (Ps 67, 15). Il est \u00ab\u00a0le Tr\u00e8s-haut, le redoutable\u00a0\u00bb (Ps 46, 3), rev\u00eatu de puissance et de majest\u00e9 (Ps 92). Il conna\u00eet les pens\u00e9es de l\u2019homme (Ps 93, 11), il entend tout et il est impossible de se d\u00e9rober \u00e0 lui (Ps 138, 2). Il est le Dieu omniscient (Ps 146, 4) et omnipr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Dans les psaumes, nous lisons\u00a0: \u00ab\u00a0O\u00f9 irai-je loin de ton esprit, o\u00f9 fuirai-je loin de ta face\u00a0? Si j\u2019escalade les cieux tu es l\u00e0, qu\u2019au sh\u00e9ol je me couche, te voici. Je prends les ailes de l\u2019aurore, je me loge au plus loin de la mer, m\u00eame l\u00e0 ta main me conduit, ta droite me saisit\u00a0\u00bb (Ps 138, 7-10). En v\u00e9rit\u00e9, Dieu est partout pr\u00e9sent, et personne ne se d\u00e9robe \u00e0 sa face.<\/p>\n<p>Le christianisme envisage l\u2019Ancien Testament \u00e0 travers le prisme de la r\u00e9v\u00e9lation n\u00e9otestamentaire sur le Christ. C\u2019est pourquoi le chr\u00e9tien discerne le Christ dans la plupart des versets que la tradition juive rapporte au peuple d\u2019Isra\u00ebl, au roi David ou au messie attendu.<\/p>\n<p>Ainsi, les versets \u00ab\u00a0L\u00e8ve-toi\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ressuscite, Seigneur\u00a0\u00bb sont rapport\u00e9s par la tradition chr\u00e9tienne \u00e0 la r\u00e9surrection du Christ. L\u00e0 o\u00f9 le texte \u00e9voque la captivit\u00e9, on parlera de captivit\u00e9 du p\u00e9ch\u00e9\u00a0; les noms des peuples ennemis d\u2019Isra\u00ebl deviennent des ennemis spirituels et Isra\u00ebl lui-m\u00eame signifie d\u00e9sormais le peuple de l\u2019\u00c9glise. Les appels \u00e0 battre l\u2019ennemi sont un appel \u00e0 la lutte contre les passions, la fuite d\u2019\u00c9gypte, le retour de Babylone d\u00e9signe notre salut en Christ.<\/p>\n<p>Suivant les calculs des sp\u00e9cialistes, l\u2019Ancien Testament contient en tout plus de 450 proph\u00e9ties sur le Christ. Pas moins de 100 figurent au Psautier. Au nombre des psaumes messianiques, on trouve plusieurs hymnes mentionnant le Fils de Dieu (Ps 109).<\/p>\n<p>Certains psaumes parlent du Fils de Dieu comme du Roi et de l\u2019Oint. La tradition chr\u00e9tienne leur a depuis longtemps donn\u00e9 une interpr\u00e9tation messianique (Ps 2, 1-12).<\/p>\n<p>Pour la tradition chr\u00e9tienne, le psaume 21 \u00e9voque les souffrances de J\u00e9sus Christ sur la croix\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ont perc\u00e9 mes mains et mes pieds, je peux compter tous mes os, les gens me voient, ils me regardent\u00a0\u00bb (Ps 21, 2, 8-9, 15-21).<\/p>\n<p>On trouvera des proph\u00e9ties sur le Messie \u00e0 venir dans de nombreux autres psaumes. Ps 15, 10, en particulier est per\u00e7u comme une \u00e9vocation de l\u2019ensevelissement et de la r\u00e9surrection du Christ le troisi\u00e8me jour. La premi\u00e8re partie du psaume 44 (2-9) renvoie au Christ, la seconde partie (10-16) \u00e0 la M\u00e8re de Dieu. Certains versets des psaumes 68 et 117 semblent figurer la passion du Christ. Le psaume 71, selon la tradition chr\u00e9tienne, \u00e9voque la justice du Messie. Dans le psaume 108 (en particulier les versets 6-20), on voit une proph\u00e9tie sur Judas le tra\u00eetre. La tradition chr\u00e9tienne envisage un grand nombre des versets du psaume 118 comme \u00e9crits au nom du Christ.<\/p>\n<p>Le psaume 109 est particuli\u00e8rement important, dans la mesure o\u00f9 il exprime les principales notions de la christologie\u00a0: \u00ab\u00a0Oracle du Seigneur \u00e0 mon Seigneur, si\u00e8ge \u00e0 ma droite\u00a0\u00bb (Ps 109, 1), \u00ab\u00a0A toi le principat au jour de ta naissance, les honneurs sacr\u00e9s d\u00e8s le sein\u00a0\u00bb (Ps 109, 3), \u00ab\u00a0Tu es pr\u00eatre \u00e0 jamais selon l\u2019ordre de Melchis\u00e9dech\u00a0\u00bb (Ps 109, 4), etc.