{"id":179227,"date":"2019-10-28T17:46:28","date_gmt":"2019-10-28T14:46:28","guid":{"rendered":"https:\/\/mospat.ru\/?p=179227"},"modified":"2020-05-05T10:47:45","modified_gmt":"2020-05-05T07:47:45","slug":"%d0%b5%d0%b4%d0%b8%d0%bd%d1%81%d1%82%d0%b2%d0%be-%d1%86%d0%b5%d1%80%d0%ba%d0%b2%d0%b8-%d0%bf%d0%be-%d0%be%d0%b1%d1%80%d0%b0%d0%b7%d1%83-%d0%b5%d0%b4%d0%b8%d0%bd%d1%81%d1%82%d0%b2%d0%b0-%d1%81%d0%b2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/2019\/10\/28\/news179227\/","title":{"rendered":"Archim. Sophrony (Sakharov): Unit\u00e9 de l\u2019Eglise, image de la Sainte Trinit\u00e9 (Triadologie orthodoxe, comme principe de l\u2019eccl\u00e9siologie)"},"content":{"rendered":"<p>Dix neuf si\u00e8cles se sont \u00e9coul\u00e9s depuis que Saint Pau, en parcourant la ville d\u2019Ath\u00e8nes et en consid\u00e9rant les objets de culte, trouva un autel portant cette inscription: \u00ab au Dieu inconnu \u00ab Agnosto Theo \u00bb (Actes XVII, \u00e83).<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident, que cet autel fut \u00e9rig\u00e9 par les meilleurs repr\u00e9sentant de la pens\u00e9e humaine, par les sages qui avaient atteint les limites de la connaissance, ces limites de qui restent insurpassables jusqu\u2019\u00e0 nos jours pour l\u2019entendement naturel de l\u2019homme, \u2014 car Dieu est inconnaissable pour la pens\u00e9e logique. La vraie connaissance du Dieu v\u00e9ritable vient de la R\u00e9v\u00e9lation.<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00e9conomie divine de notre salut l\u2019Eglise marque certains \u00e9v\u00e9nements, comme \u00e9tant essentiels en les comm\u00e9morant par des F\u00eates. Elles se succ\u00e8dent historiquement: l\u2019Annonciation, la nativit\u00e9, l\u2019Epiphanie (cette f\u00eate est appel\u00e9e le Bapt\u00eame du Christ dans le rite byzantin), la Transfiguration, la Passion, la R\u00e9surrection, l\u2019Ascension et la Descente du Saint Esprit. Dans les desseins r\u00e9v\u00e9lateurs de Dieu, chacun de ces \u00e9v\u00e9nements est li\u00e9 aux autres d\u2019une fa\u00e7on organique et indissoluble, mais le jour de la Pentec\u00f4te, ce jour, o\u00f9 la descente du Saint Esprit est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e, a une place particuli\u00e8re, car il marque l\u2019accomplissement de la R\u00e9v\u00e9lation du Grand Dieu Tout-Puissant et Cr\u00e9ateur de toutes choses.<\/p>\n<p>Dieu ne conna\u00eet ni envie, ni amour-propre, ni ambition. L\u2019Esprit de Dieu suit l\u2019homme humblement et patiemment sur tous les chemins de la vie, pour Se faire conna\u00eetre \u00e0 lui et par cela m\u00eame l\u2019associer \u00e0 Son \u00e9ternit\u00e9 divine. (Cf., Actes X, 35). C\u2019est pourquoi en tous temps l\u2019homme pouvait, dans une certaine mesure, atteindre \u00e0 la connaissance du vrai Dieu. Cependant, en dehors de l\u2019Incarnation du Verbe et de l\u2019av\u00e8nement du Saint Esprit \u00e0 la Pentec\u00f4te, la connaissance parfaite de Dieu \u00e9tait impossible. En dehors du Christ, venu dans la chair, aucune exp\u00e9rience spirituelle, philosophique ou mystique ne permet \u00e0 l\u2019homme de conna\u00eetre l\u2019Etre Divin, comme Objectivit\u00e9 absolue, une incognoscible, en Trois Sujets \u00e9galement absolus et incognoscibles ; en d\u2019autres termes : la Trinit\u00e9 consubstantielle et indivisible.<\/p>\n<p>La nature de l\u2019homme, qui est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l\u2019image et \u00e0 la ressemblance du Dieu Cr\u00e9ateur, poss\u00e8de la facult\u00e9 d\u2019une certaine conjecture sur l\u2019Etre Divin. Cependant cette conjecture ne l\u2019am\u00e8ne pas \u00e0 la vraie connaissance du myst\u00e8re divin, comme nous le montre toute l\u2019exp\u00e9rience historique, c\u2019est pourquoi il est n\u00e9cessaire que Dieu Lui-m\u00eame r\u00e9v\u00e8le \u00e0 l\u2019homme, dans la mesure accessible \u00e0 sa conception, l\u2019image de Son existence.<\/p>\n<p>Il ne faut pas oublier, que la R\u00e9v\u00e9lation du Nouveau Testament est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par celle de l\u2019Ancien. Lorsque les Chr\u00e9tiens s\u2019absorbent dans la contemplation de la R\u00e9v\u00e9lation biblique, ils entendent d\u00e9j\u00e0 dans les premiers chapitre de la Gen\u00e8se des paroles famili\u00e8res sur le Dieu Unique et, en m\u00eame temps, multiple : \u201cDieu dit : faisons l\u2019homme \u00e0 notre image, selon Notre ressemblance\u201d et encore : \u201cDieu dit: voici l\u2019homme est devenu comme l\u2019un de Nous\u201d (Gen., I, 26, III, 22). Les Psaumes et les Proph\u00e8tes nous montrent que l\u2019Ancien Testament connaissait le Verbe (\u039b\u03cc\u03b3\u03bf\u03c2) et l\u2019Esprit (\u03a0\u03bd\u03b5\u1fe6\u03bc\u03b1) de Dieu. \u201cLes cieux ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s par la parole (\u039b\u03cc\u03b3\u03bf\u03c2) de Dieu et toute leur arm\u00e9e par le souffle (\u03a0\u03bd\u03b5\u1fe6\u03bc\u03b1) de Sa bouche\u201d (Psaumes XXXIII, 6 et autres). Mais nous n\u2019y trouvons pas la connaissance du Verbe et de l\u2019Esprit comme Hypostases, comme Personnes-Sujets. Elles y sont vues comme \u00e9nergies. L\u2019humanit\u00e9 de l\u2019Ancient Testament se d\u00e9battait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment dans le cadre de la notion du Dieu unique, compris non dans la conception du monoth\u00e9isme chr\u00e9tien, mais dans celle de l\u2019h\u00e9noth\u00e9isme non-chr\u00e9tien (c\u2019est-\u00e0-dire Dieu \u00e0 hypostase unique). On peut m\u00eame se demander, si ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 cause de l\u2019\u00e9troitesse du cadre impos\u00e9 par l\u2019h\u00e9noth\u00e9isme que les Juifs de l\u2019Ancien Testament se sentaient tellement attir\u00e9s vers le polyth\u00e9isme ? Mais ce chemin leur \u00e9tant d\u00e9fendu par la Loi et les Proph\u00e8tes, ils languissaient dans l\u2019attente du Messie-Emmanuel promis, Qui leur r\u00e9v\u00e8lerait toute la v\u00e9rit\u00e9 sur Dieu (Jean, IV, 25).<\/p>\n<p>Si nous examinons l\u2019autre partie de l\u2019humanit\u00e9 avant le Christ, ceux qui vivaient en dehors de la R\u00e9v\u00e9lation de l\u2019Ancien Testament, nous y verrons, \u00e0 cot\u00e9 d\u2019innombrables errements, des rapprochements remarquables \u00e0 a connaissance de la v\u00e9rit\u00e9. Cette exp\u00e9rience d\u2019une certaine connaissance naturelle de Dieu est tr\u00e8s pr\u00e9cieuse pour nous. Elle nous montres les limites de ce qui est naturellement accessible. Chaque fois que l\u2019homme veut mettre la raison \u00e0 la premi\u00e8re place de sa vie spirituelle, autrement dit, chaque fois qu\u2019il tente de conna\u00eetre la V\u00e9rit\u00e9 \u00e9ternelle par l\u2019effort de son intelligence, il tombe fatalement dans une conception panth\u00e9iste de l\u2019Etre. Ceci, il nous semble, est d\u00fb au fait, que l\u2019intellect est impersonnel dans les fonctions qui lui sont propres. Abandonn\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, et pris comme forme sup\u00e9rieure des facult\u00e9s humaines, il tend n\u00e9cessairement vers une lutte avec le principe personnel dans l\u2019Etre en g\u00e9n\u00e9ral. Mais lorsque l\u2019homme aper\u00e7oit que le principe personnel est la base de toute essence rationnelle, il reconna\u00eet l\u2019insuffisance de la personnalit\u00e9, du Moi, pris isol\u00e9ment, et se tourne naturellement vers le pluralisme polyth\u00e9iste.<\/p>\n<p>Il est \u00e9trange de constater que le monisme impersonnel des panth\u00e9istes, et m\u00eame le pluralisme pa\u00efen, sont, dans une certaine mesure, propres \u00e0 la pens\u00e9e humaine jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p>\n<p>La conception panth\u00e9iste de l\u2019Etre est sup\u00e9rieure au polyth\u00e9isme pa\u00efen en tant qu\u2019elle se rend compte de l\u2019unit\u00e9 primordiale de l\u2019Etre. L\u2019avantage du pluralisme pa\u00efen, dans son meilleur aspect, consiste dans la vraie connaissance de la personne comme d\u2019un principe ontologique et profonde de tout l\u2019\u00eatre rationnel, et de l\u2019entendement \u2014 comme une des Energies, une des manifestations de ce principe.<\/p>\n<p>Ainsi l\u2019exp\u00e9rience du monde pr\u00e9-chr\u00e9tien, participant ou non \u00e0 la R\u00e9v\u00e9lation de l\u2019Ancien Testament, nous apprend clairement que l\u2019homme se perd dans ses incompr\u00e9hensions, incapable de trouver une issue et de parvenir \u00e0 la vraie connaissance de Dieu. Cette issue et cette connaissance sont donn\u00e9es \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 par la R\u00e9v\u00e9lation divine en J\u00e9sus Christ et par la descente du Saint Esprit le jour de la Pentec\u00f4te.<\/p>\n<p>Mais quelle est la connaissance du myst\u00e8re de l\u2019Etre Divin qui nous fut donn\u00e9e par cette R\u00e9v\u00e9lation ? Peut-on l\u2019exprimer par des paroles, et si cela est possible, o\u00f9 sont ces paroles ? C\u2019est l\u2019Eglise du Christ Qui les garde, Celle Qui nous enseigne que le vrai Dieu est le Dieu unique en Trois Personnes. Elle nous parle de l\u2019existence divine, comme d\u2019une Tri-Unit\u00e9 ins\u00e9parable et sans confusion ; comme de la Trinit\u00e9 consubstantielle et indivisible. Nous voudrions citer ici un expos\u00e9 de cet enseignement connu sous le nom de \u201cSymbole \u2014 Confession de notre P\u00e8re parmi les Saints Athanase, Patriarche d\u2019Alexandrie.\u201d[1]<\/p>\n<p>\u00ab Celui qui cherche le salut, doit avant tour confesser la foi catholique. Il est hors de doute que si on ne garde pas cette foi dans son int\u00e9grit\u00e9 et sa puret\u00e9, on ne peut \u00e9viter de p\u00e9rir dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Voici quelle est cette foi catholique : Nous adorons le Dieu unique dans la Trinit\u00e9 et la Trinit\u00e9 dans l\u2019Unit\u00e9 sans confondre les Hypostases et sans diviser la Substance. Car autre est l\u2019Hypostase du P\u00e8re, autre Celle du Fils, et autre Celle de l\u2019Esprit Saint. Mais la Divinit\u00e9 du P\u00e8re, et du Fils, et de l\u2019Esprit Saint est Une, Leur Gloire est \u00e9gale et Leur Majest\u00e9 co\u00e9ternelle. Tel le P\u00e8re, tel aussi le Fils, tel le Saint Esprit. Non cr\u00e9\u00e9 est le P\u00e8re, non cr\u00e9\u00e9 le Fils, non cr\u00e9\u00e9 le Saint Esprit. Inconcevable est le P\u00e8re, tel aussi le Fils, tel le Saint Esprit. Eternel est le P\u00e8re, \u00e9ternel le Fils, \u00e9ternel le Saint Esprit : cependant il n\u2019y a pas trois \u00e9ternels, mais Un \u00e9ternel. De m\u00eame, il n\u2019y a pas trois incr\u00e9\u00e9s et inconcevables, main un Seul est incr\u00e9\u00e9 et inconcevable. Aussi : tout-puissant (Pantocrator) est le P\u00e8re, tout-puissant le Fils, tout-puissant le Saint Esprit : cependant il n\u2019y a pas trois dieux, main Un seul Dieu. Aussi : le P\u00e8re est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint Esprit est Seigneur ; Puisque nous sommes amen\u00e9s par la v\u00e9rit\u00e9 chr\u00e9tienne \u00e0 confesser chacune des Hypostases comme Dieu et Seigneur ; et qu\u2019en m\u00eame temps la pi\u00e9t\u00e9 catholique nous d\u00e9fend de nommer trois dieux et trois seigneurs. Le P\u00e8re n\u2019a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par personne, ni fait, mais engendr\u00e9. Le Fils est du P\u00e8re m\u00eame non cr\u00e9\u00e9, ni fait, mais engendr\u00e9. Le Saint Esprit n\u2019est pas cr\u00e9\u00e9 par le P\u00e8re, ni fait, ni engendr\u00e9, mais En proc\u00e8de. Un seul est P\u00e8re, et non trois p\u00e8res. Un seul est Fils, et non trois fils. Un seul est Esprit Saint, et non trois esprits saints. Et en cette Sainte Trinit\u00e9 rien n\u2019est premier, ni dernier. Rien n\u2019est plus grand, ni moins grand. Mais les trois Hypostases sont enti\u00e8res, co\u00e9ternelles l\u2019Une \u00e0 l\u2019autre et \u00e9gales. Ainsi il s\u2019ensuit de tout ce qui a \u00e9t\u00e9 dit, que la Trinit\u00e9 est ador\u00e9e dans l\u2019Unit\u00e9 et l\u2019Unit\u00e9 dans la Trinit\u00e9. Celui qui cherche son salut, qu\u2019il pense ainsi de la Sainte Trinit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Ce symbole de Saint Athanase figure d\u2019habitude dans le Psautier. Il est suivi par \u00ab l\u2019expos\u00e9 de la foi de Saint Maxime, questions et r\u00e9ponses br\u00e8ves \u00bb. Voici comme il confesse la Sainte Trinit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Si tu veux savoir, ce qu\u2019est Dieu, et comment il sied de L\u2019adorer, entends, et comprends, et connais v\u00e9ritablement le P\u00e8re, le Fils et le Saint Esprit. Un est saint, un vouloir, une volont\u00e9, une sagesse et une puissance. Un n\u2019est pas avant tous les si\u00e8cles et l\u2019Autre dans les si\u00e8cles ; mais ensemble le P\u00e8re, et le Fils, et le Saint Esprit. Le Fils est dans le P\u00e8re, et l\u2019Esprit est dans le Fils, c\u2019est ensemble une Nature et une Divinit\u00e9. Cette Divinit\u00e9 est divis\u00e9e en Trois dans les Hypostases, mais Elle est une dans la substance. C\u2019est pourquoi, en invoquant le P\u00e8re, en glorifiant le Fils et en confessant l\u2019Esprit, nous nommons Dieu, puisque la nature divine est commune au P\u00e8re, au Fils et au Saint Esprit. Mais les Noms du P\u00e8re, du Fils et du Saint Esprit ne sont pas des Noms communs \u00e0 toutes les Personnes, mais particuliers \u00e0 chacune des Hypostases. Car le P\u00e8re n\u2019est pas appel\u00e9 Fils, ni le Fils n\u2019est appel\u00e9 P\u00e8re, ni le Saint Esprit n\u2019est appel\u00e9 ni P\u00e8re, ni Fils, mais Dieu est toujours appel\u00e9 Trinit\u00e9. Je dis trois Hypostases, c\u2019est-\u00e0-dire trois Personnes ; ni trois natures, ni trois dieux comme le disent les disciples du maudit Arius. Mais nous confessions un Dieu, une substance, une nature en Trois Hypostases. Nous ne confessons pas une seule hypostase comme les sabelliens maudits. Trois personnes en une seule image, et en une seule Divinit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Cette R\u00e9v\u00e9lation du Dieu Tri-Unitaire est une source intarissable de sagesse, de joie et de lumi\u00e8re pour tout croyant. Elle s\u2019\u00e9coule sur toutes les manifestations de la vie humaine, elle r\u00e9sout tous les probl\u00e8mes et incompr\u00e9hensions de l\u2019intelligence et du c\u0153ur, elle nous m\u00e8ne dans les espaces infinis de la vie \u00e9ternelle. Cependant, lorsque notre intelligence se d\u00e9tache du c\u0153ur, qui est rempli par la gr\u00e2ce de la foi,\u00a0 et reste seul devant la R\u00e9v\u00e9lation avec les lois propres au raisonnement, alors cette R\u00e9v\u00e9lation se pr\u00e9sente \u00e0 elle comme une s\u00e9rie de probl\u00e8mes insolubles.