{"id":174667,"date":"2019-05-29T19:29:31","date_gmt":"2019-05-29T16:29:31","guid":{"rendered":"https:\/\/mospat.ru\/?p=174667"},"modified":"2019-10-27T19:42:48","modified_gmt":"2019-10-27T16:42:48","slug":"%d0%ba%d0%be%d0%bc%d0%bc%d0%b5%d0%bd%d1%82%d0%b0%d1%80%d0%b8%d0%b9-%d1%81%d0%b5%d0%ba%d1%80%d0%b5%d1%82%d0%b0%d1%80%d0%b8%d0%b0%d1%82%d0%b0-%d1%81%d0%b8%d0%bd%d0%be%d0%b4%d0%b0%d0%bb%d1%8c%d0%bd%d0%be","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/2019\/05\/29\/news174667\/","title":{"rendered":"Commentaires du Secr\u00e9tariat de la Commission synodale biblique et th\u00e9ologique sur la lettre du patriarche Bartholom\u00e9e de Constantinople \u00e0 l\u2019archev\u00eaque Anastase d\u2019Albanie en date du 20 f\u00e9vrier 2019, publi\u00e9e par le Patriarcat de Constantinople"},"content":{"rendered":"<p>Le Patriarcat de Constantinople a publi\u00e9 le 9 mars 2019, sur son site officiel, une lettre de Sa Saintet\u00e9 le patriarche Bartholom\u00e9e de Constantinople \u00e0 Sa B\u00e9atitude l\u2019archev\u00eaque Anastase d\u2019Albanie, r\u00e9ponse \u00e0 la lettre de ce dernier sur la question ukrainienne. Le contenu de la lettre du patriarche Bartholom\u00e9e justifie l\u2019octroi non canonique d\u2019une pr\u00e9tendue autoc\u00e9phalie \u00e0 des schismatiques en Ukraine, par le Patriarcat de Constantinople, ce qui touche directement l\u2019\u00c9glise russe. Afin de justifier son ing\u00e9rence dans les affaires de celle-ci, le patriarche Bartholom\u00e9e d\u00e9veloppe une th\u00e9orie des droits exclusifs des patriarches de Constantinople dans l\u2019\u00c9glise orthodoxe, \u00e0 l\u2019explication de laquelle est consacr\u00e9e la lettre au primat de l\u2019\u00c9glise albanaise.<\/p>\n<p>Les membres et les experts de la Commission synodale biblique et th\u00e9ologique ont \u00e9tudi\u00e9 les principales th\u00e8ses de l\u2019argumentation du patriarche Bartholom\u00e9e. Ses principales conclusions sont reproduites ci-apr\u00e8s.<\/p>\n<ol>\n<li>Le patriarche Bartholom\u00e9e affirme que les saints canons ont confi\u00e9 au primat de l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine \u00ab\u00a0non le privil\u00e8ge, mais le sacrifice\u00a0\u00bb d\u2019une sorte de \u00ab\u00a0responsabilit\u00e9 d\u00e9passant les fronti\u00e8res\u00a0\u00bb, dont l\u2019objet est \u00ab\u00a0le r\u00e8glement d\u00e9finitif des probl\u00e8mes survenant dans les \u00c9glises locales lorsqu\u2019elles ne sont pas en \u00e9tat de les r\u00e9soudre elles-m\u00eames\u00a0\u00bb. Il remarque aussi que les pr\u00e9d\u00e9cesseurs du patriarche Bartholom\u00e9e au si\u00e8ge constantinopolitain ont \u00e9t\u00e9 au service de \u00ab\u00a0ce legs\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9glise de Constantinople \u00ab\u00a0durant tous les si\u00e8cles pass\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ol>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, il n\u2019existe aucun canon conf\u00e9rant aux patriarches de Constantinople semblables pleins-pouvoirs, ce que confirme le patriarche Bartholom\u00e9e lui-m\u00eame en ne citant aucun d\u00e9cret conciliaire \u00e0 l\u2019appui de ses affirmations.<\/p>\n<p>Les pr\u00e9d\u00e9cesseurs de l\u2019actuel patriarche de Constantinople, dont il fait mention ici, avaient une autre vision de la primaut\u00e9, et, au contraire, rejetaient l\u2019id\u00e9e de droits exclusifs appartenant au premier d\u2019honneur dans l\u2019\u00c9glise. On citera, \u00e0 ce propos, la lettre encyclique patriarcale et synodale de l\u2019\u00c9glise de Constantinople, dat\u00e9e de 1895, en r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019encyclique du pape L\u00e9on XIII sur la r\u00e9union des \u00c9glises. Pol\u00e9miquant avec le chef de l\u2019\u00c9glise catholique-romaine, l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine d\u00e9fendait \u00e0 l\u2019\u00e9poque la conception orthodoxe du r\u00f4le du primat d\u2019honneur, qui ne tol\u00e8re aucune intervention d\u2019un des primats dans les affaires des autres \u00c9glises locales\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tout \u00e9v\u00eaque est le chef et le primat de son \u00c9glise particuli\u00e8re, soumis uniquement aux d\u00e9crets conciliaires et aux d\u00e9cisions de l\u2019\u00c9glise catholique comme \u00e9tant seule infaillible, et l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rome, comme le montre l\u2019histoire eccl\u00e9siastique, n\u2019a jamais fait exception \u00e0 cette r\u00e8gle. Le seul et \u00e9ternel Chef des ma\u00eetres, le Chef immortel de l\u2019\u00c9glise est notre Seigneur J\u00e9sus Christ, <em>qui est la t\u00eate du corps de l\u2019\u00c9glise<\/em> (Col 1,18).<\/p>\n<p>Les divins p\u00e8res, tout en r\u00e9v\u00e9rant l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rome comme l\u2019\u00e9v\u00eaque de la ville souveraine de l\u2019empire, lui accordaient un privil\u00e8ge honorifique de pr\u00e9s\u00e9ance,mais voyaient en lui simplement le premier entre les autres \u00e9v\u00eaques, c\u2019est-\u00e0-dire le premier entre \u00e9gaux, privil\u00e8ge qu\u2019ils ont accord\u00e9 ensuite \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de la ville de Constantinople, lorsque cette ville est devenue ville souveraine de l\u2019Empire romain, comme en t\u00e9moigne le 28<sup>e<\/sup> canon du 4<sup>e<\/sup> Concile \u0153cum\u00e9nique de Chalc\u00e9doine&#8230; De ce canon il ressort que l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rome est \u00e9gal en honneur \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de Constantinople et aux \u00e9v\u00eaques des autres \u00c9glises, et on ne trouvera dans aucun canon, ni chez aucun des p\u00e8res la moindre allusion \u00e0 ce que l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rome serait l\u2019unique chef de l\u2019\u00c9glise catholique et le juge infaillible des \u00e9v\u00eaques des autres \u00c9glises ind\u00e9pendantes et autoc\u00e9phales&#8230;<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9poque des sept Conciles \u0153cum\u00e9nique, chaque \u00c9glise autoc\u00e9phale particuli\u00e8re, en Orient, comme en Occident, \u00e9tait enti\u00e8rement ind\u00e9pendante et auto-administr\u00e9e. Les \u00e9v\u00eaques des \u00c9glises autoc\u00e9phales d\u2019Orient, aussi bien que les \u00e9v\u00eaques d\u2019Afrique, d\u2019Espagne, de Gaule, de Germanie et de Bretagne dirigeaient les affaires de leur \u00c9glise, chacun au moyen de ses conciles locaux, tandis que l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rome ne disposait pas du droit d\u2019intervenir, \u00e9tant lui-m\u00eame assujeti aux d\u00e9crets conciliaires. Sur les questions importantes, exigeant la ratification de l\u2019\u00c9glise catholique, on s\u2019adressait au Concile \u0153cum\u00e9nique, qui \u00e9tait seul la plus haute autorit\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise catholique<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Affirmant que le minist\u00e8re de \u00ab\u00a0responsabilit\u00e9 d\u00e9passant les fronti\u00e8res\u00a0\u00bb conf\u00e9r\u00e9 aux primats de Constantinople \u00ab\u00a0n\u2019avait r\u00e9solument jamais suscit\u00e9 le moindre doute ou la moindre inqui\u00e9tude chez les autres patriarches\u00a0\u00bb, le patriarche Bartholom\u00e9e produit une citation tir\u00e9e de la lettre des p\u00e8res du Concile de Carthage au pape C\u00e9lestin, en 425.<\/p>\n<p>L\u2019emploi de cette citation, comme, plus g\u00e9n\u00e9ralement, le renvoi aux p\u00e8res de ce fameux Concile, est plut\u00f4t \u00e9tonnant.