<\/p>\n<p>Le Christ est acclam\u00e9 dans le Psautier comme le Roi (Ps 2, 19, 20, 23, 71, 109), l\u2019Agneau immol\u00e9 (Ps 21)\u00a0; le bon Pasteur (Ps 22)\u00a0; le Roc (26, 5\u00a0; 39, 3).<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette christologie exceptionnellement profonde et vivante qui fait voir \u00e0 l\u2019\u00c9glise dans le Psautier le recueil des pri\u00e8res du Christ lui-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>Les P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise sur les psaumes<\/strong><\/p>\n<p>Quelques mots sur les Psaumes chez les P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise. Les P\u00e8res voient dans le Psautier inspir\u00e9 une cl\u00e9 permettant de comprendre les Saintes \u00c9critures dans leur ensemble. Les psaumes ont \u00e9t\u00e9 le premier livre liturgique de l\u2019\u00c9glise, d\u00e8s les temps apostoliques.<\/p>\n<p>Saint Athanase le Grand disait du Psautier\u00a0: \u00ab\u00a0Dans ce livre, toute la vie humaine, nos \u00e9tats d\u2019\u00e2me, les mouvements de nos pens\u00e9es sont mesur\u00e9s et d\u00e9crits, on ne trouvera rien de plus dans l\u2019homme que ce qui y est repr\u00e9sent\u00e9<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> \u00bb. Selon la remarque de saint Athanase, les psalmistes \u00ab\u00a0exposent leur discours au nom des lecteurs, identifiant leur \u00e2me avec l\u2019\u00e2me et le c\u0153ur du lecteur. De l\u00e0 vient que le lecteur et le chantre des psaumes ne lit pas et ne chante pas quelque chose d\u2019\u00e9tranger \u00e0 lui, mais ce qui lui est propre, il parle de lui-m\u00eame\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Selon saint Basile le Grand, \u00ab\u00a0Le livre des psaumes embrasse tout ce que repr\u00e9sentent les autres livres saints. Il proph\u00e9tise l\u2019avenir, il remet le pass\u00e9 en m\u00e9moire, il donne des lois et des r\u00e8gles\u00a0\u00bb (Hom\u00e9lie sur les psaumes, pr\u00e9face). Quant au nom du livre, saint Basile le Grand affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Tout a \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9 dans le livre des psaumes, comme dans un grand tr\u00e9sor commun. Les psaumes, que le proph\u00e8te a adapt\u00e9 au dit psalt\u00e9rion, choisi parmi bien d\u2019autres instruments de musique, donnant ainsi \u00e0 comprendre, me semble-t-il, que c\u2019est la gr\u00e2ce donn\u00e9e d\u2019en haut, de l\u2019Esprit, qui fait entendre sa voix. Dans cet instrument de musique, en effet, le son vient d\u2019en haut. Si dans la cithare et les timbales le cuivre sonne sous l\u2019archet, on tire des sons harmonieux du psalt\u00e9rion par en haut, afin que nous nous efforcions de chercher ce qui vient d\u2019en haut et que nos passions charnelles ne s\u2019arr\u00eatent pas \u00e0 la suavit\u00e9 du chant. La parole proph\u00e9tique, dis-je, nous montre providentiellement et sagement par cet instrument que les hommes dot\u00e9s d\u2019une \u00e2me belle et bien dispos\u00e9e peuvent facilement s\u2019\u00e9lever vers les hauteurs.\u00a0\u00bb Le psalt\u00e9rion, selon lui, surpasse les instruments \u00e0 vent, dans la mesure o\u00f9 en sonnant du cor ou en jouant du chalumeau, on ne peut parler et louer le Cr\u00e9ateur.<\/p>\n<p>Basile le Grand \u00e9crit encore\u00a0: \u00ab\u00a0Ici nous sont donn\u00e9es une th\u00e9ologie parfaite, la proph\u00e9tie de l\u2019av\u00e8nement du Christ dans la chair, la menace du jugement divin. Ici nous sont offertes l\u2019esp\u00e9rance de la r\u00e9surrection et la crainte des tourments. Ici nous est promise la gloire, nous sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s les myst\u00e8res. Tout est au livre des Psaumes, comme dans un grand tr\u00e9sor universel\u00a0\u00bb (\u0152uvres de Basile le Grand, 4<sup>e<\/sup> tome, p. 177).