<\/p>\n<p>Il nous est impossible de nous repr\u00e9senter un \u00catre personnel, Qui soit la Vie parfaite et \u00e9ternellement r\u00e9alis\u00e9e, la Vie qui exclut toute ombre d\u2019un processus. En d\u2019autres termes, un \u00catre dans la vie Duquel l\u2019auto-conscience ne pr\u00e9c\u00e8de pas l\u2019acte de la d\u00e9termination parfaite de soi-m\u00eame, et dans Lequel cette auto-d\u00e9termination n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 ant\u00e9rieure \u00e0 la pl\u00e9nitude absolue de l\u2019auto-connaissance.<\/p>\n<p>Il nous est impossible de concevoir un \u00catre personnel Qui, \u00e9tant absolument libre dans son auto-d\u00e9termination, et, par cons\u00e9quent, non limit\u00e9 par une pr\u00e9destin\u00e9e quelconque, n\u2019exclut pas une objectivit\u00e9 absolue de sa nature et de son essence. Notre intellect ne comprend pas comment la nature ou l\u2019essence, qui est r\u00e9alit\u00e9 absolue et objective, ne pr\u00e9c\u00e8de et ne d\u00e9termine en rien la perfection absolue de l\u2019auto-d\u00e9termination des Personnes de la Sainte Trinit\u00e9.<\/p>\n<p>Un Tel \u00catre personnel nous para\u00eet impensable, Qui \u00e9tant absolument unique et simple, est en m\u00eame temps trine, de fa\u00e7on \u00e0 ce que chacun des Trois soit un Sujet absolu Qui porte en Lui toute la pl\u00e9nitude de l\u2019Etre Divin, c\u2019est-\u00e0-dire Qui soit Dieu unique et parfait, dynamiquement \u00e9gal \u00e0 la Tri-Unit\u00e9 enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Notre pens\u00e9e ne peut acc\u00e9der \u00e0 l\u2019existence d\u2019un \u00catre Triune dans Lequel le G\u00e9n\u00e9rateur ne pr\u00e9c\u00e8de ; o\u00f9 la g\u00e9n\u00e9ration et la procession ne limitent en rien la libert\u00e9 absolue de l\u2019auto-d\u00e9termination personnelle de l\u2019Engendr\u00e9 et de Celui Qui proc\u00e8de.<\/p>\n<p>L\u2019Etre dans Lequel se distinguent les Trois Personnes de l\u2019Essence une, cette Essence qui se distingue des \u00e9nergies, et Qui en m\u00eame temps est absolument simple et exclut toute complexit\u00e9, Cet \u00catre d\u00e9passe notre entendement.<\/p>\n<p>Comment cet \u00catre, Qui, renferme en Lui une s\u00e9rie d\u2019actes, tels que l\u2019engendrement du Fils, la procession du Saint-Esprit, des actes d\u2019auto-d\u00e9termination et d\u2019auto-connaissance, est en m\u00eame temps un acte absolument simple, hors de tout processus et de toute dur\u00e9e ? Ceci d\u00e9passe \u00e9galement notre entendement.<\/p>\n<p>Nous ne pouvons, nous repr\u00e9senter un \u00catre dont le Principe ontologique, le P\u00e8re, ne pr\u00e9c\u00e8derait ni le Fils naissant, ni le Saint Esprit proc\u00e9dant, et ne Leur serait pas ontologiquement sup\u00e9rieur ; et ceci jusqu\u2019\u00e0 pouvoir parler de Leur co-\u00e9ternit\u00e9 et de Leur \u00e9galit\u00e9 absolue dans la dignit\u00e9, dans la force et dans la Divinit\u00e9 ; de Leur seule gloire, de Leur seule \u00e9nergie, de Leur seule volont\u00e9, et tout ceci \u00e0 tel point que le dogme nous \u00ab d\u00e9fend \u00bb toute pens\u00e9e de structure hi\u00e9rarchique ou de subordinations dans le sein de la Sainte Trinit\u00e9. \u00ab Et en cette Sainte Trinit\u00e9 rien n\u2019est premier ni dernier, rien n\u2019est plus grand ou moins grand, mais les Trois Hypostases sont enti\u00e8re, co\u00e9ternelles et \u00e9gales l\u2019Une \u00e0 l\u2019Autre \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019Eglise nous enseigne que Dieu est un \u00catre ayant Sa cause en Lui-m\u00eame et Qui n\u2019a, en dehors de Lui, aucun \u00eatre ind\u00e9pendant et parall\u00e8le \u00e0 Lui. Elle nous parle du Dieu parfait, vivant, Qui poss\u00e8de la pl\u00e9nitude absolue d\u2019une existence r\u00e9alis\u00e9e, Qui est, par cons\u00e9quent un ACTE PUR. Mais lorsque notre entendement s\u2019arr\u00eate devant cet \u00catre, Il se pr\u00e9sente comme un FAIT PUR, en raison de Sa perfection primordiale et absolue.<\/p>\n<p>Devant cette doctrine de l\u2019Eglise notre intelligence se remplit d\u2019\u00e9tonnement et de silence. Elle ne s\u2019adapte pas aux cadres \u00e9troits de notre raisonnement. Et lorsque nous examinons ce que l\u2019Eglise enseigne sur l\u2019Incarnation de l\u2019Un des Trois, \u2014 le Fils, le Logos\u2013\u00a0 un nombre de probl\u00e8mes encore plus complexes s\u2019\u00e9l\u00e8ve devant nous. Nous ne pouvons concevoir comment l\u2019Infini prend un commencement, comment l\u2019Incr\u00e9\u00e9 prend la forme d\u2019une existence cr\u00e9\u00e9e ? Comment le Fils unique peut \u00eatre Dieu parfait, et Homme parfait ? Comment l\u2019Hypostase une, de Celui Qui s\u2019est incarn\u00e9, unit d\u2019une fa\u00e7on indissoluble et distincte \u2013 deux natures, deux volont\u00e9s, deux actions, divine et humaine ? Nous ne pouvons concevoir le dogme de l\u2019Eglise qui nous parle de la nature une, de la seule volont\u00e9, de l\u2019action unique de la Sainte Trinit\u00e9, et en m\u00eame temps de deux natures, de deux actions, de deux volont\u00e9s unies dans l\u2019Un des Trois.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>Ce ne sont pas les seuls probl\u00e8mes qui se posent \u00e0 notre intelligence lorsqu\u2019elle rencontre la doctrine de l\u2019Eglise. Il s\u2019en posera toujours, et toujours ils para\u00eetront insoluble. Et si, malgr\u00e9 la R\u00e9v\u00e9lation, l\u2019Etre divin reste pour nous inconcevable, insondable, invisible, ind\u00e9finissable, innommable, quelle est donc la vie nouvelle et la connaissance nouvelle que nous apporte le dogme de l\u2019Eglise sur la Sainte Trinit\u00e9 ? Nous poserons ici une autre question : Lorsqu\u2019il nous arrive de tomber sur la doctrine d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 ne correspondant pas aux concepts de notre intelligence qui raisonne toujours selon ses propres lois, cette contradiction serait-elle une raison suffisante pour consid\u00e9rer cette doctrine comme fausse ? La r\u00e9ponse \u00e0 cette question est formelle : cette raison n\u2019est pas suffisante. L\u2019histoire de la culture humaine nous en donne de multiples exemples. D\u2019innombrables faits qui appartiennent maintenant au domaine de la science empirique, paraissaient encore tout derni\u00e8rement impossible \u00e0 tous les esprits scientifiques. Imaginons-nous qu\u2019au cours du si\u00e8cle dernier quelqu\u2019un aurait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 par intuition dans la structure de la mati\u00e8re. Cette intuition lui aurait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le secret de la vie nucl\u00e9aire, et il aurait d\u00e9velopp\u00e9 les th\u00e9ories modernes, sans pouvoir, toutefois, les d\u00e9montrer exp\u00e9rimentalement. Certes, il aurait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme fou ou tout au moins comme fantaisiste ou r\u00eaveur.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, aussit\u00f4t que la science a la preuve empirique d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne, il devient insens\u00e9 de vouloir prouver, par des conclusions logique, l\u2019inexistence ou l\u2019impossibilit\u00e9 de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Et maintenant dans le domaine de la science nous nous trouvons devant le fait de l\u2019existence empiriquement \u00e9tabli, et notre raison ne peut plus y r\u00e9sister et se conforme n\u00e9cessairement \u00e0 ce fait. Il en est de m\u00eame de la R\u00e9v\u00e9lation donn\u00e9e \u00e0 l\u2019Eglise qui nous parle d\u2019un FAIT d\u00e9termin\u00e9 \u2013l\u2019Etre Divin. Lorsque notre raison suit ce fait, elle parvient dans une certaine mesure \u00e0 la connaissance de ce qui \u00e9tait, auparavant, inconnu et inconcevable.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>Le \u00ab Symbole \u00bb pr\u00e9cit\u00e9 expose avec une extr\u00eame concision la pl\u00e9nitude de la connaissance de l\u2019Etre Divin accessible \u00e0 l\u2019homme. Cette confession qui est le dogme de l\u2019Eglise n\u2019a pas besoin de preuves logiques. Au contraire, elle nous fait voir le fait supr\u00eame de l\u2019Etre Qui sert de fondement \u00e0 tout, \u00e0 notre vie et \u00e0 notre connaissance, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 notre \u00eatre int\u00e9gral, qui est simple et unique dans son int\u00e9grit\u00e9. Pour parvenir \u00e0 cette connaissance il n\u2019y a d\u2019autre voie que celle indiqu\u00e9e par l\u2019Eglise. Les sciences enseign\u00e9es dans les \u00e9coles exigent des \u00e9l\u00e8ves qui les apprennent, une soumission aux m\u00e9thodes et indications de leurs ma\u00eetres. L\u2019Eglise a Sa science \u00e0 Elle qui m\u00e8ne vers cette connaissance et celui qui veut y parvenir doit suivre cette voie trac\u00e9e par l\u2019Eglise qui est celle de la foi et de l\u2019ob\u00e9issance aux commandements du Christ.<\/p>\n<p>Dieu est Charit\u00e9, et ne peut \u00eatre connu et contempl\u00e9 que par la charit\u00e9 et dans la charit\u00e9. C\u2019est pourquoi les commandements du Christ, qui m\u00e8nent \u00e0 la connaissance et \u00e0 la contemplation de Dieu, sont les commandements de charit\u00e9. Le myst\u00e8re de la Trinit\u00e9 n\u2019est concevable qu\u2019imparfaitement, car il d\u00e9passe les limites de notre entendement et les forces dont dispose notre \u00eatre cr\u00e9\u00e9. Mais inconcevable et cach\u00e9, il se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 nous sans cesse d\u2019une mani\u00e8re existentielle, par la foi et par la vie dans la foi, devenant dune source intarissable de la vie \u00e9ternelle. La foi p\u00e9n\u00e8tre des profondeurs qui sont inaccessible \u00e0 l\u2019intellect ; elle nous appelle \u00e0 la connaissance et \u00e0 la possession des myst\u00e8res divins non par des raisonnements logiques, mais par une vie dans les commandements divins du Christ. \u00ab Si vous demeurez dans Ma parole vous \u00eates v\u00e9ritablement Mes disciples ; vous conna\u00eetrez la V\u00e9rit\u00e9 et la V\u00e9rit\u00e9 vous rendra libres \u00bb (Jean, VIII, 32). Sur cette voie de la parole du Christ, Dieu vient au devant de l\u2019homme et fait Sa demeure chez lui (Jean, IV, 23), en lui donnant une v\u00e9ritable connaissance de Lui. C\u2019est alors que tout ce qui paraissait inconcevable devient lumi\u00e8re qui \u00e9claire notre ignorance et nos erreurs, et nous les r\u00e9v\u00e8le comme cons\u00e9quence de notre p\u00e9ch\u00e9 et de notre chute. Alors se pr\u00e9sentent \u00e0 nos yeux la pl\u00e9nitude sans limites, la sagesse, la beaut\u00e9, la lumi\u00e8re et la v\u00e9rit\u00e9 de la Vie Divine, Qui est Charit\u00e9.<\/p>\n<p>Gardons-nous toutefois d\u2019aller trop loin dans la recherche d\u2019une d\u00e9finition verbale du principe myst\u00e9rieux de cet attribut de la Vie Divine, qui est \u00e0 la base de l\u2019unit\u00e9 qui fait que les Trois Personnes de la Sainte Trinit\u00e9 ne font qu\u2019un seul \u00eatre. Notre pens\u00e9e doit s\u2019arr\u00eater \u00e0 une certaine limite pour que notre confession de foi ne soit pas fauss\u00e9e par la rationalisation du dogme. Cependant puisque la R\u00e9v\u00e9lation nous apprend que Dieu est Charit\u00e9 ; et que le Seigneur nous a donn\u00e9 le commandement d\u2019aimer notre prochain comme nous-m\u00eames, pour ces raisons nous pouvons concevoir l\u2019essence de l\u2019Etre Divin en tant que Charit\u00e9. Ceci n veut pas dire que la charit\u00e9, en tant qu\u2019essence, a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les Trois Personnes, que l\u2019essence est ant\u00e9rieure aux Personnes, Qui ne seraient alors que les manifestations de cette Essence. Non, la Charit\u00e9 est l\u2019Essence, la Nature m\u00eame de la Divinit\u00e9, mais dans le sens d\u2019une libert\u00e9 absolue de l\u2019auto-d\u00e9termination des Trois Personnes. Cependant cette auto-d\u00e9termination n\u2019est pas un \u00e9tat \u00ab psychologique \u00bb et subjectif des Hypostases, mais une r\u00e9alit\u00e9, une nature objectivement existante. C\u2019est pourquoi le dogme de l\u2019Eglise distingue les Personnes et l\u2019Essence dans l\u2019Etre Divin.