<\/p>\n<p>On sait bien, en effet, que c\u2019est l\u2019intervention du pape C\u00e9lestin dans les affaires de l\u2019\u00c9glise de Carthage et le jugement en appel d\u2019un \u00e9v\u00eaque africain, qui fournirent l\u2019occasion de cette lettre. Bl\u00e2mant cet acte de l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rome, les p\u00e8res du Concile \u00e9crivaient notamment\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ayant rempli l\u2019obligation sudite de convenable salutation, nous vous prions instamment de ne plus admettre si facilement \u00e0 votre oreille ceux qui viendraient d\u2019ici, et de ne plus souhaiter recevoir dans votre communion ceux que nous avons excommuni\u00e9s, ceci ayant \u00e9t\u00e9, comme pourra s\u2019en convaincre ais\u00e9ment Votre honneur, d\u00e9termin\u00e9 d\u00e8s le Concile de Nic\u00e9e. En effet, alors que des mesures sont pr\u00e9vues concernant le bas clerg\u00e9 et les la\u00efcs, il a, cependant, plu au Concile qu\u2019elles soient d\u2019autant plus appliqu\u00e9es aux \u00e9v\u00eaques, afin que ceux qui ont \u00e9t\u00e9 interdits dans leur province, ne soient pas restaur\u00e9s pr\u00e9cipitamment par ta saint\u00e9t\u00e9, ni de mani\u00e8re inapropri\u00e9e<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas inutile de citer enti\u00e8rement le fragment dans lequel les p\u00e8res du Concile de Carthage demandent au pape de ne pas envoyer ses repr\u00e9sentants pour participer \u00e0 la proc\u00e9dure. Dans la lettre du primat de l\u2019\u00c9glise de Constantinole, ce fragment n\u2019est pas produit en son entier\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0N\u2019envoyez ni d\u2019admettez aucun l\u00e9gat (m\u00eame clerc), afin de ne pas para\u00eetre apporter la hauteur fumeuse du monde dans l\u2019\u00c9glise du Christ, qui donne la lumi\u00e8re de la simplicit\u00e9 et la clart\u00e9 de l\u2019humilit\u00e9 \u00e0 ceux qui souhaitent voir Dieu<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La th\u00e9orie de la \u00ab\u00a0responsabilit\u00e9 d\u00e9passant les fronti\u00e8res\u00a0\u00bb (\u1f51\u03c0\u03b5\u03c1\u03cc\u03c1\u03b9\u03bf\u03b9 \u03b5\u1f50\u03b8\u03cd\u03bd\u03b1\u03b9) dans les affaires de l\u2019\u00c9glise, formul\u00e9e \u00e0 notre \u00e9poque, est enti\u00e8rement emprunt\u00e9e au lexique des \u00e9v\u00eaques romains, qui, au V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, pr\u00e9tendaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 \u00ab\u00a0la sollicitude universelle\u00a0\u00bb (<em>universalis cura<\/em>; <em>sollicitudo omnium<\/em> <em>ecclesiarum<\/em>), laquelle, selon eux, n\u2019\u00e9tait pas un privil\u00e8ge, mais \u00ab\u00a0un devoir singulier\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0minist\u00e8re\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9glise de Rome.<\/p>\n<p>En 2008, le Concile \u00e9piscopal de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe a fait savoir qu\u2019elle \u00e9tait profond\u00e9ment inqui\u00e8te de la nouvelle conception eccl\u00e9siologique diffus\u00e9e par l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine, soutenue par certains de ses hi\u00e9rarques et certains th\u00e9ologiens, conception \u00ab\u00a0en contradiction totale avec la tradition canonique s\u00e9culaire\u00a0\u00bb. Le d\u00e9cret conciliaire \u00ab\u00a0De l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb \u00e9num\u00e8re les principales pr\u00e9tentions des patriarches de Constantinople, d\u00e9clar\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque par les repr\u00e9sentants de cette \u00c9glise. De fa\u00e7on caract\u00e9ristique, durant la d\u00e9cennie \u00e9coul\u00e9e, l\u2019id\u00e9e que se fait le primat de l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine de ses pleins-pouvoirs s\u2019est consid\u00e9rablement enrichie. Dans sa lettre \u00e0 l\u2019archev\u00eaque Anastase d\u2019Albanie, le patriarche de Constantinople d\u00e9fend \u00e0 pr\u00e9sent son droit d\u2019intervenir \u00e0 sa guise dans les affaires des autres \u00c9glises locales \u00e0 n\u2019importe quel propos, ce qui revient \u00e0 pr\u00e9tendre \u00e0 la juridiction illimit\u00e9e sur toutes les \u00c9glises autoc\u00e9phales.<\/p>\n<p>Malheureusement, l\u2019appel de l\u2019\u00c9glise russe \u00e0 s\u2019abstenir d\u2019actes unilat\u00e9raux, capables de porter\u00a0 des dommages irr\u00e9parables \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Orthodoxie n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 entendu\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Consid\u00e9rant que les probl\u00e8mes mentionn\u00e9s ne pourront \u00eatre r\u00e9solus d\u00e9finitivement que par un concile \u0153cum\u00e9nique de l\u2019\u00c9glise orthodoxe, ce concile \u00e9piscopal appelle la Sainte \u00c9glise de Constantinople \u00e0 la prudence en attendant l\u2019examen de ces nouveaut\u00e9s par l\u2019ensemble de l\u2019orthodoxie et \u00e0 s\u2019abstenir de gestes qui pourraient faire exploser l\u2019unit\u00e9 orthodoxe. Cet avertissement concerne particuli\u00e8rement les tentatives de revoir les fronti\u00e8res canoniques des \u00c9glises orthodoxes<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li>Le patriarche Bartholom\u00e9e affirme que le minist\u00e8re de \u00ab\u00a0responsabilit\u00e9 d\u00e9passant les fronti\u00e8res\u00a0\u00bb est exerc\u00e9 par le patriarche de Constantinople dans le cadre \u00ab\u00a0de l\u2019institut canonique immuable de la Pentarchie\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Cette th\u00e8se contient en soi une contradiction, puisque la th\u00e9orie de la Pentarchie non seulement ne peut servir de fondement \u00e0 de pr\u00e9tendus plein-pouvoirs exclusifs du premier \u00e9v\u00eaque mais, au contraire, affirme l\u2019\u00e9galit\u00e9 des cinq patriarches des si\u00e8ges de l\u2019Empire romain.<\/p>\n<p>L\u2019institut de la Pentarchie a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 au VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, par des ordonnances de l\u2019empereur Justinien, qui fixait \u00ab\u00a0l\u2019ordre d\u2019honneur\u00a0\u00bb (\u03c4\u03ac\u03be\u03b9\u03c2 \u03c4\u03b9\u03bc\u1fc6\u03c2)\u00a0des cinq si\u00e8ges les plus importants de l\u2019Empire romain\u00a0: Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et J\u00e9rusalem. La novelle 109 de l\u2019empereur Justinien, dat\u00e9e de 541, proclamait ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On appelait et nous appelons h\u00e9r\u00e9tiques ceux qui appartiennent \u00e0 diff\u00e9rentes h\u00e9r\u00e9sies&#8230; et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, tous ceux qui ne sont pas membres de la Sainte \u00c9glise, dans laquelle sont tous les sanctissimes patriarches de tout l&rsquo;\u0153cum\u00e8ne, de la Rome occidentale, de cette ville imp\u00e9riale, d\u2019Alexandrie, de Th\u00e9oupolis et de J\u00e9rusalem et tous les \u00e9minents \u00e9v\u00eaques qui leur sont subordonn\u00e9s, confessant ensemble la foi apostolique et la tradition<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Durant la p\u00e9riode imp\u00e9riale, l\u2019ing\u00e9rence d\u2019un membre de la pentarchie sur le territoire d\u2019un autre \u00e9tait interdit\u00a0; quant aux questions intereccl\u00e9siales et aux appels, ils \u00e9taient adress\u00e9s \u00e0 l\u2019empereur qui prescrivait la proc\u00e9dure de leur r\u00e9solution. De nombreux auteurs de la p\u00e9riode byzantine ont \u00e9crit sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 des pouvoirs et des responsabilit\u00e9s des cinq principaux si\u00e8ges de l\u2019empire. Le patriarche Pierre III d\u2019Antioche (1052-1056), dans une lettre \u00e0 l\u2019archev\u00eaque de Grado ou d\u2019Aquilea, \u00e9crivait\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La gr\u00e2ce divine a ordonn\u00e9 qu\u2019il y ait dans le monde cinq patriarches\u00a0: ceux de Rome, de Constantinople, d\u2019Alexandrie, d\u2019Antioche et de J\u00e9rusalem (&#8230;) (PG 120 col. 757). Le corps de l\u2019homme est dirig\u00e9 par une seule t\u00eate. Il a de nombreux membres, qui sont tous dirig\u00e9s par seulement cinq sens (&#8230;) Le corps du Christ, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00c9glise des fid\u00e8les, compos\u00e9 des diff\u00e9rents peuples, semblables \u00e0 des membres, et dirig\u00e9 par cinq sens, c\u2019est-\u00e0-dire ceux qu\u2019on appelle les grands si\u00e8ges, est dirig\u00e9 par une seule T\u00eate, le Christ Lui-m\u00eame (col. 760).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En l\u2019an 1200, le patriarche de Constantinople Jean X Kamateros remarquait dans une lettre au pape Innocent III, que les d\u00e9crets conciliaires ne fournissaient aucun fondement aux pr\u00e9tentions des \u00e9v\u00eaques romains\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous n\u2019y trouvons que l\u2019\u00e9num\u00e9ration [des \u00c9glises] et l\u2019ordre convenable, d\u2019apr\u00e8s lequel une est appel\u00e9e premi\u00e8re, une autre seconde, puis une troisi\u00e8me, etc. Mais ni par les sacr\u00e9s d\u00e9crets apostoliques, ni par leurs canons nous ne connaissons d\u2019\u00c9glises catholiques qui engloberaient et seraient la m\u00e8re des autres<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce n\u2019est que par la suite, du fait de certaines catastrophes historiques, de l\u2019affaiblissement consid\u00e9rable et de la diminution des antiques Patriarcats, plac\u00e9s dans une situation difficile, compte tenu, \u00e9galement, de la position dominante du si\u00e8ge de Constantinople, situ\u00e9 dans la capitale, que l\u2019\u00e9galit\u00e9 de fait entre le patriarche de Constantinople et les autres patriarches orientaux fut \u00e9lev\u00e9 en principe. La p\u00e9riode byzantine tardive, et plus particuli\u00e8rement la p\u00e9riode de la domination ottomane, furent marqu\u00e9es par des cas fr\u00e9quents d\u2019abus de pouvoir de la part des patriarches de Constantinople. Il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant que pratiquement tous les textes des primats de Constantinople cit\u00e9s par le patriarche Bartholom\u00e9e dans sa lettre remontent pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cette p\u00e9riode de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Remarquons en passant qu\u2019en citant le patriarche de Constantinople \u00ab\u00a0Calliste I \u00e0 propos de l\u2019affaire du patriarche de Tarnovo Germain II\u00a0\u00bb, le patriarche Bartholom\u00e9e commet une erreur singuli\u00e8re\u00a0: l\u2019histoire ne conna\u00eet pas de patriarche de Tyrnovo de ce nom, et le si\u00e8ge de cette ville, sous le patriarcat de Calliste I, \u00e9tait occup\u00e9 par le patriarche Th\u00e9odose II.