<\/p>\n<p>Saint Augustin a laiss\u00e9 une \u0153uvre magistrale, un commentaire des psaumes, tandis que Gr\u00e9goire de Nysse est l\u2019auteur du trait\u00e9 <em>Sur les titres des Psaumes<\/em>.<\/p>\n<p>Le bienheureux Th\u00e9odoret remarque qu\u2019\u00e0 son \u00e9poque \u00ab\u00a0le cantique spirituel de David\u00a0\u00bb illuminait les chr\u00e9tiens \u00ab\u00a0dans toutes les \u00e9glises par tout l\u2019univers\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La r\u00e9v\u00e9lation n\u00e9otestamentaire a permis de d\u00e9couvrir plus en plus profondeur le sens des images v\u00e9t\u00e9rotestamentaire et des proph\u00e9ties du Psautier. Elle a offert la possibilit\u00e9 de chanter tous les psaumes \u00ab\u00a0non pas dans l\u2019anciennet\u00e9 de la lettre, mais dans le renouveau de l\u2019esprit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Le Psautier dans la liturgie orthodoxe <\/strong><\/p>\n<p>La pratique liturgique des disciples du Christ, en dehors du temple et de la synagogue, \u00e9tait vraisemblablement fond\u00e9e sur le chant des psaumes (voir \u00ab\u00a0apr\u00e8s le chant des psaumes\u00a0\u00bb en Mt 26, 30 et Mc 14, 26), le pr\u00eache et la lecture de l\u2019\u00c9criture (Ancien Testament).<\/p>\n<p>L\u2019office monastique des IVe \u2013 Ve si\u00e8cles \u00e9tait essentiellement compos\u00e9 du chant ou de la lecture des psaumes.<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00c9glise chr\u00e9tienne, le Psautier est le livre liturgique le plus employ\u00e9, des psaumes particuliers \u00e9tant lus ou chant\u00e9s \u00e0 chaque office, en entier (hexapsalme, heures canoniques) ou sous la forme de versets appel\u00e9s prokimenon. Par ailleurs, la lecture suivie du Psautier est pratiqu\u00e9e en permanence dans l\u2019\u00c9glise orthodoxe. Suivant le Typicon, le Psautier doit \u00eatre lu enti\u00e8rement durant la semaine\u00a0; pendant le Car\u00eame, le Psautier est lu deux fois sur toute la semaine dans les paroisses orthodoxes.<\/p>\n<p>Auteur de plusieurs psaumes p\u00e9nitentiels, le roi David a fait l\u2019exp\u00e9rience douloureuse du p\u00e9ch\u00e9 et du repentir, de l\u2019aide de Dieu et du ch\u00e2timent divin, de la mis\u00e9ricorde du Seigneur envers le p\u00e9cheur repentant. Dans la m\u00e9moire de l\u2019\u00c9glise, cet homme est rest\u00e9 avant tout celui qui nous a appris le repentir et la pri\u00e8re. Et les plus puissantes complaintes p\u00e9nitentielles qu\u2019ait jamais prononc\u00e9 l\u2019homme qui nous soient parvenues sont les psaumes du roi David. Il n\u2019est pas de pri\u00e8re plus empreinte de contrition que le psaume 50 et bien d\u2019autres psaumes. Ce n\u2019est pas un hasard, si l\u2019\u00c9glise, durant le Grand Car\u00eame, nous invite \u00e0 lire le Psautier avec un z\u00e8le particulier. Elle le fait afin de susciter en nous les sentiments de repentir dont respirent les psaumes, qu\u2019a \u00e9prouv\u00e9s et chant\u00e9s le proph\u00e8te David.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas un hasard non plus si dans le grand canon de saint Andr\u00e9 de Cr\u00e8te, lu durant la premi\u00e8re semaine du Grand car\u00eame, il est dit du psaume 50 \u00ab\u00a0Aie piti\u00e9 de moi, \u00f4 Dieu dans ta grande bont\u00e9\u00a0\u00bb que David l\u2019\u00e9crivit \u00ab\u00a0telle une ic\u00f4ne qu\u2019il dessina\u00a0\u00bb. Ce psaume est en quelque sorte l\u2019ic\u00f4ne verbale du repentir que nous devons apporter chaque jour \u00e0 toute heure.