<\/p>\n<p>L\u2019homme est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans son existence par une autre existence. Celle-ci est, pour lui, un fait \u00e9tabli et incontestable qui para\u00eet limiter la libert\u00e9 de son auto-d\u00e9termination du dehors. L\u2019homme manifeste ses qualit\u00e9s au cours de son d\u00e9veloppement, en passant par un certain processus, une \u00e9volution. Ce processus et cette \u00e9volution sont totalement absents dans l\u2019Etre Divin. Il faut toujours s\u2019en souvenir quand on pense \u00e0 Dieu pour ne pas tomber dans l\u2019erreur de l\u2019anthropomorphisme. Bien que l\u2019homme soit cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019image de Dieu, il renverse, cependant, la hi\u00e9rarchie de la vie, lorsqu\u2019il veut attribuer \u00e0 Dieu les notions que lui inspire la connaissance de lui-m\u00eame. Il se met alors \u00e0 cr\u00e9er Dieu \u00e0 sa propre image et ressemblance. La voie contraire est celle de l\u2019Eglise. Ce n\u2019est pas nous qui cr\u00e9ons Dieu \u00e0 notre propre image, mais en suivant les commandements du Christ, nous d\u00e9couvrons en nous les attributs de notre nature qui est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l\u2019image de Dieu.<\/p>\n<p>Deux commandements du Christ m\u00e8nent l\u2019homme \u00e0 la d\u00e9ification : \u00ab Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c\u0153ur, de toute ton \u00e2me, de toute ta pens\u00e9e, et de toute ta force ; voici le premier commandement. Le second qui lui est semblable : tu aimeras ton prochain, comme toi-m\u00eame \u00bb (Marc, XII, 30-31). De ces deux commandements, c\u2019est le second qui nous r\u00e9v\u00e8le davantage le myst\u00e8re de la Trinit\u00e9 consubstantielle et indivisible. Voici pourquoi.<\/p>\n<p>Le premier commandement nous dit \u00ab Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c\u0153ur, de toute ton \u00e2me, de toute ta pens\u00e9e, de toute ta force \u00bb. Il n\u2019est pas dit : tu aimeras ton Dieu comme toi-m\u00eame ; ce serait du panth\u00e9isme. Ce commandement nous parle d\u2019un degr\u00e9 de charit\u00e9. Il nous fait conna\u00eetre Dieu comme Charit\u00e9, mais en m\u00eame temps il nous indique la limite entre l\u2019homme et Dieu. Il nous fait participer \u00e0 la vie divine, mais ne fait pas dispara\u00eetre la diff\u00e9rence de nature (\u1f11\u03c4\u03b5\u03c1\u03bf\u03cd\u03c3\u03b9\u03bf\u03bd).<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me commandement: \u00ab tu aimeras ton prochain comme toi-m\u00eame \u00bb, ne nous apprend pas seulement la mesure ou le degr\u00e9 de la charit\u00e9, mais par l\u2019expression \u2014 \u00ab comme toi-m\u00eame \u00bb \u2014 il nous indique plut\u00f4t une communaut\u00e9 ontologique profonde de toute notre existence pan-humaine, de notre consubstantialit\u00e9 (To homoousion). R\u00e9alis\u00e9 dans la vie, ce commandement nous am\u00e8ne \u00e0 ce que toute l\u2019humanit\u00e9 ne soit plus qu\u2019UN SEUL HOMME.[2]<\/p>\n<p>La charit\u00e9 a pour effet de transposer l\u2019existence de la personne qui aime dans celle de l\u2019aim\u00e9e. Celui qui aime commence \u00e0 vivre dans l\u2019aim\u00e9. La personne, le Ego, est donc p\u00e9n\u00e9trable par la Charit\u00e9. La perfection absolue de la charit\u00e9 dans la Trinit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le la cop\u00e9n\u00e9tration parfaite des Trois Personnes, \u00e0 tel point qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule volont\u00e9, une seule action, une seule gloire, une seule puissance, une seule Divinit\u00e9, une seule Essence. C\u2019est pourquoi chaque Personne Hypostase est porteur de toute la pl\u00e9nitude de la Divinit\u00e9 et dynamiquement \u00e9gale \u00e0 l\u2019unit\u00e9 des Trois.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 l\u2019image de cette charit\u00e9, que l\u2019observation du deuxi\u00e8me commandement, \u00ab tu aimeras ton prochain comme toi-m\u00eame \u00bb, r\u00e9tablit la consubstantialit\u00e9 du genre humain rompue par le p\u00e9ch\u00e9e et am\u00e8ne \u00e0 ce que la pl\u00e9nitude de l\u2019\u00eatre humain devient la possession de chaque personne. R\u00e9alis\u00e9 dans sa perfection finale, ce commandement manifeste, que l\u2019HOMME EST UN, unique dans son essence et multiple dans ses hypostases. Ainsi l\u2019homme, \u00e0 l\u2019image de la Sainte Trinit\u00e9, est un \u00eatre consubstantiel et catholique. Lorsque la charit\u00e9 sera r\u00e9alis\u00e9e dans toute sa pl\u00e9nitude, chaque hypostase, en vertu de sa demeure dans la pl\u00e9nitude de l\u2019unit\u00e9 catholique, repr\u00e9sentera l\u2019accomplissement de l\u2019\u00eatre humain, et sera dynamiquement \u00e9gale \u00e0 toute l\u2019humanit\u00e9, \u00e0 l\u2019Homme Unique et Universel, \u00e0 l\u2019image de l\u2019Homme Parfait \u2013 le Christ, Qui contient en Lui tout l\u2019Homme.<\/p>\n<p>Ainsi, sur la voie de l\u2019observation des commandements du Christ, qui est la voie de l\u2019Eglise, se r\u00e9v\u00e8le le myst\u00e8re de la Sainte Trinit\u00e9. Ce myst\u00e8re se r\u00e9v\u00e8le d\u2019une fa\u00e7on existentielle, vitale, qui n\u2019est ni abstraite, ni rationnelle. Et il n\u2019y a point d\u2019autre voie vers la connaissance des myst\u00e8res divins.<\/p>\n<p>En face de cette R\u00e9v\u00e9lation de l\u2019Eglise les paroles de profond \u00e9tonnement ont toujours retenti et retentiront jusqu\u2019\u00e0 la fin des si\u00e8cles : \u00ab Des verbes \u00e9tranges, des doctrines \u00e9tranges, des dogmes \u00e9tranges de la Sainte Trinit\u00e9 \u00bb (Les Laudes des Matines de la Pentec\u00f4te).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>La pl\u00e9nitude de la vie dogmatique dans l\u2019Eglise n\u2019est jamais interrompue, jamais amoindrie. Cependant, diverses \u00e9poques historiques mettent en \u00e9vidence certains aspects de Son enseignement, qui reste toujours organiquement unique dans son ensemble, faisant valoir ces aspects pour \u00e9viter le danger d\u2019amoindrir l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9 par une erreur de d\u00e9tail. De nos jours un grand danger menace le dogme concernant l\u2019Eglise au sein m\u00eame de l\u2019Eglise Orthodoxe. La conception de l\u2019Eglise, de ce \u00ab Royaume qui n\u2019est pas de ce monde \u00bb, Royaume du Roi C\u00e9leste, du Saint Esprit Consolateur, de cette vie nouvelle, institu\u00e9e sur la terre par le Verbe incarn\u00e9, risque d\u2019\u00eatre de nouveau d\u00e9form\u00e9e et peut apporter un tort immense \u00e0 l\u2019\u0153uvre de notre salut. Il est donc naturel, que notre attention soit concentr\u00e9e sur cette question.<\/p>\n<p>Des \u00e9poques, semblables \u00e0 la n\u00f4tre, imposent \u00e0 chacun d\u2019entre nous de grandes responsabilit\u00e9s, car selon l\u2019enseignement de l\u2019Eglise, parfaitement exprim\u00e9 dans l\u2019Encyclique des Patriarches d\u2019Orient de 1848, il n\u2019appartient pas seulement \u00e0 la hi\u00e9rarchie de garder la v\u00e9rit\u00e9, mais cette t\u00e2che est confi\u00e9e \u00e0 l\u2019Eglise dans Sa pl\u00e9nitude.[3]<\/p>\n<p>Jugeant impossible de nous d\u00e9rober \u00e0 la responsabilit\u00e9 qui nous est impos\u00e9e, comme \u00e0 un fils de l\u2019Eglise, bien que nous soyons indignes, nous faisons un appel chaleureux \u00e0 tous les chr\u00e9tiens orthodoxes pour examiner le danger qui les menace dans toute sa profondeur, afin qu\u2019aid\u00e9s par la gr\u00e2ce de Dieu, nous puissions \u00e9loigner ce danger et garder la v\u00e9rit\u00e9 h\u00e9rit\u00e9e de nos fr\u00e8res \u00e0 envisager en pleine conscience ces questions dogmatiques qui sont d\u2019une importance cardinale dans l\u2019\u0153uvre de notre salut.<\/p>\n<p>Il est toujours p\u00e9nible d\u2019entrer dans des discussions, o\u00f9 les uns accusent les autres de s\u2019\u00eatre \u00e9cart\u00e9s de la v\u00e9rit\u00e9, mais c\u2019est l\u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re en laquelle vivaient les P\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9poque que nous appelons l\u2019\u00e2ge d\u2019or de l\u2019Eglise, celle des saints Conciles \u0152cum\u00e9niques. Rappelons-nous l\u2019histoire des P\u00e8res qui combattaient pour l\u2019Orthodoxie, pr\u00eats non seulement \u00e0 supporter toute souffrance, mais aussi \u00e0 subir la mort. Qui ne se souvient pas d\u2019Athanase, Patriarche d\u2019Alexandrie, qui passa la plus grande partie de sa vie en luttes incessantes, en exil et en mis\u00e8re, \u2014 et tout cela pour un \u00ab iota \u00bb \u00ab homoousios \u00bb contre\u00a0 \u00ab homoiousios \u00bb des Ariens. Nous connaissons l\u2019exemple de Saint Basile, qui \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 mourir pour ce m\u00eame \u00ab iota \u00bb. Souvenons-nous de Gr\u00e9goire de Nazianze, de Maxime le Confesseur, e Jean Damasc\u00e8ne, du Patriarche Photius, de Sim\u00e9on le Nouveau Th\u00e9ologien, de Marc d\u2019Eph\u00e8se, de Gr\u00e9goire Palamas, ainsi que d\u2019autres P\u00e8res, dons les noms sont grands devant Dieu quoique peu connus des hommes. Ils ont tous souffert sans fin et accept\u00e9 le martyre de la mort pour \u00ab la vraie foi \u00bb. Dans les \u00e9crits de plusieurs th\u00e9ologiens russes \u00e9minents, tels que : Khomiakoff, Bolotov, Nesm\u00e9lov et autres, l\u2019importance exceptionnelle de l\u2019\u00e9l\u00e9ment dogmatique pour notre salut est d\u00e9montr\u00e9e avec force. Puissions-nous tous avoir le feu dont br\u00fblait l\u2019Ev\u00eaque Ignace Brianchaninov lorsqu\u2019il \u00e9crivit : \u00ab Le monde ne m\u2019attirait en rien. Je restais vis-\u00e0-vis de lui froid et indiff\u00e9rent, comme s\u2019il \u00e9tait d\u00e9pourvu de tout appas, comme s\u2019il n\u2019en existait point ! Mon esprit \u00e9tait absorb\u00e9 par la science et en m\u00eame temps br\u00fblait du d\u00e9sir d\u2019apprendre o\u00f9 se cache la vraie foi, o\u00f9 se trouve le vrai enseignement, libre de toute erreur dogmatique et morale \u00bb. (Brianchaninov, Vol. I \u00ab Essai asc\u00e9tique \u00bb, Ed. 1865, p. 633-35. Voir \u00e9galement \u00ab \u0152uvres de l\u2019Ev\u00eaque I. Brianchaninov \u00bb, Vol. \u00e9, Ed. 1886. Biographie, p. 13).<\/p>\n<p>Telle \u00e9tait grande la ferveur de nos P\u00e8res pours les questions dogmatiques, car ils avaient conscience de leur importance non seulement pour leur propre salut, mais aussi pour le salut du monde entier, pour l\u2019existence m\u00eame de la vraie Eglise sur la terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>Nous avons la t\u00e2che de montrer dans un court expos\u00e9, que le principe catholique de l\u2019Eglise Orthodoxe est une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 l\u2019image de la Sainte Trinit\u00e9 consubstantielle et indivisible.<\/p>\n<p>L\u2019Eglise a pour but d\u2019introduire ses membres dans le domaine de la Vie Divine et, par cons\u00e9quent, il est in\u00e9vitable que sa r\u00e9alit\u00e9 historique refl\u00e8te l\u2019image de cette Vie. Le dogme de l\u2019Eglise nous parle d\u2019une perfection inconcevable de la Vie Divine, Trie-unitaire et Catholique. Ce dogme affirme l\u2019\u00e9galit\u00e9 en divinit\u00e9, en royaut\u00e9, en souverainet\u00e9 ; ou, plus synth\u00e9tiquement, l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans l\u2019absolu des Trois Hypostases de la Sainte Trinit\u00e9. \u00ab Rient (en Elle) n\u2019est premier, ni dernier ; rien n\u2019est plus grand, ni moins grand \u00bb. Dans l\u2019int\u00e9rieur de la vie trinitaire il n\u2019y a pas ombre de soumission, de subordination. La naissance du Fils, la procession de l\u2019Esprit Saint, tout en d\u00e9montrant un seul principe dans la Sainte Trinit\u00e9, ne font pas, cependant, que le Fils ou l\u2019Esprit soient amoindris devant le P\u00e8re. \u00ab Mais les Trois Hypostases sont co\u00e9ternelles et \u00e9gales entre Elles \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019Eglise est appel\u00e9e \u00e0 nous r\u00e9v\u00e9ler l\u2019image de cet \u00catre Tri-unitaire. Si l\u2019on nous pose la question : quels sont les formes ou les principes historiques qui nous r\u00e9v\u00e8lent cette image, nous pourrions r\u00e9pondre : le principe de la catholicit\u00e9 et celui de l\u2019autoc\u00e9phalie.[4] Entraduisant ces termes sur un autre plan, nous dirons : le principe de la charit\u00e9 et de l\u2019\u00e9galit\u00e9, celui de la libert\u00e9 et de la consubstantialit\u00e9. Et encore, en reliant ces notions nous aurons : dans la libert\u00e9 de la charit\u00e9 catholique et dans l\u2019\u00e9galit\u00e9 de la consubstantialit\u00e9.