<\/p>\n<p>Cependant, une anomalie canonique, caus\u00e9e par des \u00e9v\u00e8nements tragiques du pass\u00e9, ne peut \u00eatre \u00e9lev\u00e9e au rang de canon. Il est caract\u00e9ristique que m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9poque ottomane, lorsque les patriarches orientaux non seulement r\u00e9sidaient de longues p\u00e9riodes \u00e0 Istanbul, mais y \u00e9taient souvent \u00e9lus et intronis\u00e9s, l\u2019id\u00e9e de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous les patriarches restait vivace, comme en t\u00e9moigne, notamment, la pol\u00e9mique avec l\u2019h\u00e9t\u00e9rodoxie.<\/p>\n<p>Ainsi l\u2019encyclique des patriarches orientaux de 1848 consacre-t-elle de longs d\u00e9veloppements au th\u00e8me de la primaut\u00e9. Les pr\u00e9tentions des papes de Rome \u00e0 la pr\u00e9\u00e9minence dans l\u2019\u00c9glise du Christ y sont contest\u00e9es. Les auteurs de l\u2019Encyclique expliquent la pr\u00e9\u00e9minence de la premi\u00e8re chaire, aussi bien durant les premiers si\u00e8cles du christianisme qu\u2019au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, par la situation de ce si\u00e8ge, \u00e9tabli dans la capitale d\u2019un \u00e9tat, d\u2019abord l\u2019Empire romain, puis l\u2019Empire ottoman. Ce n\u2019\u00e9taient ni des droits sacr\u00e9s, ni un statut canonique particulier qui for\u00e7aient \u00e0 s\u2019adresser \u00e0 la capitale, Rome ou Constantinople, en cas de litige, mais le cours naturel des choses. Les d\u00e9cisions qui y \u00e9taient prises devaient l\u2019\u00eatre sous une forme fraternelle et non imp\u00e9rative, sans porter atteinte \u00e0 la libert\u00e9 des \u00c9glises locales, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 leur autoc\u00e9phalie. L\u2019Encyclique souligne particuli\u00e8rement que l\u2019entremise fraternelle du patriarche de Constantinople n\u2019\u00e9tait possible qu\u2019\u00e0 la demande expresse des primats des \u00c9glises locales, et ne pouvait leur \u00eatre impos\u00e9e<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li>La lettre qualifie l\u2019institut de la pentarchie de \u00ab\u00a0canoniquement immuable\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Cette caract\u00e9ristique est pour le moins \u00e9tonnante.<\/p>\n<p>La pentarchie ne doit pas son origine, comme on l\u2019a dit plus haut, aux canons eccl\u00e9siastiques, mais aux ordonnances de l\u2019empereur romain. En tant qu\u2019institution de l\u2019\u00e9tat, elle a donc perdu sa port\u00e9e apr\u00e8s la chute de l\u2019empire. En m\u00eame temps, au cours des si\u00e8cles, des modifications ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9es dans l\u2019ordre de la liste honorifique des patriarches orthodoxes. En 1590, au Concile de Constantinople, les patriarches orientaux ont accord\u00e9 au primat de l\u2019\u00c9glise russe la cinqui\u00e8me place dans les dyptiques, comme en t\u00e9moigne la charte d\u2019institution du Patriarcat en Rus\u2019\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Avons \u00e9tabli \u00e0 Moscou le seigneur Job et par la gr\u00e2ce du Saint Esprit lui avons remis la charte patriarcale et par ladite charte il est institu\u00e9 et proclam\u00e9 que l\u2019archev\u00eaque de Moscou r\u00e8gnera comme cinqui\u00e8me patriarche et aura la dignit\u00e9 patriarcale et l\u2019honneur d\u2019\u00eatre comm\u00e9mor\u00e9 et v\u00e9n\u00e9r\u00e9 avec les autres patriarches dans tous les si\u00e8cles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li>Pour confirmer l\u2019anciennet\u00e9 de \u00ab\u00a0la pratique antique de l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb, accordant au patriarche de Constantinople le droit de s\u2019immiscer dans les affaires des autres \u00c9glises, le patriarche Bartholom\u00e9e cite le Tomos de 1663, plus connu comme \u00ab\u00a0Manuscrit du pouvoir imp\u00e9rial et patriarcal\u00a0\u00bb, dans lequel les patriarches orientaux r\u00e9glaient les questions \u00ab\u00a0pos\u00e9es par le clerg\u00e9 de l\u2019\u00c9glise russe.\u00a0\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n<p>Ce document, d\u2019origine et de contenu douteux, est avant tout le t\u00e9moin de l\u2019usage d\u2019une \u00e9poque, celle de la domination ottomane, sous laquelle les patriarches orientaux, comme il a \u00e9t\u00e9 dit plus haut, se trouvaient de fait en \u00e9tat de subordination par rapport au patriarche de Constantinople. Cependant, ce document, lu attentivement, ne confirme pas les pr\u00e9tentions actuelles de Constantinople.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019en dise le patriarche Bartholom\u00e9e, le tomos de 1663 ne r\u00e9pond pas aux questions \u00ab\u00a0pos\u00e9es par le clerg\u00e9 de l\u2019\u00c9glise russe\u00a0\u00bb. Les chartes envoy\u00e9es aux quatre patriarches orientaux pour les inviter \u00e0 venir participer au Concile de Moscou, convoqu\u00e9 contre le patriarche Nikon, \u00e9tait sign\u00e9es uniquement du tsar Alexis Mikha\u00eflovitch, initiateur d\u2019une proc\u00e9dure judiciaire contre le patriarche de Moscou. Ni la hi\u00e9rarchie, ni le bas clerg\u00e9 de l\u2019\u00c9glise russe ne demandaient de r\u00e9ponses aux patriarches orientaux.<\/p>\n<p>Le Tomos de 1663 n\u2019a pas le statut de d\u00e9cret conciliaire. Les primats des \u00c9glises d\u2019Alexandrie et d\u2019Antioche, auxquels on porta une copie du Tomos, y appos\u00e8rent leur signature \u00e0 une date consid\u00e9rablement ult\u00e9rieure. On sait aussi que le patriarche Nectaire de J\u00e9rusalem n\u2019accepta pas de signer le document comme tel, mais r\u00e9digea une note, dans laquelle il d\u00e9clarait qu\u2019il \u00e9tait possible de d\u00e9poser n\u2019importe quel patriarche, y compris celui de Constantinople, par un tribunal de m\u00e9tropolites et d\u2019\u00e9v\u00eaques ce qui \u00e9tait, en fait, un d\u00e9saveu de la position exprim\u00e9e dans le document sur les droits particuliers du patriarche de Constantinople<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. L\u2019autorit\u00e9 de certains signataires du document n\u2019est pas non plus sans poser question. L\u2019un d\u2019eux le patriarche Macaire d\u2019Antioche, avait secr\u00e8tement \u00e9crit une lettre au pape de Rome en 1662, reconnaissant sa subordination. Ce seul fait oblige \u00e0 se demander si ce document est bien l\u2019expression de la tradition eccl\u00e9siale authentique et intacte.