<\/p>\n<p>Saint Jean Cassien nous renseigne sur l\u2019office quotidien des monast\u00e8res d\u2019\u00c9gypte, de Palestine et de Mesopotamie. Il commence ainsi sa description de l\u2019office nocturne\u00a0: \u00ab\u00a0La r\u00e8gle est diff\u00e9rente partout, et nous voyons, pour ainsi dire, autant d&rsquo;usages qu&rsquo;il y a de monast\u00e8res et de cellules<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.\u00a0\u00bb En \u00c9gypte et en Th\u00e9ba\u00efde, aux v\u00eapres et durant l\u2019assembl\u00e9e nocturne, on lit 12 psaumes, y ajoutant deux lectures tir\u00e9es de l\u2019Ancien et du Nouveau Testament<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Les psaumes, remarque Jean Cassien, ne sont pas lus \u00e0 la suite, mais divis\u00e9s en deux ou trois stances, durant la lecture desquelles seul le lecteur est debout, les autres moines \u00e9tant assis sur de petits tabourets<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a><\/p>\n<p>Les psaumes n\u2019entrent pas seulement en tant que tels \u00e0 l\u2019office, des versets leur sont abondamment emprunt\u00e9s dans d\u2019autres cantiques et pri\u00e8res, tiss\u00e9s de citations du Psautier. Ainsi, aux v\u00eapres, entre deux ect\u00e9nies (si l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre des v\u00eapres avec entr\u00e9e), ou avant la premi\u00e8re ect\u00e9nie (s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019entr\u00e9e), lit-on la pri\u00e8re \u00ab\u00a0Daigne Seigneur, ce soir nous garder sans p\u00e9ch\u00e9\u00a0\u00bb. Cette pri\u00e8re se compose de diff\u00e9rents versets bibliques. Le verset \u00ab\u00a0Tu es b\u00e9ni, Seigneur, Dieu de nos P\u00e8res, et ton nom est lou\u00e9 et glorifi\u00e9 dans les si\u00e8cles\u00a0\u00bb est emprunt\u00e9 au cantique des trois jeunes gens du Livre de Daniel (3, 26)<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Sont tir\u00e9s du Psautier les versets \u00ab\u00a0Seigneur, ta mis\u00e9ricorde est pour les si\u00e8cles, comme en toi repose notre espoir\u00a0\u00bb (32, 22), \u00ab\u00a0Tu es b\u00e9ni, Seigneur, enseigne-moi tes jugements\u00a0\u00bb (118, 12), \u00ab\u00a0Seigneur, ta mis\u00e9ricorde est pour les si\u00e8cles, ne m\u00e9prise pas l\u2019\u0153uvre de tes mains\u00a0\u00bb (137, 8). Dans l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe, cette pri\u00e8re est chant\u00e9e aux v\u00eapres du dimanche et des jours de f\u00eate.<\/p>\n<p>Les v\u00eapres dominicales et festives s\u2019ach\u00e8vent, comme la liturgie, par le chant du \u00ab\u00a0Que le nom du Seigneur soit b\u00e9ni\u00a0\u00bb, celui du psaume 33 et la b\u00e9n\u00e9diction du pr\u00eatre, suivie du cong\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e9ment constitutif de l\u2019office de minuit quotidien est la lecture du psaume 118, divis\u00e9 en trois parties. La tradition orientale chr\u00e9tienne a toujours trait\u00e9 le psaume 118 avec une d\u00e9votion particuli\u00e8re\u00a0: il est re\u00e7u comme un psaume messianique prononc\u00e9 au nom du Christ. Dans le m\u00eame temps, le psaume 118 est consid\u00e9r\u00e9 comme un compendium de vie asc\u00e9tique, dans lequel David d\u00e9crit la vie des saints, leurs exploits, leurs afflictions, leurs labeurs, l\u2019opposition des d\u00e9mons, les mille et une pens\u00e9es qu\u2019ils leur insiduent, les filets et autres proc\u00e9d\u00e9s, en m\u00eame temps que les moyens par lesquels les saints parviennent \u00e0 la victoire. La loi, la parole de Dieu, la patience, l\u2019aide d\u2019en-haut et, enfin les r\u00e9compenses, les couronnes qui suivent les travaux<a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a><\/p>\n<p>L\u2019hexapsalme, lu au d\u00e9but des matines est un choix de psaumes les plus propices par leur ton \u00e0 la p\u00e9nitence et \u00e0 la louange. Les psaumes 3 et 37 expriment un sentiment de trouble int\u00e9rieur, qui \u00e9volue en esp\u00e9rance dans le Seigneur. Le psaume 62 