<\/p>\n<p>Est-il n\u00e9cessaire d\u2019insister sur l\u2019\u00e9cart qui existe entre l\u2019id\u00e9al auquel nous sommes appel\u00e9s et la r\u00e9alit\u00e9 historique de l\u2019Eglise ? Notre \u00e9loignement de cet id\u00e9al est si grand que nous ne pouvons ni le sentir, ni le comprendre. Il n\u2019y a pas de charit\u00e9 en nous, et pour cette raison nous m\u00e9connaissons la profondeur de notre \u00e9galit\u00e9 et de notre unit\u00e9 consubstantielles. Nous avons perdu l\u2019amour, et de l\u00e0 r\u00e9sultent nos divisions et nos tendances \u00e0 la domination.<\/p>\n<p>Nous avons perdu la charit\u00e9 et avec elle la direction de la Lumi\u00e8re Divine et marchons dans les t\u00e9n\u00e8bres de \u00ab l\u2019orgueil enfum\u00e9 \u00bb et dans la mort de la haine. C\u2019est \u00e0 nous que le Christ a dit : \u00ab vous \u00eates la lumi\u00e8re du monde \u00bb, et nous sommes devenus le scandale pour tous.<\/p>\n<p>Nous avons dit plus haut, qu\u2019un grand danger se fait sentir au sein m\u00eame de l\u2019Orthodoxie, mena\u00e7ant de d\u00e9former la doctrine sur la nature de l\u2019Eglise et, par cons\u00e9quent, toute Sa vie, car la conscience dogmatique est organiquement li\u00e9e avec l\u2019ensemble de la vie spirituelle. Il est impossible de changer la moindre chose dans notre conception dogmatique, sans changer dans la m\u00eame mesure l\u2019image de notre existence spirituelle.<\/p>\n<p>Et vice versa, une d\u00e9formation dans la vie int\u00e9rieure am\u00e8nera in\u00e9vitablement une d\u00e9formation de la conscience dogmatique. La perte de la v\u00e9rit\u00e9 dogmatique aura pour cons\u00e9quence in\u00e9vitable l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019atteindre \u00e0 la vraie connaissance de Dieu, dons l\u2019Eglise forme un ensemble organique indivisible, et il n\u2019est pas permis de traiter s\u00e9par\u00e9ment les diff\u00e9rentes parties de cette confession. Un d\u00e9tail d\u00e9form\u00e9 influencera le tout. Si la doctrine sur la nature de l\u2019Eglise est d\u00e9form\u00e9e, et par cons\u00e9quent, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 dit, l\u2019image de Son existence, comment peut-Elle servir \u00e0 Ses fils de chemin vers la v\u00e9rit\u00e9 ?<\/p>\n<p>On nous posera la question : en quoi se manifeste actuellement cette d\u00e9formation ? Nous r\u00e9pondrons : dans le n\u00e9o-papisme de Constantinople qui tend \u00e0 passer rapidement de la forme th\u00e9orique \u00e0 la r\u00e9alisation pratique.<\/p>\n<p>Les tendances papistes, en g\u00e9n\u00e9ral, ne sont que naturelles \u00e0 notre monde p\u00e9cheur. Elles se manifestaient en Orient, comme en Occident, \u00e0 Byzance comme \u00e0 Rome. Mais Dieu a gard\u00e9 jusqu\u2019ici l\u2019Eglise d\u2019Orient, et ces tendances mouraient, sans avoir boulevers\u00e9 la paix profonde de l\u2019Eglise. Nous ne voulons pas nous arr\u00eater ici sur les raisons qui ont caus\u00e9 un nouvel accroissement de ces tendances, en nous bornant \u00e0 examiner seulement la base dogmatique de cette question, pour montrer que le papisme, quel qu\u2019il soit, de la Premi\u00e8re, de la Deuxi\u00e8me ou de la Troisi\u00e8me Rome, ou de toute cit\u00e9 importante ou non, est \u00e9tranger \u00e0 la nature m\u00eame de l\u2019Eglise du Christ.<\/p>\n<p>Le dogme de l\u2019Eglise est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 celui de la Trinit\u00e9 et de l\u2019Incarnation, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la Tradologie et \u00e0 la Christologie. Les articles du R. P. Kovalevsky, de M. Lossky et aussi du Hi\u00e9romoine Silvain, parus dans le num\u00e9ro \u00e9 de notre \u00ab Messager \u00bb, traitent de l\u2019aspect christologique du dogme sur l\u2019Eglise. C\u2019est pourquoi nous ne toucherons ici qu\u2019au cot\u00e9 triadologique de cet enseignement.<\/p>\n<p>Ce dogme nous apprend que l\u2019Unit\u00e9 parfaite de l\u2019Amour Divin des Trois Personnes exclut toute domination de l\u2019Une d\u2019Elles. Chaque fois, que la pens\u00e9e chr\u00e9tienne glissait vers le rationalisme, elle devenait incapable de contempler cet aspect de la nature divine. Le rationalisme, qui tend toujours vers le monisme logique, ne peut \u00e9viter de concevoir : ou bien la structure hi\u00e9rarchique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la Sainte Trinit\u00e9, en affirmant la sup\u00e9riorit\u00e9 de la Premi\u00e8re Personne, comme du principe ontologique, ou bien la confusion des Trois Personnes, en les pensant comme des \u00ab modus \u00bb de manifestation de l\u2019Essence Unique de la Divinit\u00e9. La th\u00e9ologie appelle la premi\u00e8re d\u00e9formation \u00ab subordinationisme \u00bb, et la deuxi\u00e8me \u00ab modalisme \u00bb. Le principe de la papaut\u00e9 introduit le subordinationisme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Eglise. Comme seul ce principe nous int\u00e9resse ici, nous laisserons de c\u00f4t\u00e9 le modalisme et limiterons notre analyse \u00e0 la premi\u00e8re d\u00e9formation triadologique.<\/p>\n<p>Les formes du subordinationisme variaient. Tant\u00f4t on voyait dans le sein m\u00eame de la Trinit\u00e9 une subordination ontologique, ind\u00e9pendamment du rapport entre Dieu et Sa cr\u00e9ature. Ce subordinationisme \u00ab ontologique \u00bb \u00e9tait propre \u00e0 Orig\u00e8ne. Tant\u00f4t on attribuait \u00e0 la Deuxi\u00e8me et \u00e0 la Troisi\u00e8me Personnes une importance et une puissance amoindries par rapport \u00e0 la cr\u00e9ation du monde et \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de notre salut. Tertullien et Arius sont des exemples de ce subordinationisme \u00ab cosmologique \u00bb ou \u00ab \u00e9conomique \u00bb. Au cours de son d\u00e9veloppement le subordinationisme ontologique acquiert naturellement un aspect \u00e9conomique ; et vice versa \u2013 le subordinationisme \u00e9conomique et cosmologique prend un aspect ontologique, \u00e0 moins que les Hypostases ne soient trait\u00e9es comme les modes (modus) de manifestation de Dieu dans le monde.<\/p>\n<p>L\u2019Eglise rejette cat\u00e9goriquement toute forme de subordinationisme. Elle professe Sa foi en la Sainte Trinit\u00e9 en ces termes : \u00ab Nul n\u2019est plus grand, nul n\u2019est moins grand (en Elle), mais les Trois Hypostases sont enti\u00e8res, co\u00e9ternelles l\u2019Une \u00e0 l\u2019Autre et \u00e9gales \u00bb.<\/p>\n<p>Le subordinationisme triadologique, transpos\u00e9 dans la structure de l\u2019Eglise, prend les formes du papisme qui refl\u00e8te l\u2019une ou l\u2019autre forme de cette fausse doctrine. Ainsi, en eccl\u00e9siologie le Papisme Romain correspond \u00e0 l\u2019aspect ontologique du subordinationisme d\u2019Arius, car il donne \u00e0 l\u2019Ev\u00eaque de Rome une place qui le s\u00e9pare du reste du corps de l\u2019Eglise, l\u2019\u00e9levant \u00e0 une hauteur qui ne le fait pas simplement le plus grand, mais d\u2019une AUTRE NATURE (\u03c4\u1f78 \u1f11\u03c4\u03b5\u03c1\u03bf\u03cd\u03c3\u03b9\u03bf\u03bd). Il faut pr\u00e9ciser que nous appliquons ce parall\u00e8le non \u00e0 l\u2019origine du Papisme Romain, mais \u00e0 sa forme actuelle \u00e9tablie par le Concile du Vatican en 1870. Son origine n\u2019est qu\u2019une survivance de l\u2019Empire Romain pa\u00efen. Plus tard sa conception dogmatique a \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9e par la th\u00e9ologie due \u00ab filioque \u00bb, qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 une rupture entre Dieu et le monde : le Christ devient transcendant au monde, et l\u2019Ev\u00eaque de Rome prend Sa place dans l\u2019Eglise terrestre ; le Saint Esprit, en fait, per Son \u00e9galit\u00e9 absolue hypostatique avec le P\u00e8re et le Fils, ne devenant qu\u2019une force du Christ, confi\u00e9e au pouvoir et au jugement de l\u2019Ev\u00eaque de Rome.<\/p>\n<p>Tous les processus historiques sont d\u2019une complexit\u00e9 extr\u00eame. Ils sont le r\u00e9sultat de l\u2019action r\u00e9ciproque d\u2019innombrables influences, conditions et volont\u00e9s. En parlant ici sch\u00e9matiquement du papisme romain, nous nous bornons seulement \u00e0 un pr\u00e9cis dogmatique.<\/p>\n<p>Le papisme moderne de Constantinople n\u2019est encore qu\u2019\u00e0 sa phase embryonnaire. Depuis les derniers 20 \u00e0 30 ans, il semble chercher un terrain. Son d\u00e9veloppement actuel est tr\u00e8s rapide, contrairement au d\u00e9veloppement lent \u00e0 travers les si\u00e8cles du papisme romain qui n\u2019a abouti \u00e0 sa phase derni\u00e8re qu\u2019en 1870. En effet, l\u2019id\u00e9ologie du papisme de Constantinople a vari\u00e9 plusieurs fois en peu de temps, et il est encore difficile de le d\u00e9finir.<\/p>\n<p>Les adeptes russes de ce papisme sont presque tous r\u00e9unis en France. Jusqu\u2019en 1948 nous n\u2019avons pas vu dans leur milieu de conception canoniquement ou th\u00e9ologiquement fond\u00e9e. Comme ils l\u2019avouent eux-m\u00eames, ils \u00ab cherchaient \u00bb avant tout une \u00ab base canonique \u00bb pour ne pas \u00eatre en dehors du Corps de l\u2019Eglise Orthodoxe Universelle apr\u00e8s leur s\u00e9paration d\u2019avec l\u2019Eglise-M\u00e8re de Russie. Dans ce but ils ont commenc\u00e9 par reconna\u00eetre un privil\u00e8ge de droit juridictionnel au Patriarche de Constantinople, en tant qu\u2019il est \u00ab \u0152cum\u00e9nique \u00bb.\u00a0 Plus tard, ils ont attribu\u00e9 au si\u00e8ge de Constantinople la primaut\u00e9 et le droit de l\u2019Instance Supr\u00eame dans l\u2019Eglise Universelle, oubliant la lutte que cette derni\u00e8re avait men\u00e9e pendant des si\u00e8cles contre les pr\u00e9tentions de Rome \u00e0 ce droit ; oubliant que ces pr\u00e9tentions furent pr\u00e9cis\u00e9ment la cause du grand schisme d\u00e9finitif dans l\u2019Eglise en 1054 ; que Rome au Concile de Florence cherchait avant tout de la part de l\u2019Orient la reconnaissance de ce droit d\u2019arbitrage supr\u00eame dans l\u2019Eglise Universelle. Ils oubliaient aussi les Canons multiples des Conciles \u0152cum\u00e9niques et Locaux, qui refusent l\u2019attribution de ces droits \u00e0 une Eglise locale quelconque, canons si bien compris par l\u2019Eglise m\u00eame de Constantinople, au temps o\u00f9 elle s\u2019appuyait fermement sur cette position orthodoxe pour combattre les pr\u00e9tentions de Rome.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019en 1946, ce groupe, fid\u00e8le au M\u00e9tropolite Euloge, consid\u00e9rait sa d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de Constantinople comme provisoire. A partir de cette date, ils crurent \u00ab avoir trouv\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 canonique \u00bb en s\u2019y soumettant d\u00e9finitivement. En m\u00eame temps ils cherchaient non seulement une base canonique, mais aussi un fondement th\u00e9ologique \u00e0 leur position. Adoptant le principe du \u00ab d\u00e9veloppement \u00bb[5] propre \u00e0 la th\u00e9ologie des catholiques romains, ils attribuaient \u00e0 Constantinople l\u2019autorit\u00e9 exclusive sur la \u00ab diaspora \u00bb orthodoxe dans le monde entier, refusant aux autres Eglises Autoc\u00e9phales ce m\u00eame droit vis-\u00e0-vis de leurs fils dispers\u00e9s. Ne pouvant trouver pour cette affirmation aucune base canonique, ni aucune exemple dans la pratique s\u00e9culaire de l\u2019Eglise, ils cherchaient, \u00e0 l\u2019exemple de Rome, \u00e0 se r\u00e9f\u00e9rer aux ordres de \u00ab Dieu Lui-m\u00eame \u00bb. Voil\u00e0 ce qu\u2019ils disent :<\/p>\n<p>\u00ab Pour maintenir et consolider l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Eglise, DIEU (?) nous impose le devoir de garder non seulement l\u2019unit\u00e9 de la foi et des sacrements, non seulement l\u2019unit\u00e9 de la charit\u00e9, mais aussi L\u2019UNITE INDISSOLUBLE DE LA SAINTE HIERARCHIE ET DE L\u2019ADMINISTRATION DE L\u2019EGLISE TANT DANS LE MONDE ENTIER, que dans chaque lieu, o\u00f9 existe l\u2019Eglise. C\u2019est pourquoi d\u00e8s le temps apostoliques (?) la Sainte Eglise (?), ou, pour mieux dire, DIEU LUI-MEME (?) a institu\u00e9 un Ev\u00eaque sup\u00e9rieur PREMIER DANS L\u2019ENSEMBLE DE L\u2019EGLISE CATHOLIQUE, et dans chaque lieu ou dans chaque ville un seul Ev\u00eaque, VICAIRE TERRESTRE DE SON FILS, avec un clerg\u00e9 unique d\u00e9pendent de lui et en accord unanime avec tout le peuple orthodoxe, m\u00eame si ce peuple est repr\u00e9sent\u00e9 par des membres d\u2019origine et de langues diff\u00e9rents. LA SAINTE EGLISE NE CONNAIT PAS D\u2019AUTRE STRUCTURE \u00bb (Messager de l\u2019Eglise Russe en Europe Occidentale, no. 12, 1949, p. 2, \u00ab D\u00e9claration de l\u2019Assembl\u00e9e Dioc\u00e9saine \u00bb).[6]<\/p>\n<p>Avant de continuer l\u2019expos\u00e9 du \u00ab d\u00e9veloppement \u00bb de la conception canonique et eccl\u00e9siologique que nous examinons, nous proposons de comparer le texte cit\u00e9 ci-dessus avec un autre texte, qui nous para\u00eet \u00eatre caract\u00e9ristique de la doctrine catholique romaine. Voici, par exemple, ce que dit \u00e0 ce sujet un th\u00e9ologien catholique, le R. P. Tychkewitch, dans son \u00ab Trait\u00e9 de l\u2019Eglise \u00bb, (Paris, 1931, en Russe, pp. 232 et 233)[7] :<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019Ev\u00eaque de Rome poss\u00e8de une juridiction : \u00e9) UNIVERSELLE ; elle comprend toutes les questions de la foi et d\u2019administration de toutes les parties de l\u2019Eglise et autres ; \u00e8) SUPREME ; les Ev\u00eaques de toutes les Eglises, m\u00eame \u00e9loign\u00e9es, font appel au pape. Il juge m\u00eame les Patriarches. Sans approbation du pape, un Concile orthodoxe n\u2019est pas possible ; 3) ORDINAIRE ; elle comprend toutes les affaires n\u00e9cessitant une intervention du Pouvoir Supr\u00eame, et non seulement des cas rares et exceptionnels ; \u00ea) DIRECTE ; c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle s\u2019\u00e9tend non seulement \u00e0 tout l\u2019Episcopat, mais au besoin, directement \u00e0 tous les serviteurs de l\u2019Eglise et \u00e0 tous les la\u00efques ; 5) INSTITUEE PAR DIEU ET CONFEREE PAR LE CHRIST-CHEF ET PAR LE SAINT ESPRIT, et non par l\u2019Episcopat ou par \u00ab le peuple des fid\u00e8les \u00bb (soulign\u00e9 par l\u2019auteur, le R. P. Tychk\u00e9witch).