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, m\u00eame du point de vue du syst\u00e8me canonique pr\u00e9sent\u00e9 dans le Tomos de 1663, la conduite du patriache Bartholom\u00e9e dans la question ukrainienne exc\u00e8de les pouvoirs des patriarches de Constantinople mentionn\u00e9s dans le document. Ceci est confirm\u00e9 par la 8<sup>e<\/sup> question-r\u00e9ponse du Tomos, partiellement cit\u00e9e par le patriarche Bartholom\u00e9e. Elle se termine ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u0395\u1f30 \u03b4\u1f72 \u03c3\u03c5\u03bd\u03b1\u03b9\u03bd\u03bf\u1fe6\u03c3\u03b9 \u03ba\u03b1\u1f76 \u03bf\u1f31 \u03bb\u03bf\u03b9\u03c0\u03bf\u1f76 \u03a0\u03b1\u03c4\u03c1\u03b9\u03ac\u03c1\u03c7\u03b1\u03b9, \u03b5\u1f30 \u03c4\u03cd\u03c7\u03bf\u03bd \u03b5\u1f34\u03b7 \u03bc\u03b5\u03af\u03b6\u03c9\u03bd \u1f51\u03c0\u03cc\u03b8\u03b5\u03c3\u03b9\u03c2, \u1f00\u03bc\u03b5\u03c4\u03ac\u03b2\u03bb\u03b7\u03c4\u03bf\u03c2 \u1f14\u03c3\u03c4\u03b1\u03b9 \u1f21 \u1f10\u03be\u03b5\u03bd\u03b5\u03c7\u03b8\u03b5\u1fd6\u03c3\u03b1 \u1f00\u03c0\u03cc\u03c6\u03b1\u03c3\u03b9\u03c2\u00bb<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p><em>Et si les autres patriarches sont d\u2019accord, dans le cas o\u00f9 la question serait plus consid\u00e9rable, que la sentence rendue soit irr\u00e9versible. <\/em><\/p>\n<p>La m\u00eame id\u00e9e est reprise \u00e0 la fin de la 7<sup>e<\/sup> question-r\u00e9ponse\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u1f18\u1f70\u03bd \u03b4\u1f72 \u03c0\u03b5\u03c1\u1f76 \u1f67\u03bd \u1f10\u03b3\u03ba\u03b1\u03bb\u03b5\u1fd6\u03c4\u03bf, \u1f14\u03ba\u03ba\u03bb\u03b7\u03c4\u03bf\u03bd \u03ba\u03b1\u03bb\u03ad\u03c3\u1fc3 \u1f00\u03c0\u1f78 \u03c4\u03bf\u1fe6 \u03b8\u03c1\u03cc\u03bd\u03bf\u03c5 \u03c4\u1fc6\u03c2 \u039a\u03c9\u03bd\u03c3\u03c4\u03b1\u03bd\u03c4\u03b9\u03bd\u03bf\u03c5\u03c0\u03cc\u03bb\u03b5\u03c9\u03c2, \u03c4\u1f74\u03bd \u1f00\u03c0\u03cc\u03c6\u03b1\u03c3\u03b9\u03bd \u1f10\u03ba\u03b4\u03b5\u03ba\u03c4\u03ad\u03bf\u03bd. \u0395\u1f30 \u03b4\u1f72 \u03c3\u03c5\u03bd\u03b1\u03b9\u03bd\u03ad\u03c3\u03b5\u03b9\u03b5\u03bd \u03ba\u03b1\u1f76 \u03bf\u1f31 \u03bb\u03bf\u03b9\u03c0\u03bf\u1f76 \u03a0\u03b1\u03c4\u03c1\u03b9\u03ac\u03c1\u03c7\u03b1\u03b9, \u03bf\u1f50\u03b4\u03b5\u03bc\u03af\u03b1\u03c2 \u1f14\u03c4\u03b9 \u03c0\u03c1\u03bf\u03c6\u03ac\u03c3\u03b5\u03c9\u03c2 \u03bb\u03b5\u03af\u03c0\u03b5\u03c4\u03b1\u03b9 \u03c7\u03ce\u03c1\u03b1, \u03c0\u03b5\u03c1\u1f76 \u1f67\u03bd \u1f10\u03b3\u03ba\u03b1\u03bb\u03b5\u1fd6\u03c4\u03b1\u03b9\u00bb<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p><em>Et s\u2019il fait appel au si\u00e8ge de Constantinople des charges produites contre lui, il convient d\u2019attendre la sentence. Si les autres patriarches l\u2019approuvent, il ne lui reste plus d\u2019autres subterfuges concernant les accusations port\u00e9es contre lui.<\/em><\/p>\n<p>Ainsi, suivant le Tomos, les d\u00e9cisions du Patriarcat de Constantinople, premi\u00e8rement ne sont pas d\u00e9finitives\u00a0; deuxi\u00e8mement, pour qu\u2019elles le deviennent, l\u2019accord \u00ab\u00a0des autres patriarches\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des primats de toutes les \u00c9glises orthodoxes locales, est n\u00e9cessaire. Ces points du document peuvent donc difficilement servir de confirmation \u00e0 l\u2019existence d\u2019un droit sp\u00e9cifique des patriarches de Constantinople \u00e0 s\u2019immiscer dans les affaires internes d\u2019une autre \u00c9glise locale, sans se soucier ni de l\u2019accord des autres \u00c9glises, ni de leur d\u00e9sapprobation clairement exprim\u00e9e.<\/p>\n<p>Le patriarche Bartholom\u00e9e argumente de fa\u00e7on tr\u00e8s arbitraire sa position en citant la 21<sup>e<\/sup> question-r\u00e9ponse, qui montre que le m\u00e9tropolite ou le patriarche rel\u00e8ve de la comp\u00e9tence judiciaire des \u00e9v\u00eaques de son \u00c9glise, et ne se rapporte donc nullement \u00e0 des droits particuliers du primat de Constantinople.<\/p>\n<p>La 22<sup>e<\/sup> question-r\u00e9ponse, \u00e9galement mentionn\u00e9e dans la lettre du patriarche Bartholom\u00e9e, dit que si un \u00e9v\u00eaque d\u00e9cide d\u2019user de son droit d\u2019appel \u00e0 \u00ab\u00a0une instance sup\u00e9rieure\u00a0\u00bb, \u00e9tant \u00e0 ce moment condamn\u00e9 par \u00e9crit par le patriarche de Constantinople et par les autres, cet \u00e9v\u00eaque ne dispose d\u00e9j\u00e0 plus du droit d\u2019appel. De fa\u00e7on caract\u00e9ristique, cette norme non seulement d\u00e9nonce les mesures prises par le patriarche Bartholom\u00e9e en faveur de Michel (Philar\u00e8te) Denissenko, dans le cas du recours de ce dernier en octobre 2018, mais les interdit positivement. La d\u00e9position de l\u2019ex-m\u00e9tropolite de Kiev Philar\u00e8te Denissenko par le Concile \u00e9piscopal de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe, avait \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9e par \u00e9crit d\u00e8s les ann\u00e9es 1990 par les patriarches de la majorit\u00e9 des \u00c9glises locales, y compris par le patriarche Bartholom\u00e9e lui-m\u00eame. A la suite de quoi, selon la 22<sup>e<\/sup> question-r\u00e9ponse, l\u2019ancien m\u00e9tropolite de Kiev a perdu le droit de faire appel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"5\">\n<li>Selon le patriarche Bartholom\u00e9e, l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine a la responsabilit\u00e9 \u00ab\u00a0en tant que tuteur\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0arbitre\u00a0\u00bb de r\u00e9soudre les \u00ab\u00a0litiges entre les saintes \u00c9glises de Dieu\u00a0\u00bb, de renforcer \u00ab\u00a0les mesures parfois insuffisantes des dirigeants spirituels de certaines \u00c9glises\u00a0\u00bb et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, de pr\u00e9venir \u00ab\u00a0tout danger moral et mat\u00e9riel, mena\u00e7ant la prosp\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb des \u00c9glises locales. Par ailleurs, l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine aurait le droit d\u2019intervenir tant \u00ab\u00a0de son plein gr\u00e9 et par le sentiment de son devoir\u00a0\u00bb qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e0 la demande des int\u00e9ress\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Ces pr\u00e9tentions, justifiant l\u2019ing\u00e9rence unilat\u00e9rale et non concert\u00e9e dans les affaires de n\u2019importe quelle \u00c9glise autoc\u00e9phale \u00e0 n\u2019importe quel sujet, ne sont \u00e9videmment pas confirm\u00e9es par les canons. Bien plus, elles sont formellement contraires aux normes eccl\u00e9siastiques fondamentales, qui interdisent aux \u00e9v\u00eaques d\u2019une \u00c9glise de se m\u00ealer des affaires d\u2019une autre. Il est inutile d\u2019ajouter que personne n\u2019a jamais accord\u00e9 au patriarche de Constantinople le droit de d\u00e9terminer \u00ab\u00a0l\u2019insuffisance des mesures\u00a0\u00bb prises par les primats d\u2019autres \u00c9glises, personne ne lui a impos\u00e9 l\u2019obligation de mettre en \u00e9vidence des \u00ab\u00a0dangers\u00a0\u00bb et de les pr\u00e9venir. En m\u00eame temps, l\u2019histoire conna\u00eet plus d\u2019un cas o\u00f9 les actes et la doctrine des patriarches de Constantinople eux-m\u00eames ont constitu\u00e9 une v\u00e9ritable menace pour l\u2019Orthodoxie. Ainsi, pour mettre fin aux troubles provoqu\u00e9s par les erreurs du primat de l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine, il fallut convoquer le III<sup>e<\/sup> Concile \u0153cum\u00e9nique, qui condamna l\u2019h\u00e9r\u00e9sie du patriarche Nestorius, tandis qu\u2019une d\u00e9l\u00e9gation des p\u00e8res Conciliaires r\u00e9unis \u00e0 Constantinople lui \u00e9lisait un successeur orthodoxe en la personne de Maximin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"6\">\n<li>La lettre du patriarche Bartholom\u00e9e affirme que \u00ab\u00a0certains ont interpr\u00e9t\u00e9 par erreur\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0les efforts et les initiatives interorthodoxes\u00a0\u00bb entreprises par le Patriarcat de Constantinole \u00ab\u00a0au si\u00e8cle pass\u00e9 et en ce si\u00e8cle&#8230; comme un abandon de son immuable responsabilit\u00e9 en m\u00eame temps que de ses privil\u00e8ges diaconaux, au nom d\u2019une pr\u00e9tendue f\u00e9d\u00e9ration parlementaire d\u2019\u00c9glises locales particuli\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ol>\n<p>L\u2019abandon de la coll\u00e9gialit\u00e9 au profit du principe monarchique d\u2019organisation eccl\u00e9siale est \u00e9vident dans cette th\u00e8se. Les patriarches de Constantinople ent\u00e9rinent leur refus de jouer le r\u00f4le de coordinateur dans le monde orthodoxe, qu\u2019ils avaient souvent mis en avant dans le pass\u00e9, et proclament de fait la monarchie des primats de l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine sous couvert de \u00ab\u00a0responsabilit\u00e9 immuable\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0privil\u00e8ges diaconaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me de direction coll\u00e9giale de l\u2019\u00c9glise est appel\u00e9 avec m\u00e9pris \u00ab\u00a0f\u00e9d\u00e9ration parlementaire\u00a0\u00bb dans la lettre du patriarche Bartholom\u00e9e. On remarquera, n\u00e9anmoins, que la comparaison de l\u2019\u00c9glise orthodoxe \u00e0 une \u00ab\u00a0f\u00e9d\u00e9ration\u00a0\u00bb est largement utilis\u00e9e dans la litt\u00e9rature th\u00e9ologique des XIX<sup>e<\/sup> \u2013 XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles. Imparfaite, comme tout mod\u00e8le abstrait, elle est cependant entr\u00e9e dans le vocabulaire th\u00e9ologique uniquement comme instrument