est p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de la soif d\u00e9vorante de Dieu, d\u2019un puissant attrait pour Dieu. Le psaume 87 est une pri\u00e8re matinale invitant en m\u00eame temps au <em>memento mori<\/em>. Le psaume 102 contient une louange solennelle \u00e0 Dieu, cr\u00e9ateur du monde visible. Le psaume 142 nous renvoie \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit du psaume 3 et se termine par une demande d\u2019aide et de lib\u00e9ration de la tristesse et de l\u2019ac\u00e9die. A la fin de chaque psaume, on r\u00e9p\u00e8te un ou deux versets particuli\u00e8rement expressifs, r\u00e9sumant en quelque sorte le contenu de l\u2019hymne.<\/p>\n<p>A la fin des cathismes, aux matines du dimanche et des jours de f\u00eate, on chante le \u00ab\u00a0polyel\u00e9os\u00a0\u00bb, les psaumes 134 et 135. Dans la plupart des paroisses, cependant, on ne chante que quatre versets de ces psaumes.<\/p>\n<p>Les petites heures ont toutes la m\u00eame structure, elles comprennent trois psaumes, la lecture du tropaire et du kondakion du jour, l\u2019invocation \u00ab\u00a0Seigneur, aie piti\u00e9\u00a0\u00bb r\u00e9p\u00e9t\u00e9e 40 fois, une pri\u00e8re commune \u00e0 toutes les heures et une pri\u00e8re propre \u00e0 l\u2019office r\u00e9cit\u00e9.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit \u00e9vang\u00e9lique de la Sainte C\u00eane (Mt 26, 26-29\u00a0; Mc 14, 22-25\u00a0; Lc 22, 19-20\u00a0; Jn 13, 1-30\u00a0; I Cor, 11, 23-25) ne d\u00e9crit pas en d\u00e9tail le repas pascal, sans doute parce que le rite en \u00e9tait connu de tous. Cependant, certains d\u00e9tails du r\u00e9cit montrent que la Sainte c\u00eane \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment un repas pascal. Les \u00c9vangiles mentionnent en particulier la pr\u00e9paration de la table pascale (Mt 26, 19\u00a0; Mc 14, 16\u00a0; Lc 22, 13)\u00a0: la b\u00e9n\u00e9diction et la fraction du pain (Mc 14, 22\u00a0; Mt 26, 26\u00a0; Lc 17, 19), l\u2019action de gr\u00e2ce au-dessus de la coupe de vin (Mc 14, 23\u00a0; Mt 26, 27\u00a0; Lc 17, 17), le pain tremp\u00e9 dans une sauce d\u2019herbes am\u00e8res (Jn 13, 26), le chant du psaume \u00e0 la fin du repas (Mt 26, 30\u00a0; Mc 14, 26).<\/p>\n<p>La liturgie eucharistique dans l\u2019\u00c9glise pal\u00e9ochr\u00e9tienne conservait bien des traits du repas pascal juif (de m\u00eame que la P\u00e2que chr\u00e9tienne a conserv\u00e9 le symbolisme de la p\u00e2que juive). Chaque Eucharistie ressemblait au repas pascal juif. L\u2019accent \u00e9tait mis sur l\u2019action de gr\u00e2ce. On y lisait les livres de l\u2019Ancien Testament, on y pronon\u00e7ait de longs pr\u00eaches (Ac 20, 9, 11), on y interpr\u00e9tait des \u00ab\u00a0psaumes de louanges et des cantiques spirituels\u00a0\u00bb (Col 3, 16), \u00ab\u00a0des psaumes, des hymnes et des cantiques inspir\u00e9s\u00a0\u00bb (Eph 5, 19).<\/p>\n<p>Les <em>Constitutions apostoliques<\/em>, cette compilation remontant \u00e0 la seconde moiti\u00e9 du IVe si\u00e8cle, mais contentant des fragments consid\u00e9rablement plus anciens refl\u00e9tant les usages liturgiques syriens, comportent une description tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9e du c\u00e9r\u00e9monial liturgique. La premi\u00e8re partie de la liturgie eucharistique, la liturgie des cat\u00e9chum\u00e8nes, commence par une lecture de l\u2019Ancien Testament, entrecoup\u00e9e de psaumes de David\u00a0: un chantre entonne les versets du psaume, et le peuple reprend la derni\u00e8re partie des versets. Ensuite, le diacre ou le presbytre lisent l\u2019\u00c9vangile, que l\u2019assistance \u00e9coute debout, dans un \u00ab\u00a0profond silence\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La lecture de l\u2019Ap\u00f4tre \u00e0 la liturgie est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e du chant du prokimenon, ou r\u00e9pons, verset tir\u00e9 d\u2019un psaume. A la fin de l\u2019Ap\u00f4tre, on chante \u00e0 trois reprises \u00ab\u00a0alleluia\u00a0\u00bb, alternant chant et lecture de versets choisis des psaumes.