<\/p>\n<p>Le premier texte cit\u00e9, celui de la \u00ab D\u00e9claration de l\u2019Assembl\u00e9e Dioc\u00e9saine \u00bb se termine par ces paroles : \u00ab Ceux qui enseignent autrement ne le font pas dans l\u2019Esprit de Dieu, mais ils s\u00e8ment la discorde et l\u2019inimiti\u00e9 \u00bb. Ces paroles prouvent \u00e0 quel point les auteurs de cette D\u00e9claration sont convaincus \u00ab d\u2019avoir trouv\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb. Le R. P. Alexandre Schmemann \u00e9crit dans son pr\u00e9cis \u00ab l\u2019Eglise et Sa structure \u00bb en r\u00e9ponse au R. P. Michel Polsky :<\/p>\n<p>\u00ab Les partisans des id\u00e9es du R. P. Polsky ne manqueront pas probablement l\u2019occasion de nous rappeler, non sans ironie, le \u00ab chemin tortueux \u00bb et les \u00ab variations juridictionnelles \u00bb de notre\u00a0 Dioc\u00e8se. Et bien, nous n\u2019avons pas la pr\u00e9tention de poss\u00e9der l\u2019infaillibilit\u00e9 (?), comme le R. P. Polsky. En effet, notre Dioc\u00e8se a subi plus d\u2019une fois des commotions et des crise aigu\u00ebs.\u00a0 Mais nous consid\u00e9rons qu\u2019en cherchant chaque fois le bon chemin, avec prudence, en communion avec l\u2019ensemble de l\u2019organisme eccl\u00e9siastique, nous avons fait preuve d\u2019un vrai ESPRIT DE L\u2019EGLISE, plus que \u00ab le Concile de l\u2019Eglise Russe \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00bb[8] avec son attitude orgueilleuse d\u2019infaillibilit\u00e9. Des erreurs et des d\u00e9faillances sont toujours possibles dans la vide de l\u2019Eglise. L\u2019histoire abonde en exemples pour le prouver\u2026 Dans les conditions tragiques de la vie de l\u2019\u00e9migration russe la recherche du bon chemin pr\u00e9sentait parfois de grandes difficult\u00e9s. Et quels que fussent les motifs qui d\u00e9cid\u00e8rent le M\u00e9tropolite Euloge \u00e0 s\u2019adresser \u00e0 Constantinople, quelle que fut sa propre conception de ce pas fait par lui, ce n\u2019est pas cet aspect subjectif et psychologique qui compte. Ce qui importe vraiment, c\u2019est la signification OBJECTIVE de cette mesure AUX YEUX DE L\u2019EGLISE. Comme le temps passe, nous appr\u00e9cions de plus en plus \u00e0 quel point cette mesure fut profond\u00e9ment conforme \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019Eglise. Elle a d\u00e9finitivement rompu le cercle vicieux des attitudes subjectives et fortuites vis-\u00e0-vis de probl\u00e8me de la structure de l\u2019Eglise : une BASE CANONIQUE FERME fut trouv\u00e9e \u00bb (p. 22. Soulign\u00e9 par l\u2019auteur le R. P. Schmemann).<\/p>\n<p>Ce point de vue est propre \u00e0 d\u2019autres repr\u00e9sentants de ce groupe. Nous lisons dans le no. 12 du Messager \u00ab Tzerkovny Vestnik \u00bb, parmi les publications des mat\u00e9riaux de l\u2019Assembl\u00e9e Dioc\u00e9saine :<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019unit\u00e9 de l\u2019Eglise ne sera pas r\u00e9tablie tant qu\u2019on n\u2019aura pas entendu du haut du Si\u00e8ge \u0152cum\u00e9nique LA VOIX DU PREMIER HIERARQUE ET CHEF SUPREME[9] DE TOUTE L\u2019EGLISE ORTHODOXE, dont l\u2019autorit\u00e9 est formelle pour nous, comme pour le Synode de Munich \u00bb (p. 7).[10]<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019Eglise Universelle n\u2019est pas pr\u00e9sid\u00e9e uniquement par l\u2019autorit\u00e9 des Conciles \u0152cum\u00e9niques ; ceux-ci ne se ressemblent que dans les cas extr\u00eames ; elle est PRESIDEE EN PERMANENCE PAR LA PERSONNE DE L\u2019HIERARQUE SUPREME DE L\u2019EGLISE ORTHODOXE. Cette place appartenait au Pape de Rome, tant qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas tomb\u00e9 dans l\u2019h\u00e9r\u00e9sie catholique.[11] A partir de ce moment le Patriarche de Constantinople a pris sa place \u00bb (p. 16).<\/p>\n<p>Toutes ces citations, ainsi que tous les expos\u00e9s de R. P. Schmemann, indiqu\u00e9 plus haut, et des autres repr\u00e9sentants de ce courant, nous montrent clairement comment ils ont abouti \u00e0 de telles conclusions. Ayant compris correctement le principe canonique d\u2019unit\u00e9 locale par la primaut\u00e9 du pouvoir d\u2019un chef-\u00e9v\u00eaque, ils n\u2019ont pas remarqu\u00e9 que cette primaut\u00e9 personnelle ne s\u2019\u00e9tend pas au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9parchie \u00e9piscopale (voir le XXXIV Canon Apostolique), et, fid\u00e8les \u00e0 leur principe du \u00ab d\u00e9veloppement \u00bb, ils l\u2019ont pouss\u00e9 \u00ab jusqu\u2019\u00e0 la fin \u00bb[12] en lui pr\u00eatant une PORTEE UNIVERSELLE.[13] Ceci est encore un point de ressemblance avec le catholicisme romain.<\/p>\n<p>\u00ab Dans l\u2019Action du Christ et dans Sa Sainte Eglise, Qui est le fruit de cette Action, il n\u2019y a rien d\u2019inachev\u00e9, rien d\u2019incomplet, ni d\u2019unilat\u00e9ral. Tout y est d\u00e9velopp\u00e9 \u00ab jusqu\u2019\u00e0 la fin \u00bb. L\u2019\u0152UVRE DU CHRIST NE CONNAIT NI LACUNES, NI RUPTURES, NI ARRETS. Ainsi, l\u2019ascension logique des degr\u00e9s de la hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siastique ne s\u2019arr\u00eate pas au rang de l\u2019Ev\u00eaque ni du Patriarche, mais va vers le papisme qui est son aboutissement naturel, exig\u00e9 par la nature th\u00e9andrique de l\u2019Eglise. La hi\u00e9rarchie des Pr\u00eatres et des Ev\u00eaques de l\u2019Eglise est unie \u00ab jusqu\u2019\u00e0 la fin \u00bb. Elle n\u2019est pas priv\u00e9e de ce grade essentiel, sans lequel elle ne pourrait \u00eatre une hi\u00e9rarchie (unique), mais serait seulement un ensemble de plusieurs hi\u00e9rarchies \u00bb (Tychk\u00e9witch, op. cit. pp. 280-281).<\/p>\n<p>Arr\u00eatons-nous de nouveau sur ce qui a \u00e9t\u00e9 dit plus haut. Nous avons d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9 que chaque fois que la pens\u00e9e chr\u00e9tienne tendait vers le rationalisme th\u00e9ologique, elle devenait incapable de contempler la Vie Divine. Elle penche alors sous l\u2019influence du monisme logique, propre au rationalisme, ou vers le subordinationisme, dans le sens de sup\u00e9riorit\u00e9 de la Premi\u00e8re Personne de la Sainte Trinit\u00e9, comme principe ontologique, ou vers la conception sabellienne, en consid\u00e9rant les Trois Personnes comme des modes de manifestation d\u2019une seule Essence Divine. Cette tendance fatale du rationalisme vers le monisme logique a produit de nombreuse h\u00e9r\u00e9sies. En s\u2019effor\u00e7ant de pousser \u00ab l\u2019ascension logique \u00bb \u00ab jusqu\u2019\u00e0 la fin \u00bb, le rationalisme th\u00e9ologique tombe dans l\u2019absurde. Sa difficult\u00e9 consiste dans le fait qu\u2019il voit tr\u00e8s justement l\u2019un ou l\u2019autre aspect de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019Eglise terrestre n\u2019est pas compos\u00e9e de membres qui ont tous atteint \u00e0 la perfection. Ses membres ne sont pas tous remplis de la pl\u00e9nitude de Son enseignement et de Sa vie, mais ils naissent, croissent et se d\u00e9veloppent par l\u2019enseignement. Il est donc in\u00e9vitable qu\u2019il y ait des enseignants et des enseign\u00e9s, des p\u00e8res et des fils spirituels. Par cons\u00e9quent, l\u2019existence d\u2019une hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siastique est n\u00e9cessaire. Tenant compte de cette n\u00e9cessit\u00e9, l\u2019Eglise Romaine a pouss\u00e9 le principe hi\u00e9rarchique \u00ab jusqu\u2019\u00e0 la fin \u00bb, ayant investi un seul Ev\u00eaque, en le s\u00e9parant de l\u2019ensemble de l\u2019Eglise, et en attribuant \u00e0 lui tout seul le charisme de l\u2019infaillibilit\u00e9. Cela a d\u00e9form\u00e9 le visage de l\u2019Eglise Catholique Romaine, en lui faisant perdre la ressemblance avec la Sainte Trinit\u00e9, unique dans Son essence et \u00e9gale dans Ses Hypostases.<\/p>\n<p>Le protestantisme est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9. En voyant dans la r\u00e9alit\u00e9 spirituelle propre \u00e0 l\u2019homme un des aspects de la v\u00e9rit\u00e9, celui de la vocation de chacun \u00e0 la pl\u00e9nitude de communion directe avec Dieu, il le pousse \u00e9galement \u00e0 l\u2019extr\u00eame et par cela tombe dans un autre exc\u00e8s \u2013 la pr\u00e9domination du subjectif et de l\u2019individuel, qui est in\u00e9vitablement unilat\u00e9ral. C\u2019est pourquoi il aboutit \u00e0 la d\u00e9sunion et \u00e0 la perte d\u2019une vie organiquement unie \u00e0 l\u2019image de la vie consubstantielle de la Sainte Trinit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019exclusivit\u00e9 qui r\u00e9sulte du d\u00e9veloppement logique d\u2019un seul aspect de la v\u00e9rit\u00e9, qui le pousse \u00ab jusqu\u2019\u00e0 la fin \u00bb, en le laissant absorber tous les autres aspects de cette m\u00eame v\u00e9rit\u00e9, telle est la caract\u00e9ristique de nombreuse h\u00e9r\u00e9sies engendr\u00e9es par le rationalisme.<\/p>\n<p>Examinons maintenant le papisme de Constantinople qui a trouv\u00e9 son expression la plus importante dans l\u2019Encyclique du Patriarche Ath\u00e9nagoras adress\u00e9e au monde orthodoxe le premier dimanche du Car\u00eame 1950 (dit Dimanche de l\u2019Orthodoxie). Nous trouvons ici une ressemblance croissante avec Rome. L\u2019id\u00e9e essentielle de Constantinople consiste \u00e0 dire qu\u2019\u00e9tant donn\u00e9 que la Premi\u00e8re Rome ait apostasi\u00e9, c\u2019est \u00ab la Deuxi\u00e8me Rome \u00bb qui prend sa place avec les m\u00eames droits et les m\u00eames arguments. Dans cette encyclique le Patriarche Ath\u00e9nagoras, \u00e0 l\u2019instar des Papes de Rome, appelle son si\u00e8ge : \u00ab la colonne de nu\u00e9e lumineuse \u00bb, \u00ab l\u2019Acropole invincible de l\u2019Orthodoxie et le rocher haut \u00e9tabli par Dieu \u00bb, \u00ab l\u2019arche de la gr\u00e2ce \u00bb, \u00ab Si\u00e8ge \u0152cum\u00e9nique et Centre vers lequel sont tourn\u00e9s les yeux de l\u2019ensemble des Eglise Orthodoxes Autoc\u00e9phales, ind\u00e9pendantes d\u2019une fa\u00e7on administrative et par une dispense canonique\u2026 ces Eglises qui ne sont unies avec le Corps de l\u2019Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique qu\u2019\u00e0 travers l\u2019Eglise-M\u00e8re et par l\u2019union et le contact avec Elle \u00bb\u2026 \u00ab L\u2019Eglise-M\u00e8re, dont toute l\u2019existence ne fut qu\u2019une lutte pour la conservation de la foi et des vertus des anc\u00eatres, pour la stabilit\u00e9 des saintes Eglises de Dieu, pour le salut de toute \u00ab pl\u00e9roma \u00bb des chr\u00e9tiens ; cette Eglise peut en toute justice compter sur l\u2019ob\u00e9issance et la d\u00e9votion de ses enfants et sur l\u2019accomplissement de leur devoir envers Elle d\u2019une fa\u00e7on compl\u00e8te \u00bb\u2026<\/p>\n<p>Cette phase nouvelle du papisme de Constantinople, transpos\u00e9e en formule dogmatique, peut \u00eatre compar\u00e9e au subordinationisme de Tertullien. Celui-ci ne nie pas la consubstantialit\u00e9 du P\u00e8re et du Fils, mais, dans son conception sto\u00efcienne de la substance, il confesse sa divisibilit\u00e9, et ceci en degr\u00e9s in\u00e9gaux : \u00ab le P\u00e8re \u00e9tant tout, le Fils, une partie \u00bb. De m\u00eame, Constantinople n\u2019affirme pas avoir une essence diff\u00e9rente des autres Eglises autoc\u00e9phales, mais les imagine \u00eatre amoindries vis-\u00e0-vis de lui. Constantinople \u2013 est tout, il est l\u2019Eglise Universelle,[14] les autre \u2013 ne sont que des parties, qui n\u2019appartienne \u00e0 l\u2019Eglise \u0152cum\u00e9nique qu\u2019en tant, qu\u2019elles sont attach\u00e9es \u00e0 Constantinople.<\/p>\n<p>Est-il n\u00e9cessaire de d\u00e9montrer que cette forme de papisme est aussi une h\u00e9r\u00e9sie eccl\u00e9siologique, comme le papisme de Rome ? Est-il n\u00e9cessaire de dire que, appliqu\u00e9 \u00e0 la vie de l\u2019Eglise, il am\u00e8nera in\u00e9vitablement \u00e0 une d\u00e9formation de toute notre existence spirituelle ? A l\u2019exemple de la premi\u00e8re Rome, il rattache le droit de pouvoir et de l\u2019enseignement dans l\u2019Eglise \u00e0 un lieu (et lorsqu\u2019il s\u2019agit de Constantinople, il faut ajouter aussi, \u00e0 la race grecque), et nous ram\u00e8ne aux temps dont parle l\u2019Evangile : \u00ab Nos p\u00e8res ont ador\u00e9 sur cette montagne ; et vous dites, que le lieu o\u00f9 il faut adorer est \u00e0 J\u00e9rusalem \u00bb (Jean, IV, 20).