de critique du monarchisme eccl\u00e9siastique romain<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Cet usage du mot, nettement limit\u00e9 \u00e0 cet emploi, n\u2019a jamais suscit\u00e9 \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 par personne. Bien plus, durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les hi\u00e9rarques du Patriarcat de Constantinople eux-m\u00eames ont eu largement recours aux images de la \u00ab\u00a0f\u00e9d\u00e9ration\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0d\u00e9mocratisme\u00a0\u00bb pour d\u00e9crire le mod\u00e8le de l\u2019\u00c9glise orthodoxe. Le m\u00e9tropolite Germain (Strinopoulos) de S\u00e9leuque, par exemple, dans son discours \u00e0 l\u2019intronisation du patriarche M\u00e9l\u00e8ce de Constantinople, en 1922, appelait le patriarcat de Constantinople \u00ab\u00a0\u00e9glise-m\u00e8re, centre o\u00f9 confluent et d\u2019o\u00f9 prennent leur source toutes les \u00c9glises orthodoxes, qui composent un seul corps\u00a0\u00bb, tout en constatant plus loin\u00a0: \u00ab\u00a0Parlant ainsi, je n\u2019introduit nullement une monarchie papiste et la concentration de tous les pouvoirs eccl\u00e9siaux entre les mains d\u2019une seule \u00c9glise locale ou d\u2019un individu, foulant ainsi manifestement aux pieds les coutumes \u00e9ternelles\u00a0: l\u2019organisation d\u00e9mocratique et f\u00e9d\u00e9rative (\u03b4\u03b7\u03bc\u03bf\u03ba\u03c1\u03b1\u03c4\u03b9\u03ba\u03bf\u1fe6 \u03ba\u03b1\u1f76 \u1f41\u03bc\u03bf\u03c3\u03c0\u03bf\u03bd\u03b4\u03b9\u03b1\u03ba\u03bf\u1fe6 \u03c0\u03bf\u03bb\u03b9\u03c4\u03b5\u1f7b\u03bc\u03b1\u03c4\u03bf\u03c2) dont l\u2019\u00c9glise orthodoxe s\u2019est toujours ennorgueillie<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.\u00a0\u00bb Le patriarche M\u00e9l\u00e8ce, quant \u00e0 lui, appelait le pape de Rome non le \u00ab\u00a0chef\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9glise chr\u00e9tienne, mais \u00ab\u00a0le primat de la f\u00e9d\u00e9ration chr\u00e9tienne\u00a0\u00bb (\u03a0\u03c1\u03bf\u1f73\u03b4\u03c1\u03bf\u03c5 \u03c4\u1fc6\u03c2 \u03a7\u03c1\u03b9\u03c3\u03c4\u03b9\u03b1\u03bd\u03b9\u03ba\u1fc6\u03c2 \u1f49\u03bc\u03bf\u03c3\u03c0\u03bf\u03bd\u03b4\u1f77\u03b1\u03c2)<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. L\u2019abandon, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, de l\u2019image tout \u00e0 fait compr\u00e9hensible et limit\u00e9e de la f\u00e9d\u00e9ration pour d\u00e9crire le mod\u00e8le de l\u2019\u00c9glise orthodoxe, est symptomatique\u00a0: certains hi\u00e9rarques et th\u00e9ologiens du Patriarcat de Constantinople, le patriarche Bartholom\u00e9e en t\u00eate, ont remis en question leur vision de l\u2019organisation de l\u2019\u00c9glise, s\u2019\u00e9tant assimil\u00e9 le mod\u00e8le monarchique que leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs avaient syst\u00e9matiquement critiqu\u00e9 durant plus d\u2019un mill\u00e9naire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"7\">\n<li>Dans la lettre du patriarche Bartholom\u00e9e, l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine est proclam\u00e9e \u00ab\u00a0nourrice commune des orthodoxes\u00a0\u00bb. Il lui est donn\u00e9 le droit non seulement d\u2019octroyer le statut d\u2019autoc\u00e9phalie, mais aussi de d\u00e9finir \u00e0 sa discr\u00e9tion le contenu de ce dernier dans chaque cas particulier.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Or, on sait que le droit canonique de l\u2019\u00c9glise orthodoxe ne contient aucune norme d\u00e9finissant la proc\u00e9dure de proclamation et de reconnaissance de l\u2019autoc\u00e9phalie. Le Patriarcat de Constantinople n\u2019a aucun droit \u00e0 s\u2019appeler \u00ab\u00a0nourrice commune des orthodoxes\u00a0\u00bb\u00a0: historiquement, les primats de l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine ne d\u00e9terminaient pas eux-m\u00eames les fronti\u00e8res ni des autres \u00c9glises, ni m\u00eame les leurs.<\/p>\n<p>Pendant la p\u00e9riode byzantine, tous les changements de statut des m\u00e9tropoles du Patriarcat de Constantinople, de m\u00eame que les modifications territoriales du Patriarcat lui-m\u00eame, ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s sur ordonnance des empereurs et \u00e0 leur initiative. La juridiction du patriarche de Constantinople est \u00e9tablie par une ordonnance de l\u2019empereur Marcien (450-457), sur la base du 28<sup>e<\/sup> canon du IV<sup>e<\/sup> Concile \u0153cum\u00e9nique de Chalc\u00e9doine, dans les limites des dioc\u00e8ses de Thrace, d\u2019Asie et du Pont de l\u2019Empire Romain. Par la suite, le territoire canonique du Patriarcat de Constantinople n\u2019a cess\u00e9n tant\u00f4t de s\u2019\u00e9largir, tant\u00f4t de r\u00e9tr\u00e9cir. Ainsi, au VIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les empereurs iconoclastes soumirent \u00e0 la juridiction du Patriarcat de Constantinople les territoires de l\u2019Illyrie orientale, de l\u2019Italie m\u00e9ridionale et de la Sicile. A l\u2019\u00e9poque ottomane, les autorit\u00e9s inclurent \u00e0 la juridiction de l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine les r\u00e9gions des patriarcats de Tarnono et de Pe\u010d, liquid\u00e9s par les Ottomans, en plus des territoires que le patriarche de Constantinople continuait \u00e0 diriger suivant les d\u00e9cisions prises auparavant par les empereurs byzantins.<\/p>\n<p>Suivant l\u2019usage byzantin, fond\u00e9 sur la pr\u00e9rogative de l\u2019empereur fix\u00e9e par les lois romaines, \u00e0 s\u2019occuper \u00ab\u00a0des choses divines\u00a0\u00bb (res divinae) comme \u00e9tant de droit public, l\u2019empereur, en tant que \u00ab\u00a0ma\u00eetre de l\u2019univers\u00a0\u00bb (\u03b4\u03b5\u03c3\u03c0\u03cc\u03c4\u03b7\u03c2 \u03c4\u1fc6\u03c2 \u03bf\u1f30\u03ba\u03bf\u03c5\u03bc\u03ad\u03bd\u03b7\u03c2) dirigeait les affaires ext\u00e9rieures de certaines \u00c9glises locales qui, suivant la terminologie byzantine, \u00e9taient appel\u00e9es \u00ab\u00a0\u0153cum\u00e9niques\u00a0\u00bb (\u03bf\u1f30\u03ba\u03bf\u03c5\u03bc\u03b5\u03bd\u03b9\u03ba\u03b1\u03af \u0438\u043b\u0438 \u03b1\u1f31 \u1f00\u03bd\u1f70 \u03c0\u1fb6\u03c3\u03b1\u03bd \u03c4\u1f74\u03bd \u03bf\u1f30\u03ba\u03bf\u03c5\u03bc\u03ad\u03bd\u03b7\u03bd \u1f10\u03ba\u03ba\u03bb\u03b7\u03c3\u03af\u03b1\u03b9).<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence de quoi, l\u2019empereur fondait aussi bien de nouvelles m\u00e9tropoles que des \u00c9glises autoc\u00e9phales enti\u00e8res, comprenant les territoires de plusieurs m\u00e9tropoles, et dirig\u00e9es par des archev\u00eaques. Citons notamment l\u2019octroi de privil\u00e8ges \u00e0 l\u2019\u00c9glise de la Premi\u00e8re Justinienne<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a> en 533 par l\u2019empereur Justinien, l\u2019octroi de l\u2019autoc\u00e9phalie \u00e0 l\u2019\u00c9glise de Ravenne<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a> par l\u2019empereur Constant II en 666, la reconnaissance en 927 de l\u2019autoc\u00e9phalie de l\u2019\u00c9glise bulgare<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a> par les empereurs Constantin VII Porphyrog\u00e9n\u00e8te et Romain I L\u00e9cap\u00e8ne, la cr\u00e9ation en 1018 de l\u2019archev\u00each\u00e9 d\u2019Ochrid<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a> par l\u2019empereur Basile II, l\u2019octroi de l\u2019autoc\u00e9phalie \u00e0 l\u2019\u00c9glise serbe en 1219 par l\u2019empereur Th\u00e9odore Laskaris.<\/p>\n<p>L\u2019octroi unilat\u00e9ral du statut d\u2019autoc\u00e9phalie aux \u00c9glises de Gr\u00e8ce, de Roumanie, de Serbie et de quelques autres au XIX<sup>e<\/sup> et au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles rel\u00e8vent d\u2019un usage exclusivement moderne, auquel on ne trouverait pas de fondements dans les canons eccl\u00e9siastiques de l\u2019\u00e9poque des Conciles \u0153cum\u00e9niques. En m\u00eame temps, historiquement parlant, le Patriarcat de Constantinople n\u2019est pas la seule \u00c9glise \u00e0 avoir octroy\u00e9 l\u2019autoc\u00e9phalie hors des limites de l\u2019empire. Ainsi, l\u2019\u00c9glise g\u00e9orgienne a re\u00e7u son autoc\u00e9phalie de l\u2019\u00c9glise d\u2019Antioche, comme en t\u00e9moigne Balsamon\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019\u00c9glise g\u00e9orgienne a \u00e9t\u00e9 honor\u00e9e par la d\u00e9cision du Concile d\u2019Antioche\u00a0: car on peut lire que sous le patriarche de Th\u00e9oupolis et d\u2019Antioche la Grande, le Seigneur Pierre, fut prise cette d\u00e9cision conciliaire\u00a0: que soit libre et autoc\u00e9phale l\u2019\u00c9glise de G\u00e9orgie, soumise jusqu\u2019alors au patriarche d\u2019Antioche.