<\/p>\n<p>Tout ceci t\u00e9moigne de la place centrale du Psautier dans la liturgie orthodoxe. La liturgie toute enti\u00e8re est tiss\u00e9e de versets des psaumes, qui en forment la trame.<\/p>\n<p>Les psaumes du roi David sont depuis des si\u00e8cles une source d\u2019inspiration pour les compositeurs et les chantres. David lui-m\u00eame, suivant la Bible, s\u2019accompagnait d\u2019une lyre. Suivant l\u2019usage liturgique juif, les psaumes \u00e9taient interpr\u00e9t\u00e9s par un ch\u0153ur ou par des solistes accompagn\u00e9s de diff\u00e9rents instruments \u00e0 cordes, \u00e0 vent ou \u00e0 percussion.<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019origine, cependant, l\u2019\u00c9glise orthodoxe a renonc\u00e9 \u00e0 l\u2019emploi liturgique des instruments de musique, \u00e0 l\u2019exception des cloches, plac\u00e9es en dehors de l\u2019\u00e9glise et appelant les fid\u00e8les \u00e0 l\u2019office. Dans l\u2019\u00c9glise orthodoxe, les psaumes sont interpr\u00e9t\u00e9s par le ch\u0153ur ou lus par le lecteur. Dans ce cas, nous n\u2019entendons que le texte du psaume. Lorsqu\u2019il est chant\u00e9, la musique, ce languge universel capable d\u2019exprimer ce que les mots ne peuvent dire, se surajoute aux mots. Je pense que la composante musicale du Psautier pourrait faire l\u2019objet d\u2019une th\u00e8se de doctorat. J\u2019esp\u00e8re que cette recherche sera un jour effectu\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg. Je suis pr\u00eat \u00e0 prendre la direction de ce travail \u00e0 la fois en tant que professeur titulaire de l\u2019universit\u00e9 et en qualit\u00e9 de recteur de l\u2019\u00c9cole doctorale Saints-Cyrille-et-M\u00e9thode, avec laquelle l\u2019Universit\u00e9 a sign\u00e9 aujourd\u2019hui un contrat de collaboration et de coop\u00e9ration.<\/p>\n<p>Je vous remercie de votre attention.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Athanase le Grand, <em>Tvorenia<\/em> (\u0152uvres), t. 4, Moscou, 1994.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Saint Jean Cassien, <em>Institutions c\u00e9nobitiques<\/em> 2, 2.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Ibid, 2, 4.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Ibid, 2, 11-12.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Dans la Bible des Septante.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Cf Athanase d\u2019Alexandrie, <em>Commentaire sur le psaume 118<\/em>. PG 27, 480 C.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 15 mars 2011, le m\u00e9tropolite Hilarion de Volokolamsk s\u2019est rendu \u00e0 la Facult\u00e9 de musique de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg, o\u00f9 il a prononc\u00e9 une conf\u00e9rence sur le th\u00e8me \u00ab Les psaumes dans la tradition orthodoxe \u00bb. L\u2019auditoire se composait du cardinal Kurt Koch, pr\u00e9sident du Conseil pontifical pour la promotion de l\u2019unit\u00e9 des chr\u00e9tiens, les enseignants et \u00e9tudiants de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg.<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[95,1,2,12,83],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38719"}],"collection":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38719"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38719\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38719"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=38719"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=38719"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}