<\/p>\n<p>Le Patriarche Ath\u00e9nagoras fait d\u00e9pendre l\u2019appartenance \u00e0 l\u2019Eglise \u0152cum\u00e9nique du lien avec Constantinople. Ce ne sont pas l\u00e0 la croyance et la confession qui nous ont \u00e9t\u00e9 transmises de l\u2019Eglise Primitive.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019Eglise Une \u2013 est, avant tout, l\u2019Eglise Sainte. Mais au sens propre de ce mot \u00ab Seul le Seigneur \u00bb est saint. L\u2019Eglise est sainte, parce qu\u2019Elle est sanctifi\u00e9e par Lui, parce qu\u2019Elle participe \u00e0 la Vie Divine, et parce que l\u2019Unit\u00e9 Divine et la communion de l\u2019Eglise avec le Seigneur est la source de l\u2019Unit\u00e9 dans l\u2019Eglise. L\u2019Eglise est Une, puisqu\u2019Elle poss\u00e8de une seule source de saintet\u00e9 et ne peut \u00eatre qu\u2019Une par la force de cette saintet\u00e9. L\u2019Eglise est Sainte en tout lieu, et non seulement dans un lieu quelconque, ou par la vertu d\u2019un lieu quelconque. Ainsi le Concile de Carthage \u00e9crivait au pape C\u00e9lestin : \u00ab En aucun lieu la pl\u00e9nitude de la gr\u00e2ce du Saint Esprit n\u2019est diminu\u00e9e \u00bb. L\u2019Eglise est Une comme les branches d\u2019une vigne sont unies \u00e0 son tronc, car Elle demeure en union avec le Christ \u2013 Source de Sa vie (Jean XV, 1-5). Le Seigneur prie, que Ses disciples soient \u00ab parfaits dans l\u2019unit\u00e9 \u00bb en vertu de leur ascension par Lui vers la pl\u00e9nitude de la Vie Divine (Jean XVII, 22-23). Quand Saint Paul nous parle de l\u2019Unit\u00e9 de l\u2019Eglise, il ne fait pas d\u00e9pendre cette unit\u00e9 d\u2019un seul centre administratif, mais de la communion d\u2019un seul pain et d\u2019une seule coupe, du Corps et du Sang du Seigneur Christ, Qui est le Seul Chef de l\u2019Eglise, (I Cor., X, 14-17 ; Eph., IV, 15-16). (Journal du Patriacat de Moscou \u00bb, 1948, no. 8, p. 68).[15]<\/p>\n<p>\u00ab Puisant sa sanctification directement de l\u2019Esprit de Dieu, chaque Eglise locale se suffit \u00e0 Elle-m\u00eame.[16] Mais comme cette source de sanctification est une, Elle reste toujours \u2013 l\u2019Eglise Une. Il ne peut y avoir aucun centre terrestre commun, auquel toutes les Eglises locales devraient \u00eatre soumises, car l\u2019existence d\u2019un tel centre, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du centre commun c\u00e9leste introduirait un dualisme dans l\u2019Eglise et briserait Son unit\u00e9. (M. Tro\u00eftsky \u00ab de l\u2019autoc\u00e9phalie dans l\u2019Eglise \u00bb, \u00ab Journal du Patriarcat de Moscou \u00bb, 1948, no. 7, p. 34).<\/p>\n<p>Si les th\u00e8ses du Patriarche Ath\u00e9nagoras \u00e9taient appliqu\u00e9es \u00e0 la vie, l\u2019Eglise perdrait la vraie unit\u00e9 qui Lui est propre et dont le grand th\u00e9ologien Khomiakoff parle en ces termes :<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019unit\u00e9 int\u00e9rieure est vraie, produit et manifestation de la libert\u00e9 ; l\u2019unit\u00e9 bas\u00e9e non sur une science rationaliste, ni sur une convention arbitraire, mais sur la loi morale de l\u2019amour mutuel et de la pri\u00e8re ; l\u2019unit\u00e9, o\u00f9, nonobstant la gradation hi\u00e9rarchique des fonctions sacerdotales, nul n\u2019est asservi, mais o\u00f9 tous sont \u00e9galement appel\u00e9s \u00e0 \u00eatre participants et coop\u00e9rateurs de l\u2019\u0153uvre commune, enfin l\u2019unit\u00e9 par la gr\u00e2ce de Dieu et non par une institution humaine, telle est l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Eglise \u00bb.<\/p>\n<p>Ensuite il dit que : \u00ab Dans le romanisme, bien compris, l\u2019unit\u00e9 pour les chr\u00e9tiens est uniquement l\u2019unit\u00e9 de l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 un pouvoir central, c\u2019est leur asservissement \u00e0 une doctrine, \u00e0 laquelle ils ne coop\u00e8rent pas et qui leur reste constamment ext\u00e9rieure (car elle r\u00e9side uniquement dans un seul chef hi\u00e9rarchique)\u2026 C\u2019est \u00e9videmment l\u2019unit\u00e9 dans le sens conventionnel et non pas dans le sens chr\u00e9tien \u00bb ( l\u2019Eglise latine et le Protestantisme, pp. 301-302).<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019EGLISE EXIGE L\u2019UNITE PARFAITE, de m\u00eame qu\u2019Elle ne peut donner en \u00e9change QUE L\u2019EGALITE PARFAITE ; car Elle conna\u00eet la FRATERNITE, mais ne conna\u00eet pas la SUJETION \u00bb (p. 61).<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019Eglise-M\u00e8re\u2026 peut en toute justice compter sur la d\u00e9votion et l\u2019ob\u00e9issance filiale de ses enfants et sur l\u2019accomplissement de leur devoir envers Elle d\u2019une fa\u00e7on exacte et empress\u00e9e \u00bb. Ayant la pr\u00e9tention que Constantinople est la M\u00e8re des Eglises, le Patriarche Ath\u00e9nagoras, dans cet appel, \u00e0 l\u2019exemple des Papes de Rome s\u2019adresse directement aux Orthodoxes de l\u2019Univers, les invitant \u00e0 se soumettre \u00e0 lui. Passons ici sous silence vis-\u00e0-vis de quelles Eglises et dans quelle mesure Constantinople a \u00e9t\u00e9 M\u00e8re de toutes les Eglises. Tout de m\u00eame, en d\u00e9duire l\u2019attente d\u2019une soumission serait en contradiction avec la triadologie orthodoxe, selon laquelle la relation du P\u00e8re et du Fils n\u2019enl\u00e8ve pas l\u2019\u00e9galit\u00e9 absolue des hypostases. \u00ab Celui Qui nait de la Substance est \u00e9gal \u00e0 Celui qui engendre \u00bb. Ainsi pensaient les Saints P\u00e8res (Gr\u00e9goire de Nazianze). M\u00eame les Juifs le comprenaient. \u00ab \u2026 Il disait que Dieu \u00e9tait Son propre P\u00e8re, Se faisant \u00e9gal \u00e0 Dieu \u00bb (Jean, V, 18).<\/p>\n<p>Dans la vie de l\u2019Eglise la relation de l\u2019Eglise-M\u00e8re et des Eglises-Filles n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 reconnue comme base de sup\u00e9riorit\u00e9 de pouvoir, et m\u00eame d\u2019honneur. Ceci devient \u00e9vident par l\u2019exemple de l\u2019Eglise de J\u00e9rusalem qui est incontestablement la M\u00e8re de toutes les Eglises, y compris Celle de la Premi\u00e8re Rome. Rome est fi\u00e8re de poss\u00e9der le tombeau de Pierre. A J\u00e9rusalem se trouve le S\u00e9pulcre lumineux du Seigneur \u2013 Sauveur du monde. Rome est fi\u00e8re de la gloire de la \u00ab ville \u00e9ternelle \u00bb. A J\u00e9rusalem, le Seigneur, le Roi de Gloire, pr\u00eacha, souffrit et ressuscita. A J\u00e9rusalem, sur le Mont des Oliviers, Il b\u00e9nit\u00a0 les disciples et ascendit au ciel avec gloire. A J\u00e9rusalem, dans la Chambre haute de Sion, le Saint Esprit descendit sur les Ap\u00f4tres et sur ceux qui \u00e9taient avec eux, c\u2019est-\u00e0-dire sur toute l\u2019Eglise. C\u2019est \u00e0 J\u00e9rusalem que la Tr\u00e8s Sainte M\u00e8re de Dieu passa sa vie. C\u2019est \u00e0 J\u00e9rusalem qu\u2019eut lieu le premier Concile des Ap\u00f4tres, pr\u00e9sid\u00e9 par Jacques, le Fr\u00e8re du Seigneur. Et, malgr\u00e9 tout cela, \u00e0 l\u2019\u00e9poque qui pr\u00e9c\u00e9da le Premier Concile \u0152cum\u00e9nique J\u00e9rusalem perdit m\u00eame son Independence et fut soumise au M\u00e9tropolite de C\u00e9sar\u00e9e en Palestine.<\/p>\n<p>Une tendance \u00e0 discr\u00e9diter le principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des Eglises locales nous para\u00eet \u00eatre l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus essentiel de l\u2019encyclique du Patriarche Ath\u00e9nagoras, \u2014 en d\u2019autres termes, nous y remarquons un commencement de lutte avec le principe de l\u2019 \u00ab autoc\u00e9phalie \u00bb. Cette id\u00e9e appara\u00eet, pour la premi\u00e8re fois, dans \u00ab La Voix de l\u2019Eglise \u00bb, (Ecclesiast. Phon\u00e9, une p\u00e9riodique d\u2019Ath\u00e8nes) au moment o\u00f9 le Schisme bulgare prend sa fin (1945). M. Sp\u00e9ranzas, ex-Procureur G\u00e9n\u00e9ral du Synode de l\u2019Eglise Grecque d\u2019Ath\u00e8nes, indign\u00e9 par la liquidation de ce schisme par le Patriarche de Constantinople sous l\u2019influence de Moscou, et sans avis pr\u00e9alable de la part d\u2019Ath\u00e8nes, publie une s\u00e9rie d\u2019articles remplis d\u2019injures envers l\u2019Eglise Bulgare, ainsi que l\u2019Eglise Russe et toutes les autres Eglises orthodoxes slaves. En m\u00eame temps, l\u2019invitation fraternelle du Patriarche de Moscou au Patriarche de Constantinople d\u2019assister \u00e0 son intronisation \u00e9tant qualifi\u00e9e par M. Sp\u00e9ranzas comme une recherche d\u2019appui sur l\u2019autorit\u00e9 de Constantinople, il pose la question de l\u2019importance universelle de l\u2019autorit\u00e9 de Byzance et d\u00e9clare erron\u00e9 le principe d\u2019autoc\u00e9phalie. (Ne poss\u00e9dant pas les num\u00e9ros de ce p\u00e9riodique, nous faisons ces citations par m\u00e9moire).<\/p>\n<p>Parmi les th\u00e9ologiens russes, c\u2019est surtout le R. P. Archipr\u00eatre Basile Zenkovsky et le R. P. Alexandre Schmemann qui se sont prononc\u00e9 \u00e0 ce sujet. Confondant l\u2019id\u00e9e de \u00ab l\u2019autoc\u00e9phalie \u00bb avec celle du \u00ab nationalisme \u00bb, pour rejeter les deux au nom d\u2019un \u00ab universalisme \u00bb, ils d\u00e9truisent le principe m\u00eame de la structure de l\u2019Eglise Universelle. Le R. P. Zenkovsky \u00e9crit : \u00ab Le christianisme n\u2019aurait-il pas fait fausse route, en admettant la formation d\u2019Eglises appel\u00e9es[17] nationales \u00bb. Et encore, \u00ab Le christianisme \u00e9tant enferm\u00e9[18] dans dans des cadres nationaux trop \u00e9troits, n\u2019apparaissait pas aux yeux des hommes dans toute Sa pl\u00e9nitude \u00bb (Messager du Mouvement Chr\u00e9tien des Etudiants Russes \u00bb, Munich, 1949, num\u00e9ros 11-12, p. 10).<\/p>\n<p>Il est plus difficile de nous limiter \u00e0 une courte citation du pr\u00e9cis du R. P. Schmemann pour r\u00e9sumer ses id\u00e9es. Il arrive aux m\u00eames conclusions que le R. P. Zenkovsky en exag\u00e9rant le r\u00f4le du moment national qui n\u2019est qu\u2019un d\u00e9tail accidentel dans la vie de l\u2019Eglise.\u00a0 Mais plus objectif que ses a\u00een\u00e9s, il parvient \u00e0 toucher \u00e0 la vraie raison qui est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019excitation du sentiment national dans la vie de certaines Eglises locales, \u00e0 savoir l\u2019imp\u00e9rialisme \u00e9troit des Grecs sur le plan eccl\u00e9siastique et politique. Il \u00e9crit :<\/p>\n<p>\u00ab Dans la conception de Byzance le bapt\u00eame de peuples nouveaux impliquait n\u00e9cessairement leur introduction dans l\u2019organisme politique et religieux de l\u2019Empire et leur soumission \u00e0 son autorit\u00e9 \u0153cum\u00e9nique, orthodoxe. Mais en r\u00e9alit\u00e9, cet Empire avait perdu depuis longtemps son caract\u00e8re universel et supra-national, et pour ces peuples nouvellement convertis cette id\u00e9ologie byzantine devenait trop souvent un imp\u00e9rialisme GREC dans le domaine eccl\u00e9siastique et politique \u00bb (p. 11).<\/p>\n<p>Plus lois, en parlant d\u2019une \u00ab d\u00e9composition \u00bb (?) de la conscience universelle dans le sein de l\u2019Orthodoxie \u00bb, il identifie la conception de l\u2019autoc\u00e9phalie avec celle du nationalisme et de l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>\u00ab Le but principal de chaque peuple-\u00e9tat devint l\u2019obtention d\u2019une autoc\u00e9phalie, comprise comme Independence de telle Eglise nationale vis-\u00e0-vis des anciens centres d\u2019Orient, avant tout vis-\u00e0-vis de Constantinople\u2026 Il est difficile de nier que la cause principale de ce processus malheureux r\u00e9side, avant tout, dans la transformation de l\u2019universalisme byzantin en nationalisme grec. Il est important de comprendre que l\u2019identification du sens AUTOCEPHALIE et INDEPENDENCE est un sympt\u00f4me caract\u00e9ristique de ce nouvel esprit, qui appara\u00eet alors dans l\u2019Eglise, et qui montre que la conscience chr\u00e9tienne se laisse inspirer par un nationalisme \u00e9tatique, au lieu de le transformer et l\u2019\u00e9clairer \u00bb (Op. cit., p. 13).<\/p>\n<p>Sans nous laisser entra\u00eener dans une analyse d\u00e9taill\u00e9e de cette citation, nous nous limiterons, pour le moment, \u00e0 dire que nous ne sommes pas en accord avec les conclusions de l\u2019auteur, en formulant notre avis en termes qui lui sont presque propres, mais en inversant le sens de ses affirmations. Nous pensons que malgr\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments nationaux et politiques apport\u00e9s par les peuples orthodoxes dans la recherche de la constitution de leur Eglise, c\u2019est L\u2019ESSENCE MEME DE L\u2019EGLISE, organisme th\u00e9andrique, QUI IMPOSA LES FORMES DE CETTE CONSTITUTION. Nous justifions notre conclusion oppos\u00e9e \u00e0 celle du R. P. Schmemann, par le fait incontestable de l\u2019existence de ces formes d\u00e8s le commencement de l\u2019Eglise ; ces formes n\u2019\u00e9tant pas une invention nouvelle d\u2019une conscience nationale et \u00e9tatique, elles furent simplement transmises aux nouveaux peuples chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p>Continuons notre examen du principe de l\u2019autoc\u00e9phalie. Il n\u2019est pas \u00e9tonnant que Constantinople ait commenc\u00e9 d\u00e8s maintenant une lutte contre ce principe : c\u2019est dans la nature de tout papisme. Rome non plus n\u2019accepte pas ce principe. Voici ce qu\u2019en dit le pr\u00eatre Tychk\u00e9witch, dans son \u00ab Trait\u00e9 de l\u2019Eglise \u00bb, cit\u00e9 plus haut :<\/p>\n<p>\u00ab Dans l\u2019Eglise universelle des \u00e9glises locales sont acceptables comme parties d\u2019un seul organisme, comme branches d\u00e9pendantes d\u2019un tronc unique et central ; mais non comme formations eccl\u00e9siastiques compl\u00e8tement ind\u00e9pendantes, enti\u00e8res et autoc\u00e9phales, unies seulement par une ressemblance ext\u00e9rieure, par un esprit commun et une foi commune. La \u00ab centralisation \u00bb dans l\u2019Eglise peut s\u2019affermir ou faiblir, sous l\u2019influence de conditions temporaires et locales ; mais l\u2019autoc\u00e9phalit\u00e9 compl\u00e8te des \u00e9glises locales n\u2019est admissible sous aucun pr\u00e9texte. L\u2019Eglise serait alors polyc\u00e9phale ; \u00e0 plusieurs t\u00eates, ce qui est impossible pour sa nature th\u00e9andrique \u00bb (p. 34).