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"8\">\n<li>Poursuivant sur le th\u00e8me de l\u2019autoc\u00e9phalie, le patriarche Bartholom\u00e9e qualifie d\u2019erron\u00e9e l\u2019id\u00e9e \u00ab\u00a0de [l\u2019existence] d\u2019\u00c9glises locales ind\u00e9pendantes\u00a0\u00bb, pr\u00e9cisant que les statuts d\u2019autoc\u00e9phalie \u00ab\u00a0ne sont pas un syst\u00e8me inamovible et statique, mais adapt\u00e9 avec beaucoup de pr\u00e9cautions aux n\u00e9cessit\u00e9s pastorales de l\u2019\u00e9poque\u00a0\u00bb. Les \u00c9glises autoc\u00e9phalies existant actuellement, le patriarche les d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0contemporaines et pr\u00e9tendument autoc\u00e9phales\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Le mod\u00e8le eccl\u00e9siologique propos\u00e9 par le patriarche Bartholom\u00e9e introduit une hi\u00e9rarchie d\u2019\u00c9glises \u00e0 la t\u00eate desquelles se tient le Patriarcat de Constantinople, \u00ab\u00a0arbitre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0tuteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0nourrice commune des orthodoxes\u00a0\u00bb. La seconde place revient aux \u00c9glises antiques dont le statut, fix\u00e9 dans les actes des Conciles \u0153cum\u00e9niques, est respect\u00e9, ce qui n\u2019exclue pas, cependant, la possibilit\u00e9 d\u2019une intervention dans leurs affaires int\u00e9rieures de la part de Constantinople. Enfin, la derni\u00e8re marche de cette hi\u00e9rarchie est occup\u00e9e par \u00ab\u00a0les pr\u00e9tendues autoc\u00e9phalies\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire par le reste des \u00c9glises orthodoxes autoc\u00e9phales, dont le statut et l\u2019\u00e9tendue des pouvoirs est enti\u00e8rement d\u00e9termin\u00e9 par le Patriarcat de Constantinople, ce qui peut aller jusqu\u2019\u00e0 la suppression de ces \u00c9glises par une d\u00e9cision arbitraire du Synode \u00e0 Istanbul.<\/p>\n<p>Cette conception d\u00e9pr\u00e9cie compl\u00e8tement la notion d\u2019autoc\u00e9phalie et est contraire \u00e0 l\u2019eccl\u00e9siologie orthodoxe. Nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 des droits \u00e9gaux par principe de tous les Patriarcats, m\u00eame dans le cadre de l\u2019institut de la Pentarchie existant \u00e0 l\u2019\u00e9poque byzantine et \u00e0 laquelle renvoie le patriarche Bartholom\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"9\">\n<li>Le patriarche Bartholom\u00e9e, pour justifier les d\u00e9cisions prises en faveur des schismatiques ukrainiens, admis \u00e0 la communion de l\u2019\u00c9glise \u00ab\u00a0dans leur rang eccl\u00e9siastique\u00a0\u00bb, \u00e9voque le pr\u00e9c\u00e9dent du schisme des M\u00e9l\u00e9tiens, auquel il fut mis fin au Premier Concile \u0153cum\u00e9nique, d\u00e9clarant que les \u00e9v\u00eaques m\u00e9l\u00e9tiens, ayant \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s dans le schisme \u00ab\u00a0ont \u00e9t\u00e9 admis dans leur rang, sans r\u00e9ordination.\u00a0\u00bb Pour appuyer sa position, le patriarche se r\u00e9f\u00e8re au trait\u00e9 du m\u00e9tropolite Basile (Asteriou) d\u2019Anchialos, n\u2019indiquant d\u2019ailleurs pas correctement la date de sa publication (1887, au lieu de 1877 comme dans la lettre).<\/li>\n<\/ol>\n<p>Pourtant, les documents du Concile de Nic\u00e9e n\u2019\u00e9tayent pas cette affirmation du patriarche Bartholom\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans la lettre du Concile consacr\u00e9e \u00e0 ce sujet, il est question de la r\u00e9ception dans la communion de l\u2019\u00c9glise \u00ab\u00a0<strong>des \u00e9v\u00eaques consacr\u00e9s par lui<\/strong> [c\u2019est-\u00e0-dire par l\u2019\u00e9v\u00eaque M\u00e9l\u00e8ce de Lycopolis] et <strong>confirm\u00e9s par une ordination plus sacr\u00e9e<\/strong>\u00a0[\u03bc\u03c5\u03c3\u03c4\u03b9\u03ba\u03c9\u03c4\u03ad\u03c1\u1fb3 \u03c7\u03b5\u03b9\u03c1\u03bf\u03c4\u03bf\u03bd\u03af\u1fb3 \u03b2\u03b5\u03b2\u03b1\u03b9\u03c9\u03b8\u03ad\u03bd\u03c4\u03b1\u03c2] \u00bb. Remarquons que le patriarche Bartholom\u00e9e, \u00e0 la suite du m\u00e9tropolite Basile d\u2019Anchialos, reprend les r\u00e9flexions de saint Th\u00e9odore Studite, selon lequel les personnes revenant du schisme des M\u00e9l\u00e9tiens \u00e9taient re\u00e7ues dans l\u2019\u00c9glise sans re-bapt\u00eame, ni confirmation jusqu\u2019au VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Cependant, le m\u00e9tropolite Basile (Asteriou), dans le trait\u00e9 duquel, selon le patriarche Bartholom\u00e9e, \u00ab\u00a0est reproduit la position s\u00e9culaire de l\u2019\u00c9glise orthodoxe\u00a0\u00bb sur la question de la validit\u00e9 des ordinations schismatiques, ajoute un \u00e9l\u00e9ment important\u00a0: \u00ab\u00a0n\u00e9anmoins, il est probable que ceux qui revenaient de ce schisme [des M\u00e9l\u00e9tiens] \u00e9taient confirm\u00e9s dans leurs ordres sacr\u00e9s par une pri\u00e8re de chiroth\u00e9sie, suivant une r\u00e9solution du Premier Concile \u0153cum\u00e9nique, exprim\u00e9e dans la lettre synodale susdite et dans le 8<sup>e<\/sup> canon<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Qu\u2019une d\u00e9cision conciliaire \u00e9tait insuffisante pour reconna\u00eetre les chirotonies effectu\u00e9es dans le schisme, c\u2019est ce qu\u2019affirme justement le 8<sup>e<\/sup> canon du Premier Concile \u0153cum\u00e9nique, consacr\u00e9 au schisme des Novatiens, auquel se r\u00e9f\u00e8re \u00e9galement le patriarche Bartholom\u00e9e. Suivant ce canon, les clercs revenant des Novatiens \u00e9taient admis dans l\u2019\u00c9glise apr\u00e8s c\u00e9l\u00e9bration de la chiroth\u00e9sie (\u1f65\u03c3\u03c4\u03b5 \u03c7\u03b5\u03b9\u03c1\u03bf\u03b8\u03b5\u03c4\u03bf\u03c5\u03bc\u03ad\u03bd\u03bf\u03c5\u03c2 \u03b1\u1f50\u03c4\u03bf\u03cd\u03c2) et \u00e0 condition qu\u2019ils aient confess\u00e9 la foi orthodoxe par \u00e9crit. Ainsi, dans les deux cas, la r\u00e9ception des clercs schismatiques dans la communion eccl\u00e9siale avait lieu au cas par cas. La conc\u00e9l\u00e9bration avec les schismatiques ukrainiens et l\u2019entr\u00e9e en communion eucharistique avec eux sur le base de la seule r\u00e9solution synodale de l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine, sans confirmation et m\u00eame sans examen de la pr\u00e9sence de la succession apostolique dans les ordinations effectu\u00e9es dans le schisme n\u2019a rien \u00e0 voir avec le r\u00e8glement des schismes de M\u00e9l\u00e8ce et des Novatiens.<\/p>\n<p>Les exemples produits par le patriarche Bartholom\u00e9e sont incorrects dans la mesure o\u00f9 la question m\u00eame de la r\u00e9ception d\u2019un \u00e9v\u00eaque schismatique dans son rang n\u2019est possible que si la succession apostolique n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 interrompue\u00a0; or, une partie de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9piscopat\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9glise orthodoxe d\u2019Ukraine\u00a0\u00bb reconnue par Constantinople, en est d\u00e9pourvue. La cons\u00e9cration de la majorit\u00e9 des \u00ab\u00a0\u00e9v\u00eaques\u00a0\u00bb de l\u2019ex-\u00c9glise orthodoxe ukrainienne autoc\u00e9phale, qui font d\u00e9sormais partie de \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9glise orthodoxe d\u2019Ukraine\u00a0\u00bb, remonte \u00e0 deux individus\u00a0: l\u2019ancien \u00e9v\u00eaque de Jitomir Jean (Bodnartchouk), r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tat la\u00efc, et l\u2019imposteur Victor (Vincent) Tchekaline, qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 \u00e9v\u00eaque, m\u00eame dans le schisme. De toute \u00e9vidence les cons\u00e9crations effectu\u00e9es par ces individus ne peuvent en aucun cas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme valides.<\/p>\n<p>Il importe aussi de remarquer que le 8<sup>e<\/sup> canon et la Lettre conciliaire du Premier Concile \u0153cum\u00e9nique, mentionn\u00e9s plus haut, limitent consid\u00e9rablement les droits des anciens \u00e9v\u00eaques schismatiques ayant rejoint l\u2019\u00c9glise\u00a0: ils sont plac\u00e9s en situation de d\u00e9pendance par rapport aux \u00e9v\u00eaques orthodoxes d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s canoniquement. Partant de cette logique, les dirigeants des groupes schismatiques en Ukraine, au cas o\u00f9 ils se se seraient repentis et seraient revenus \u00e0 l\u2019\u00c9glise auraient pu \u00eatre nomm\u00e9s vicaires d\u2019\u00e9v\u00eaques dioc\u00e9sains de l\u2019\u00c9glise orthodoxe Ukraine, ou mis en retraite. Cependant, le Patriarcat de Constantinople, en s\u2019immis\u00e7ant arbitrairement dans la situation de l\u2019\u00c9glise en Ukraine, a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ignorer totalement l\u2019\u00c9glise orthodoxe ukrainienne canonique. En d\u00e9pit du 8<sup>e<\/sup> canon de Nic\u00e9e, qui interdit de cr\u00e9er une structure eccl\u00e9siale parall\u00e8le d\u2019\u00e9v\u00eaques ayant rejoint l\u2019\u00c9glise apr\u00e8s un schisme, Constantinople a justement cr\u00e9\u00e9 une structure semblable en Ukraine. Bien plus, m\u00eame dans le cadre de \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9glise orthodoxe d\u2019Ukraine\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0\u00e9v\u00eaques\u00a0\u00bb et les dioc\u00e8ses de ce qui furent jadis deux groupes schismatiques continuent \u00e0 exister parall\u00e8lement les uns aux autres, et deux \u00ab\u00a0hi\u00e9rarques\u00a0\u00bb portent le titre de primat de \u00ab\u00a0Kiev et de toute l\u2019Ukraine\u00a0\u00bb qui ne peut d\u2019ailleurs appartenir ni \u00e0 l\u2019un, ni \u00e0 l\u2019autre, puisqu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 port\u00e9 par le b\u00e9atissime m\u00e9tropolite de Kiev et de toute l\u2019Ukraine l\u00e9gitime, Mgr Onuphre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"10\">\n<li>Dans sa lettre, le patriarche Bartholom\u00e9e compare le schisme ukrainien au schisme gr\u00e9co-bulgare, ainsi qu\u2019\u00e0 la division entre l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe et l\u2019\u00c9glise russe hors-fronti\u00e8res.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Il n\u2019y a pourtant gu\u00e8re de rapports entre ces exemple et le schisme autoc\u00e9phale en Ukraine.<\/p>\n<p>Le cas ukrainien est un schisme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une \u00c9glise locale, dans laquelle quelques \u00e9v\u00eaques r\u00e9duits \u00e0 l\u2019\u00e9tat la\u00efc ont cr\u00e9\u00e9 une hi\u00e9rarchie parall\u00e8le non canonique, en l\u2019absence de soutien de la part de la majorit\u00e9 absolue de l\u2019\u00e9piscopat, du clerg\u00e9 et des la\u00efcs. Dans le cas du schisme gr\u00e9co-bulgare, il s\u2019agit d\u2019une \u00c9glise locale enti\u00e8re rompant la communion avec l\u2019Orthodoxie universelle dans son ensemble.<\/p>\n<p>La r\u00e9duction \u00e0 l\u2019\u00e9tat la\u00efc des leaders du schisme ukrainien par le Concile \u00e9piscopal de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe a \u00e9t\u00e9 reconnue par \u00e9crit par les primats des \u00c9glises orthodoxes locales, notamment, jusqu\u2019\u00e0 une date r\u00e9cente, par le Patriarcat de Constantinople. Au contraire, les sanctions impos\u00e9es par l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine \u00e0 tous les hi\u00e9rarques, clercs et la\u00efcs de l\u2019Exarchat bulgare, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9es dans l\u2019ensemble du monde orthodoxe. Pour la premi\u00e8re fois, le Patriarcat de Constantinople a impos\u00e9 des sanctions aux Bulgares en 1872, mais, d\u00e8s ao\u00fbt-septembre, il dut convoquer un Concile pour donner \u00e0 cette d\u00e9cision une dimension panorthodoxe. En dehors du patriarche de Constantinople, les primats des \u00c9glises d\u2019Alexandrie, d\u2019Antioche, de J\u00e9rusalem et de Chypre particip\u00e8rent \u00e0 cette assembl\u00e9e. L\u2019\u00c9glise russe n\u2019y participa pas, et ne r\u00e9pondit pas \u00e0 la lettre du patriarche de Constantinople Anth\u00e8me VI sur la proclamation du schisme. Consid\u00e9rant comme insuffisantes les raisons invoqu\u00e9es pour proclamer l\u2019Exarchat bulgare schismatique, l\u2019\u00c9glise russe, bien qu\u2019elle n\u2019entret\u00eent pas la communion avec lui, s\u2019effor\u00e7ait d\u2019obtenir la fin de son isolement, ce qui s\u2019exprima, notamment, par le don de Saint Chr\u00e8me aux Bulgares par plusieurs hi\u00e9rarques russes et m\u00eame, dans plusieurs cas, par la conc\u00e9l\u00e9bration de clercs russes et bulgares. Parmi les participants du Concile de Constantinople de 1872, tous ne soutinrent pas l\u2019accusation de schisme. Le patriarche Cyrille II de J\u00e9rusalem refusa de signer les d\u00e9crets du Concile. En m\u00eame temps, les membres du Synode de l\u2019\u00c9glise antiochienne d\u00e9sapprouv\u00e8rent la signature de ce document par le patriarche Hi\u00e9roth\u00e9e d\u2019Antioche.<\/p>\n<p>La comparaison du schisme ukrainien avec la division entre l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe hors-fronti\u00e8res et l\u2019\u00c9glise russe proprement dite, surmont\u00e9e en 2007 est encore moins fond\u00e9e. Les hi\u00e9rarques de l\u2019\u00c9glise hors-fronti\u00e8res, durant toute la p\u00e9riode de leur existence autonome, n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits \u00e0 l\u2019\u00e9tat la\u00efc par l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe. La succession apostolique des \u00e9v\u00eaques de l\u2019EORHF n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 remise en question par personne, en cons\u00e9quence de quoi, les hi\u00e9rarques et les clercs de l\u2019EORHF qui changeaient de juridiction \u00e9taient re\u00e7us selon leur rang. L\u2019\u00c9glise russe hors-fronti\u00e8res demeuraient en m\u00eame temps en communion partielle ou pl\u00e9ni\u00e8re avec le Patriarcat de J\u00e9rusalem et l\u2019\u00c9glise orthodoxe serbe. Des hi\u00e9rarques de l\u2019EORHF conc\u00e9l\u00e9braient avec des repr\u00e9sentants du Patriarcat de Constantinople (l\u2019archev\u00eaque Antoine (Bartochevitch) conc\u00e9l\u00e9bra ainsi avec le m\u00e9tropolite \u00c9milien (Timiadis) de Calabre). Par contraste avec les actes de Constantinople, la pr\u00e9paration \u00e0 la restauration de l\u2019unit\u00e9 canonique entre le Patriarcat de Moscou et de l\u2019EORHF dura plusieurs ann\u00e9es, car il paraissait \u00e9vident qu\u2019il fallait \u00a0proc\u00e9der \u00e0 une \u00e9tude canonique minutieuse de toutes les conditions \u00e0 la restauration de cette unit\u00e9. Notamment, concernant plusieurs hi\u00e9rarques de l\u2019\u00c9glise russe hors-fronti\u00e8res qu\u2019elle avait re\u00e7us en leur temps sans lettre de cong\u00e9 de leurs \u00c9glises orthodoxes locales, il fallut demander l\u2019autorisation canonique de leur hi\u00e9rarchie pr\u00e9c\u00e9dente. La pr\u00e9cipitation des d\u00e9cisions prises \u00e0 Constantinople en faveur des schismatiques ukrainiens t\u00e9moigne de l\u2019existence de facteurs non eccl\u00e9siaux aux mesures prises.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"11\">\n<li>Arr\u00eatons-nous plus en d\u00e9tail au titre d\u2019un des leaders du schisme ukrainien, Macaire Mal\u00e9titch, \u00ab\u00a0ancien m\u00e9tropolite de Lvov\u00a0\u00bb. Le patriarche Bartholom\u00e9e parle de \u00ab\u00a0la sollicitude de notre Modestie regardant le droit d\u2019appel, sollicitude que nous avons mise en \u0153uvre \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leurs \u00c9minences l\u2019ancien m\u00e9tropolite de Kiev Philar\u00e8te et l\u2019ancien m\u00e9tropolite de Lvov Macaire.\u00a0\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n<p>La d\u00e9nomination \u00ab\u00a0d\u2019ex-m\u00e9tropolite de Kiev\u00a0\u00bb appliqu\u00e9e \u00e0 Philar\u00e8te Denissenko est, dans ce contexte, justifi\u00e9e, puisqu\u2019il avait re\u00e7u sa chirotanie \u00e9piscopale dans une \u00c9glise canonique et, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il tomb\u00e2t dans le schisme, il portait effectivement le titre de \u00ab\u00a0m\u00e9tropolite de Kiev et de toute l\u2019Ukraine\u00a0\u00bb. Cependant, on est \u00e9tonn\u00e9 de voir employer le titre \u00ab\u00a0d\u2019ancien m\u00e9tropolite de Lvov\u00a0\u00bb \u00e0 propos de Macaire Mal\u00e9titch, qui est <em>un ancien archipr\u00eatre<\/em> de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe, venu au schisme dans son rang de pr\u00eatre et ayant \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 non canoniquement dans le schisme sous le titre d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9v\u00eaque de Lvov\u00a0\u00bb.