<\/p>\n<p>\u00ab \u2026 les confessions qui admettent le morcellement de l\u2019Eglise en sectes, ou m\u00eame en \u00ab autoc\u00e9phalies \u00bb, compl\u00e8tement libres et ind\u00e9pendantes du centre, ne peuvent \u00eatre ni la vraie Eglise, ni m\u00eame une \u00ab branche \u00bb, une partie de l\u2019Eglise. Une seule hi\u00e9rarchie est propre \u00e0 l\u2019Eglise ; la f\u00e9d\u00e9ration de plusieurs hi\u00e9rarchies compl\u00e8tement ind\u00e9pendantes est en contradiction avec sa nature. Une autonomie compl\u00e8te des parties est impossible. L\u2019Eglise n\u2019est pas une UNION D\u2019ORGANISMES, unis seulement par un principe identique d\u2019esprit et de croyance, mais un organisme th\u00e9andrique, anim\u00e9 \u00ab par le m\u00eame Esprit \u00bb, sanctifi\u00e9 et gouvern\u00e9 par une seule hi\u00e9rarchie ininterrompue et \u00e9troitement li\u00e9e, ayant \u00e0 sa t\u00eate un seul hi\u00e9rarque supr\u00eame \u00bb (p. 152).<\/p>\n<p>Une ressemblance extraordinaire entre la doctrine de nos n\u00e9o-papistes et la doctrine romaine, non seulement en esprit, mais aussi en argumentation a \u00e9t\u00e9 relev\u00e9e par les Romains avec une satisfaction visible. Le Bulletin de la paroisse catholique russe de Paris (rue Fran\u00e7ois G\u00e9rard), \u00ab Notre Paroisse \u00bb num\u00e9ro 7, 1950, pp. 17-19, publie de longs extraits du discours prononc\u00e9 par M. S. Verkhovsky \u00e0 \u00ab l\u2019Assembl\u00e9e Dioc\u00e9saine \u00bb de l\u2019Exarchat Russe de Constantinople (Messager \u00ab Tzerkovny Vestnik \u00bb, num\u00e9ro 21, 1949), avec les commentaires suivants :<\/p>\n<p>\u00ab \u2026 Nous publions\u2026 quelques extraits int\u00e9ressants du \u00ab Tzerkovny Vestnik \u00bb, organe officiel de l\u2019Exarchat Russe en Europe Occidentale, qui montrent clairement que nous ne sommes pas fantaisistes, en affirmant que la primaut\u00e9, appartenait au Souverain Pontife de Rome au sein de l\u2019Eglise Primitive, et n\u2019\u00e9tait pas seulement une primaut\u00e9 d\u2019honneur, mais aussi une sup\u00e9riorit\u00e9 de pouvoir \u00bb (suit un extrait de la p. 16 du \u00ab T. Vestnik \u00bb). Plus loin nous lisons :<\/p>\n<p>\u00ab Dans ce m\u00eame bulletin nous trouvons des pens\u00e9es que nous pouvons signer et consid\u00e9rer comme les n\u00f4tres \u00bb. Suit une longe citation de la D\u00e9claration de l\u2019Assembl\u00e9e Dioc\u00e9saine (p. \u00e8) o\u00f9 nous trouvons les paroles suivantes particuli\u00e8rement accentu\u00e9es : \u00ab C\u2019est pourquoi\u00a0 d\u00e8s l\u2019\u00e2ge des ap\u00f4tres, la Sainte Eglise ou, pour mieux dire, Dieu Lui-m\u00eame a institu\u00e9 un \u00e9v\u00eaque sup\u00e9rieur premier dans l\u2019ensemble de l\u2019Eglise catholique, et dans chaque lieu ou dans chaque ville un seule \u00e9v\u00eaque, Vicaire terrestre de Son Fils\u2026 \u00ab Ceux qui proclament un autre enseignement ne le font pas dans l\u2019esprit du Seigneur, mais s\u00e8ment le trouble et la discorde \u00bb\u2026[19]<\/p>\n<p>Sans un autre bulletin d\u2019information catholique romain \u00ab Vers l\u2019Unit\u00e9 Chr\u00e9tienne \u00bb (Novembre 1949, num\u00e9ro 17), nous trouvons un article du R. P. Dumont \u00ab L\u2019Orthodoxie Russe et la primaut\u00e9 du Si\u00e8ge \u0152cum\u00e9nique \u00bb dans lequel l\u2019auteur, analysant les d\u00e9cisions de l\u2019Assembl\u00e9e Dioc\u00e9saine, \u00e9crit : \u00ab Ces d\u00e9clarations, dont on n\u2019aura pas de peine \u00e0 saisir la port\u00e9e, ont soulev\u00e9e de la part des deux autres juridictions une r\u00e9probation v\u00e9h\u00e9mente. L\u2019accusation de \u00ab papisme \u00bb devait tout naturellement venir sous la plume des contradicteurs, encore qu\u2019\u00e0 notre sens ce reproche ne soit enti\u00e8rement fond\u00e9, puisque le message reste encore loin de la conception romaine d\u2019une Primaut\u00e9, institu\u00e9e par le Christ Lui-m\u00eame ; on aura, en effet, remarqu\u00e9 la formule : \u00ab d\u00e8s les temps apostoliques, la Sainte Eglise, ou pour mieux dire, Dieu Lui-m\u00eame \u00bb. Il n\u2019en reste pas moins que cette affirmation vise \u00e0 remettre en valeur au sein de l\u2019Orthodoxie un principe et une pratique qui s\u2019y \u00e9taient progressivement proscrits, et dont la restauration pourrait bien marquer une \u00e9tape dans la voie d\u2019une meilleure intelligence de la position du catholicisme romain \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>Quelle est donc la raison pour laquelle le principe de l\u2019autoc\u00e9phalie des Eglises locales est si cher \u00e0 l\u2019Orthodoxie ? Pourquoi nous appara\u00eet-il\u00a0 comme \u00e9tant non seulement la forme naturelle de la vie de l\u2019Eglise, qui Lui est essentiellement propre, mais aussi la condition indispensable pour garder fid\u00e8lement la tradition de la v\u00e9rit\u00e9 et les voies qui m\u00e8nent vers la connaissance de cette v\u00e9rit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Comme il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit, le terme \u00ab autoc\u00e9phalie \u00bb est, philologiquement parlant, tr\u00e8s imparfait. Il n\u2019exprime pas l\u2019id\u00e9e qu\u2019il renferme, ce qui permet aux esprits rationalistes de le d\u00e9former et de s\u2019y opposer. Le vrai sens de ce terme \u00e9tant l\u2019affirmation du fait que la pl\u00e9nitude de la vie eccl\u00e9siastique est propre \u00e0 tout lieu o\u00f9 existe une communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, qui poss\u00e8de un sacerdoce int\u00e9grale (Concile des Ev\u00eaques) et qui garde l\u2019enseignement dogmatique dans son incorruptibilit\u00e9, ainsi que la Tradition de l\u2019Eglise Orthodoxe Universelle. Le code canonique de l\u2019Eglise Orthodoxe contient la c\u00e9l\u00e8bre \u00e9p\u00eetre du Concile de Carthage (la seconde adress\u00e9e au pape C\u00e9lestin), qui proclame avec force et clart\u00e9 : \u00ab En aucun lieu la gr\u00e2ce de l\u2019Esprit Saint n\u2019est diminu\u00e9e \u00bb. Les P\u00e8res de Carthage se fondent sur l\u2019autorit\u00e9 du premier Concile de Nic\u00e9e. Nous voyons donc que le principe d\u2019autoc\u00e9phalie est l\u2019expression historique d\u2019une conscience profond\u00e9ment propre \u00e0 l\u2019Eglise, \u00e0 savoir que la gr\u00e2ce ne s\u2019amoindrit en aucun lieu. Le vrai sens contenu dans le terme \u00ab autoc\u00e9phalie \u00bb est la conception orthodoxe de la consubstantialit\u00e9 de l\u2019Eglise correspondant \u00e0 la consubstantialit\u00e9 des Personnes de la Sainte Trinit\u00e9, qui exclut l\u2019id\u00e9e sto\u00efcienne de Tertullien de la divisibilit\u00e9 de la Substance, et ceci en parties in\u00e9gales.<\/p>\n<p>Le principe d\u2019autoc\u00e9phalie exprime la conviction que l\u2019Eglise Catholique en chaque lieu appara\u00eet dans la pl\u00e9nitude de la gr\u00e2ce qui Lui est conf\u00e9r\u00e9e, et par la force de cette pl\u00e9nitude des dons, Elle est partout l\u2019Eglise Une et Catholique. Le principe de l\u2019autoc\u00e9phalie nous apprend qu\u2019aucun lieu, aucun titre, aucun race ne poss\u00e8dent dans l\u2019Eglise la sup\u00e9riorit\u00e9 en pouvoir ni en doctrine sur d\u2019autres lieux ou d\u2019autres peuples. Il nous dit aussi que \u00ab l\u2019Esprit souffle o\u00f9 Il veut \u00bb, et Son souffle dans l\u2019Eglise ne d\u00e9pend pas du gr\u00e9 d\u2019un hi\u00e9rarque.<\/p>\n<p>Le principe d\u2019autoc\u00e9phalie des Eglises locales nous enseigne leur \u00e9galit\u00e9 en dignit\u00e9 selon l\u2019image des Personnes Divines, et dans sa r\u00e9alisation finale il exprime notre esp\u00e9rance commune de voir non seulement toute Eglise locale, mais aussi chacun de Ses membres, chaque personne-hypostase humaine, \u2014 porteur de toute la pl\u00e9nitude catholique de la vie de l\u2019Eglise \u00e0 l\u2019image de la Sainte Trinit\u00e9, dont chaque Hypostase porte en Elle toute la pl\u00e9nitude absolue de l\u2019Etre Divin ; et cela non par exclusion ou absorption des autres Personnes-Hypostases, mais par la demeure dans la pl\u00e9nitude de l\u2019unit\u00e9 de la Substance.<\/p>\n<p>L\u2019autoc\u00e9phalie des Eglises locales n\u2019est ni historiquement ni spirituellement le r\u00e9sultat des \u00e9l\u00e9ments \u00e9trangers \u00e0 l\u2019Eglise Catholique, tels que le phil\u00e9tisme, le nationalisme, l\u2019\u00e9tatisme, ou la politique. Dans l\u2019Eglise ancienne, chaque communaut\u00e9 chr\u00e9tienne \u00e9tait, en effet, autoc\u00e9phale. L\u2019histoire nous montre que sur le territoire d\u2019un seul Etat peuvent coexister plusieurs Eglises autoc\u00e9phales. Il en fut ainsi dans l\u2019Empire Romain avant sa division, dans l\u2019Empire Byzantin d\u2019Orient, plus tard dans l\u2019Empire Turc. En Russie actuelle il existe deux Eglises autoc\u00e9phales.<\/p>\n<p>La vie de l\u2019Eglise Universelle ne n\u00e9cessite pas un centre administratif unique. Mais le principe d\u2019autoc\u00e9phalie n\u2019exclut pas la possibilit\u00e9 de fonder un centre commun, coordonnant la vie des Eglises, qui, cependant, jamais, sous aucun pr\u00e9texte ne doit prendre la forme d\u2019un Vatican \u00ab infaillible \u00bb, ce qui transformerait la vie \u00e9sot\u00e9rique de l\u2019Eglise en Etat avec son autorit\u00e9 ext\u00e9rieure. Ceci serait \u00e9quivalent \u00e0 la perte de la religion, comme telle.<\/p>\n<p>Nous croyons avoir d\u00e9montr\u00e9 clairement qu\u2019en dehors du principe de l\u2019autoc\u00e9phalie, c\u2019est-\u00e0-dire sans confesser la CONSUBSTANTIALITE ET L\u2019EGALITE EN DIGNITE des Eglises locales, et de tout l\u2019Episcopat en g\u00e9n\u00e9ral, la vraie catholicit\u00e9 de l\u2019Eglise qui est \u00e0 l\u2019image de la Catholicit\u00e9 de l\u2019Etre Divin dispara\u00eetrait de ce fait. En \u00e9cartant la LIBERTE DE LA CATHOLICITE CONSUBSTANTIELLE ET EGALE EN DIGNITE, nous perdrons in\u00e9vitablement la voie vers la connaissance de la V\u00e9rit\u00e9, Qui se r\u00e9v\u00e8le seulement \u00e0 l\u2019union dans la charit\u00e9, et non \u00e0 un hi\u00e9rarque quelconque pris s\u00e9par\u00e9ment, qui se met en marge de cette loi. Le grand Khomiakoff a parl\u00e9 de cela dans ses \u0153uvres, mais il est, malheureusement, presque oubli\u00e9 \u00e0 l\u2019heure actuelle.<\/p>\n<p>Si nous luttons contre le n\u00e9o-papisme apparu dans le sein de notre Sainte Eglise nous luttons uniquement pour la v\u00e9rit\u00e9 telle que l\u2019Eglise la confesse, la V\u00e9rit\u00e9 \u00e9ternelle. Nous rejetons toute conception de \u00ab Rome \u00bb, Premi\u00e8re, Deuxi\u00e8me ou Troisi\u00e8me d\u00e8s que cette conception tend \u00e0 introduire le principe de subordination dans la vie de l\u2019Eglise. Nous rejetons tout papisme, qu\u2019il soit \u00e0 Rome, \u00e0 Constantinople, \u00e0 Moscou, \u00e0 Londres, \u00e0 Paris, \u00e0 New-York ou en tout autre lieu. Nous nions le papisme comme une h\u00e9r\u00e9sie eccl\u00e9siologique, d\u00e9formant le christianisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>La substance \u00e9ternelle de l\u2019Eglise se refl\u00e8te dans tous les aspects de la vie humaine sur terre. La structure canonique de l\u2019Eglise est l\u2019une des projections de Sa nature spirituelle, pure et sainte. En se refl\u00e9tant dans ce monde les \u00e9l\u00e9ments de la r\u00e9alit\u00e9 purement eccl\u00e9siastique se confondent avec les \u00e9l\u00e9ments d\u2019ordre naturel, conventionnels et relatifs. Mais l\u2019id\u00e9e et le but de Dieu, qui sont par cons\u00e9quent ceux de l\u2019Eglise, restent inalt\u00e9rables m\u00eame dans cette confusion. Ce but est le salut du monde, \u2014 afin \u00ab que ce corps corruptible sout rev\u00eatu de l\u2019incorruptibilit\u00e9, et que ce corps mortel soit rev\u00eatu de l\u2019immortalit\u00e9 \u00bb (I Cor., XV, 53) par la communion \u00e0 la gr\u00e2ce divine.<\/p>\n<p>Dans les conditions de notre vie terrestre d\u00e9chue, la \u00ab projection \u00bb de la nature sainte et incorruptible de l\u2019Eglise, prend in\u00e9vitablement une certaine nuance de convention. C\u2019est pourquoi la constitution canonique de l\u2019Eglise n\u2019est pas une norme juridique absolue ; elle porte en elle des traces d\u2019imperfection de notre existence historique ; il y a des \u00e9l\u00e9ments temporaires, r\u00e9pondant \u00e0 telle ou telle condition de l\u2019\u00e9poque ; certains d\u00e9tails ont subi plus d\u2019une fois des changements, et dans l\u2019avenir de tels changements ne sont pas impossible. N\u00e9anmoins, la condition canonique garde toujours ses racines profondes, son essence inalt\u00e9rable, qui ne peut \u00eatre en contradiction avec notre conscience dogmatique. Ainsi, puisque nous confessons que \u00ab ce n\u2019est point sur cette montagne, ni \u00e0 J\u00e9rusalem \u00bb que le P\u00e8re est ador\u00e9, mais \u00ab les vrais adorateurs adorent le P\u00e8re en esprit et en v\u00e9rit\u00e9, comment est-il possible, que les canons de l\u2019Eglise nous imposent un principe local, comme condition indispensable d\u2019appartenance \u00e0 la vraie Eglise ?<\/p>\n<p>Voici un exemple classique de mentalit\u00e9 papiste : \u00ab N\u2019oublions jamais qu\u2019entre Dieu et nous il y a un lien, et ce lien c\u2019est Rome \u00bb\u2026 (Le sermon du R. P. Valette, Journal \u00ab La Croix \u00bb, 7 octobre 1949,\u00a0 num\u00e9ro 20.261).<\/p>\n<p>Si Sa Saintet\u00e9 Ath\u00e9nagoras, Patriarche de \u00ab la Deuxi\u00e8me Rome \u00bb nous adresse aujourd\u2019hui une encyclique pour pr\u00eacher la soumission \u00e0 la Cath\u00e8dre de Constantinople comme condition formelle d\u2019appartenance \u00e0 l\u2019Eglise Universelle, quel vrai chr\u00e9tien, \u00ab adorant en esprit et en v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, acceptera cette parole ?<\/p>\n<p>Imaginons-nous qu\u2019une catastrophe quelconque fasse dispara\u00eetre la Premi\u00e8re et la Deuxi\u00e8me Rome. Cette disparition, laissera-t-elle le monde d\u00e9pourvu de communion v\u00e9ritable avec Dieu, par ce que \u00ab les liens \u00bb, qui nous rattachent \u00e0 Lui, sont disparus ? Certes, c\u2019est l\u00e0 une \u00ab voix \u00e9trang\u00e8re \u00bb (Jean, X, 5). Ce n\u2019est pas notre foi chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>Nous avons essay\u00e9 de d\u00e9montrer par le pr\u00e9sent aper\u00e7u que la doctrine eccl\u00e9siologique ne peut \u00eatre en contradiction avec la doctrine tradologique ; que m\u00eame dans son aspect historique l\u2019Eglise doit refl\u00e9ter l\u2019image de la Vie Tri-unitaire. Le canon, qui \u00e9tablit l\u2019unit\u00e9 entre les Ev\u00eaques des Eglises locales \u00e0 l\u2019image de la Sainte Trinit\u00e9, et qui est en m\u00eame temps le reflet le plus proche de cette unit\u00e9, est le XXXIV Canon Apostolique.[20]<\/p>\n<p>C\u2019est cers une unit\u00e9 semblable que nous appelle Sa Saintet\u00e9 Alexis, Patriarche de Moscou et de toutes les Russies :<\/p>\n<p>\u00ab \u2026 Le Christ a dit \u00e0 ses disciples : \u00ab Que celui qui voudra devenir plus grand parmi vous, soit votre serviteur, et que celui qui voudra \u00eatre le premier d\u2019entre vous, soit votre exclave \u00bb (Math., XX, 26-27). Que le Seigneur ouvre les yeux de l\u2019esprit aux Pontifes Romains, qu\u2019ils acqui\u00e8rent, avec l\u2019aide de Dieu, la force de l\u2019Esprit, afin qu\u2019ils renoncent \u00e0 la vaine pr\u00e9tention d\u2019\u00e9tablir sur terre leur domination sur tous les h\u00e9ritiers des Ap\u00f4tres ! Oh ! si le Seigneur daignait nous accorder de voir le jour heureux de l\u2019UNION des Ev\u00eaques de l\u2019Eglise, fr\u00e8res et \u00e9gaux en droits ! Cela aurait servi de commencement \u00e0 la paix dans le monde entier \u00bb\u2026 (Actes de la Conf\u00e9rence de Moscou, T. I, p. 90 ; Journal du Patriarcat de Moscou, num\u00e9ro sp\u00e9cial en fran\u00e7ais, 1948, p. 16).<\/p>\n<p>Ainsi \u00ab l\u2019Eglise appelle dans son sein toutes les nations et attend avec esp\u00e9rance la venue de Son Sauveur. Elle voit d\u2019un \u0153il tranquille le fl\u00f4t des \u00e2ges, l\u2019orage des agitations historiques et les courants des passions et des pens\u00e9es humaines rouler et tourbillonner autour du rocher sur lequel Elle S\u2019appuie et qu\u2019Elle sait in\u00e9branlable. Ce rocher, c\u2019est le Christ \u00bb (Khomiakoff : \u00ab L\u2019Eglise latine et le Protestantisme \u00bb pp. 303-304).<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em><a href=\"https:\/\/orthodoxsynaxis.org\/2019\/04\/16\/archim-sophrony-sakharov-unite-de-leglise-image-de-la-sainte-trinite\/\">HIEROMOINE SOPHRON<\/a>Y<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Source : \u00ab Unit\u00e9 de l\u2019Eglise, image de la Sainte Trinit\u00e9 \u00bb <\/em><br \/>\n<em>Vestnik russkogo zapadno-evropeiskogo patriarshego ekzarkhata \/<\/em><br \/>\n<em>\u00a0Messager de l\u2019exarchat du Patriarche russe en Europe occidentale 5 (1950), 33-61]<\/em><\/p>\n<p>[1] Ce symbole nous connu comme \u00e9tant de Saint Athanase. En grande partie il rel\u00e8ve effectivement des \u00e9crits de ce P\u00e8re. Mais certains passages de l\u2019expos\u00e9 triadologique et christologique sont d\u2019une perfection et d\u2019une pr\u00e9cision qui ne peuvent \u00eatre attribu\u00e9es qu\u2019 \u00e0 une \u00e9poque plus tardive. Ainsi ce Symbole est consid\u00e9r\u00e9 comme une confession universelle de l\u2019Eglise orthodoxe.<\/p>\n<p>[2] Cet enseignement de l\u2019Eglise sur l\u2019unit\u00e9 de la nature humaine \u00e0 l\u2019image de la Sainte Trinit\u00e9 est admirablement exprim\u00e9 dans les premi\u00e8res \u0153uvres du M\u00e9tropolite Antoine (Khrapovitsky) \u00ab La valeur morale du dogme de la Sainte Trinit\u00e9 \u00bb et \u00ab La valeur morale du dogme de l\u2019Eglise \u00bb. Nous conseillons \u00e0 ceux qui connaissent d\u00e9j\u00e0 ces \u0153uvres de les relire avec attention, et \u00e0 ceux, qui ne les ont pas encore lues, d\u2019en prendre connaissance. C\u2019est un chef-d\u2019\u0153uvre de la pens\u00e9 th\u00e9ologique russe, paru en novembre 1892 dans le Journal de l\u2019Acad\u00e9mie de Moscou, le \u00ab Messager Th\u00e9ologique \u00bb (Bogoslovsky Vestnik). Une deuxi\u00e8me publication a \u00e9t\u00e9 faite en Yougoslavie, dans les ann\u00e9es 30, dans un recueil des \u0153uvres du M\u00e9tropolite \u00e0 l\u2019occasion de son jubil\u00e9e. Malheureusement ces \u0153uvres n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 traduites en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>La m\u00eame doctrine dogmatique est sommairement, mais brillamment expos\u00e9e en fran\u00e7ais par M. W. Lossky dans son \u0153uvre : \u00ab Th\u00e9ologie mystique de l\u2019Eglise d\u2019Orient \u00bb (voir : chapitre VI).<\/p>\n<p>[3] Le grand Khomiakoff dit que \u201cla vraie Eglise ne reconna\u00eet pas d\u2019Eglise enseignante \u00bb parce que \u00ab TOUTE l\u2019Eglise, autrement dit : l\u2019Eglise dans son int\u00e9grit\u00e9, enseigne \u00bb. Par cons\u00e9quent, dit-il plus loin : \u00ab C\u2019est un fait dogmatique incontestable. Les Patriarches d\u2019Orient, r\u00e9unis en Concile avec leurs Ev\u00eaques, ont solennellement d\u00e9clar\u00e9 dans leur r\u00e9ponse \u00e0 une encyclique de Pie IX, que \u00ab l\u2019infaillibilit\u00e9 r\u00e9sidait uniquement dans l\u2019universalit\u00e9 de l\u2019Eglise unie par l\u2019amour mutuel ; et que l\u2019invariabilit\u00e9 du dogme comme la puret\u00e9 du rite \u00e9taient confi\u00e9s \u00e0 la garde non d\u2019une hi\u00e9rarchie quelconque, mais de tout le peuple eccl\u00e9siastique, qui est le Corps du Christ \u00bb. Cette d\u00e9claration formelle de tout le clerg\u00e9 d\u2019Orient, re\u00e7ue avec un respect plein de reconnaissance fraternelle par l\u2019Eglise locale de Russie, a acquis toute l\u2019autorit\u00e9 morale d\u2019un t\u00e9moignage \u0153cum\u00e9nique \u00bb. (A. S. Khomiakoff \u2013 \u00ab L\u2019Eglise latine et le protestantisme au point de vue de l\u2019Eglise d\u2019Orient \u00bb. Ed. 1872, Lausanne et Vevey, pp. 48-49). \u00ab Faire de l\u2019enseignement une pr\u00e9rogative est une folie ; en faire un don c\u00e9leste, attach\u00e9 9 certaines fonctions, c\u2019est une h\u00e9r\u00e9sie \u00bb (ibid., p. 54).<\/p>\n<p>[4] L\u2019 \u00ab autoc\u00e9phalie \u00bb n\u2019est pas un terme philologiquement heureux. Il n\u2019exprime pas l\u2019id\u00e9e qu\u2019il renferme, mais, 9 l\u2019exemple des P\u00e8res, nous nous bornerons 9 analyser les principes, sans discuter les mots.<\/p>\n<p>[5] \u201cNous sommes tous les fils de l\u2019Eglise Russe, h\u00e9ritiers de Sa (?) tradition, que nous cherchons \u00e0 garder et \u00e0 d\u00e9velopper \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00bb. \u00ab Nous avons la conscience de porter, de garder, de continuer et de d\u00e9velopper la Tradition sacr\u00e9e de l\u2019Eglise Russe \u00bb (Messager de l\u2019Eglise Russe en Europe occidentale, no. 21, pp. 3 et 18).<\/p>\n<p>[6] Ces passages ont \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 par nous. H. S.<\/p>\n<p>[7] Tous les textes de ce Trait\u00e9 sont traduits du russe par nous. H. S.<\/p>\n<p>[8] Il s\u2019agit l \u00e0 du Synode de Munich, tenu par le groupe des dissidents russes, ayant 9 sa t\u00eate le M\u00e9tropole Anastase. H. S.<\/p>\n<p>[9] L\u2019expression originale\u2014\u00ab natchalo-vojd \u00bb est tout 9 fait \u00e9trang\u00e8re au langage de l\u2019Eglise ; litt\u00e9ralement traduite elle serait : \u00ab archi-f\u00fchrer \u00bb.<\/p>\n<p>[10] Textes soulign\u00e9s par nous. H. S.<\/p>\n<p>[11] C\u2019est la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise que nous entendons parler de l\u2019h\u00e9r\u00e9sie \u00ab catholique\u00bb.<\/p>\n<p>[12] Expression prise dans l\u2019Evangile Saint-Jean XIII, I.<\/p>\n<p>[13] \u00ab Il nous faut analyser jusqu\u2019au bout la nature de l\u2019Eglise pour ne pas tomber dans cet \u00e9tat maladif \u00bb (c\u2019est-9-dire le \u00ab nationalisme dans l\u2019Eglise \u00bb). Archipr4tre B. Zenkovsky \u00ab Messager du Mouvement Chr1tien des Etudiants russes \u00bb, Munich, 11-12, 1949, p. 19). \u00ab Nous r\u00e9p\u00e9tons, il faut aller jusqu\u2019au bout du raisonnement et \u00e9viter surtout l\u2019expression \u00ab Eglise locale \u00bb ; cette expression n\u2019a rien 9 voir dans une telle conception de l\u2019Eglise \u00bb. (R. P. Schmemann, op. cit. p. 19).<\/p>\n<p>[14] Ces pr\u00e9tensions de Constantinople sont d\u2019autant plus \u00e9tranges qu\u2019il est actuellement \u00ab diminu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame \u00bb (cette expression appartient au R. P. S\u00e9menoff-Tian-Chansky, voir Messager \u00ab Tzerkovny Vestnik \u00bb, no. 23, p. 9). Il est diminu1 et r\u00e9duit \u00e0 tel point qu\u2019en nos jours vis-\u00e0-vis l\u2019ensemble de l\u2019Eglise Orthodoxe il ne forme que la 1\/20.000 partie.<\/p>\n<p>[15] Autant qu\u2019il nous est connu, ce texte appartient au Prof. S. Tro\u00eftsky et avait \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 par l\u2019Eglise Russe 9 la Conf\u00e9rence de Moscou en 1948 comme \u00ab Message aux Chr\u00e9tiens du monde \u00bb. Ce texte fut, cependant, abandonn\u00e9 pour donner la pr\u00e9f\u00e9rence 9 celui propos\u00e9 par le M1tropolite St1phane de Bulgarie. (Voir \u00ab les Actes de la Conf\u00e9rence des Chefs et des Repr\u00e9sentants des Eglises Orthodoxes autoc\u00e9phales, tenue 9 Moscou en 1948. T. II, p. 413).<\/p>\n<p>[16] Comme poss\u00e9dant la pl\u00e9nitude de la gr\u00e2ce. H. S.<\/p>\n<p>[17] Par qui sont-elles \u00ab appel\u00e9es nationales \u00bb ? H. S.<\/p>\n<p>[18] Qui donc l\u2019a enferm\u00e9 ? H. S.<\/p>\n<p>[19] Traduit du russe par nous.<\/p>\n<p>[20] Voir l\u2019 \u00ab Analyse du XXXIV Canon Apostolique \u00bb, faite en Fran\u00e7ais par R. P. Archipr\u00eare E. Kovalesky dans notre \u00ab Messager \u00bb num\u00e9ros 2-3, p. 67, et son article en russe : \u00ab Les probl\u00e8mes eccl\u00e9siologiques \u00bb dans le \u00ab Messager \u00bb num\u00e9ro 4, p. 11).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"qtranxs-available-languages-message qtranxs-available-languages-message-fr\">D\u00e9sol\u00e9, cet article est seulement disponible en <a href=\"https:\/\/old.mospat.ru\/ru\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179227\" class=\"qtranxs-available-language-link qtranxs-available-language-link-ru\" title=\"Russian\">Russe<\/a>, <a href=\"https:\/\/old.mospat.ru\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179227\" class=\"qtranxs-available-language-link qtranxs-available-language-link-en\" title=\"English\">Anglais Am\u00e9ricain<\/a> et <a href=\"https:\/\/old.mospat.ru\/gr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179227\" class=\"qtranxs-available-language-link qtranxs-available-language-link-gr\" title=\"Greek\">Greek<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":179229,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[112],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179227"}],"collection":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179227"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179227\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/179229"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179227"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179227"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179227"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}