\u00a0 Les documents officiels du Patriarcat de Constantinople intitulent souvent Macaire Mal\u00e9titch \u00ab\u00a0ancien m\u00e9tropolite de Lvov\u00a0\u00bb (par exemple dans la lettre de Sa Saintet\u00e9 le patriarche Bartholom\u00e9e \u00e0 Sa Saintet\u00e9 le patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie n\u00b01119 du 24 d\u00e9cembre 2018), ainsi que dans les commentaires publics de hauts repr\u00e9sentants de l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. Cette circonstance exclue la possibilit\u00e9 d\u2019une erreur due au hasard et t\u00e9moigne clairement que le patriarche Bartholom\u00e9e et les membres du Synode du Patriarcat de Constantinople, ayant pris les 9-11 octobre 2018 la d\u00e9cision de r\u00e9tablir Philar\u00e8te Denissenko et Macaire Mal\u00e9titch dans leur rang, ne connaissaient pas les principaux faits de la biographie des leaders du schisme ukrainien. Cela signifie par ailleurs qu\u2019il n\u2019y a pas eu d\u2019enqu\u00eate, comme cela se fait en cas d\u2019appel. Par cons\u00e9quent, le patriarche de Constantinople, qui s\u2019est donn\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame le droit de recevoir et d\u2019examiner les appelations, n\u2019a pas exerc\u00e9 ce droit dans le cas du schisme ukrainien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"12\">\n<li>Les pr\u00e9tentions du patriarche Bartholom\u00e9e \u00e0 des pleins-pouvoirs particuliers dans le monde orthodoxe s\u2019appuient sur la notion de primaut\u00e9, que s\u2019attribue le patriarche de Constantinople.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Pourtant, la notion de primaut\u00e9 d\u2019honneur (\u03c4\u1f70 \u03c0\u03c1\u03b5\u03c3\u03b2\u03b5\u1fd6\u03b1 \u03c4\u1fc6\u03c2 \u03c4\u03b9\u03bc\u1fc6\u03c2), connue de la tradition orthodoxe, est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 celle d\u2019autorit\u00e9. \u00ab\u00a0L\u2019autorit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>auctoritas<\/em>) et \u00ab\u00a0l\u2019honneur\u00a0\u00bb (<em>honor<\/em>) sont li\u00e9es depuis l\u2019Antiquit\u00e9, au m\u00eame titre que des notions comme \u00ab\u00a0dignit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>dignitas<\/em>), \u00ab\u00a0prudence\u00a0\u00bb (<em>consilium<\/em>), \u00ab\u00a0s\u00e9rieux, gravit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>gravitas<\/em>)<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>. Par le droit romain, ces notions sont pass\u00e9es dans le droit eccl\u00e9siastique. La perte de la prudence ou de la dignit\u00e9 entra\u00eene in\u00e9vitablement la perte de l\u2019autorit\u00e9 et de l\u2019honneur. L\u2019autorit\u00e9 s\u2019appuie principalement sur la confiance, et non sur des pleins-pouvoirs formels, qui renvoient au concept de <em>potestas<\/em> et d\u2019<em>imperium<\/em>.<\/p>\n<p>Dans l\u2019histoire eccl\u00e9siastique, la primaut\u00e9 d\u2019honneur a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e au si\u00e8ge de Rome, envisag\u00e9 comme l\u2019arbitre et le gardien de la doctrine orthodoxe. Mais les abus de confiance caus\u00e8rent la perte de l\u2019autorit\u00e9 et de la primaut\u00e9 d\u2019honneur du si\u00e8ge de Rome. C\u2019est donc le si\u00e8ge de la Nouvelle Rome, Constantinople, qui devint le plus \u00e9minent, puisque sa position centrale dans l\u2019Orient chr\u00e9tien et sa proximit\u00e9 avec le pouvoir imp\u00e9rial lui permettaient de r\u00e9soudre de nombreux probl\u00e8mes.<\/p>\n<p>Cependant, la primaut\u00e9 d\u2019honneur\u00a0 ne donne pas \u00e0 celui qui la poss\u00e8de le droit de se donner des pleins-pouvoirs d\u2019autorit\u00e9 suppl\u00e9mentaires et d\u2019intervenir dans les affaires des autres \u00c9glises autoc\u00e9phales sans leur accord. Dans le document officiel \u00ab\u00a0La position du Patriarcat de Moscou sur la primaut\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise universelle\u00a0\u00bb, il est pr\u00e9cis\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Le si\u00e8ge patriarcal constantinopolitain dispose d\u2019une primaut\u00e9 d\u2019honneur sur la base des saints dyptiques, reconnus par toutes les \u00c9glises orthodoxes locales. Le contenu de fond de cette primaut\u00e9 est d\u00e9fini par le consensus des \u00c9glises orthodoxes locales<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019autorit\u00e9 est toujours fragile. C\u2019est une erreur de croire qu\u2019elle peut \u00eatre impos\u00e9e ou fix\u00e9e de fa\u00e7on formelle. L\u2019abus de confiance entra\u00eene in\u00e9vitablement la perte de l\u2019autorit\u00e9 et donc de la primaut\u00e9 d\u2019honneur. Les actes du Patriarcat de Constantinople en Ukraine, qu\u2019on ne peut qualifier autrement que d\u2019arbitraires, ont port\u00e9 atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de la Nouvelle Rome et remis en question la l\u00e9gitimit\u00e9 de son titre de premi\u00e8re entre \u00e9gaux.<\/p>\n<p>Les pleins-pouvoirs particuliers que s\u2019attribue l\u2019\u00c9glise de Constantinople ne sont pas confirm\u00e9s ni par la tradition de l\u2019\u00c9glise orthodoxe, ni par le consensus des \u00c9glises autoc\u00e9phales. En s\u2019attribuant arbitrairement des pleins-pouvoirs sans l\u2019accord de toutes les \u00c9glises autoc\u00e9phales reconnues de tous comme telles, le Patriarcat de Constantinople ne commet rien d\u2019autre qu\u2019une usurpation de pouvoir, s\u2019assimilant des droits que le si\u00e8ge de la Nouvelle Rome n\u2019a jamais eu et n\u2019a jamais pu avoir par rapport aux autres \u00c9glises orthodoxes locales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"13\">\n<li>En conclusion de sa lettre, le patriarche Bartholom\u00e9e s\u2019exclame\u00a0: \u00ab\u00a0Nous nous demandons comment cette audace et cette odieuse calomnie \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00c9glise M\u00e8re et de notre Modestie personnellement peuvent \u00eatre tol\u00e9r\u00e9es par certains qui, dans plusieurs cas, la font leur volontairement ou involontairement en l\u2019approuvant et en r\u00e9p\u00e9tant les arguments de ceux qui ont lev\u00e9 le talon sur leur bienfaiteur. Ces disciples aimeraient-ils l\u2019\u00c9glise et son unit\u00e9 plus que leurs ma\u00eetres\u00a0? Il n\u2019en est rien.\u00a0\u00bb<\/li>\n<\/ol>\n<p>Les rapports entre ma\u00eetre et disciple sont, par nature, toujours temporaires, ils ont une fin. Tenter d\u2019\u00e9tablir une subordination \u00e9ternelle entre les peuples sur le principe \u00ab\u00a0ma\u00eetre \u2013 \u00e9l\u00e8ve\u00a0\u00bb est intol\u00e9rable dans l\u2019\u00c9glise du Christ.<\/p>\n<p>L\u2019indignation du primat de l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine, comme on voit, est soulev\u00e9e par le fait m\u00eame d\u2019une d\u00e9sapprobation argument\u00e9e de ses r\u00e9solutions canoniques sur la question ukrainienne. La lettre du patriarche Bartholom\u00e9e montre que les arguments qui y sont expos\u00e9s en r\u00e9ponse ne supportent pas la critique.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>Encyclique patriarcale et synodale de l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine \u00e0 propos de l\u2019Encyclique de L\u00e9on XIII sur l\u2019union des \u00c9glises du 20 juin 1894 <\/em><em>[https:\/\/azbyka.ru\/otechnik\/bogoslovie\/okruzhnoe-patriarshee-i-sinodalnoe-poslanie-konstantinopolskoj-tserkvi-po-povodu-entsikliki-lva-13-o-soedinenii-tserkvej-ot-20-iyunja-1894-goda\/]<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Concilia Africae, A. 345 \u2013 A. 525 \/ Cura et studio C. Munier. [Corpus Cristianorum. Series Latina 259]. Turnout, 1979. P. 170\u2013171<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Ibid. P. 172<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>Opredelenie osviachtchennogo Arkhiere\u00efskogo Sobora Roussko\u00ef Pravoslavno\u00ef Tserkvi (Moskva 24-29 iounia 2008) \u201cO edinstve Tserkvi\u201d (D\u00e9finition du Saint-Synode du Concile episcopal de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe (Moscou 24-29 juin 2008) \u201cDe l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise\u201d<\/em> <em>(<\/em><a href=\"http:\/\/www.patriarchia.ru\/db\/text\/428916.html\"><em>http:\/\/www.patriarchia.ru\/db\/text\/428916.html<\/em><\/a><em>, version fran\u00e7aise:<\/em> <a href=\"https:\/\/www.egliserusse.eu\/DOCUMENT-Declaration-du-concile-episcopal-juin-2008-sur-l-unite-de-l-Eglise-orthodoxe_a607.html\"><em>https:\/\/www.egliserusse.eu\/DOCUMENT-Declaration-du-concile-episcopal-juin-2008-sur-l-unite-de-l-Eglise-orthodoxe_a607.html<\/em><\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Corpus iuris civilis \/ Rec. R. Schoell, W. Krol. Vol. III: Novellae. Berlin, 1954. Novella CIX. P. 517-518<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> <em>Spiteris J. La critica bizantina del Primato Romano nel secolo <\/em><em>\u0425<\/em><em>II (Or. Christ. An. 208) Roma 1979, p. 325-327.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> \u00ab\u00a0Sa B\u00e9atitude [c\u2019est-\u00e0-dire le pape Pie IX] dit que les Corinthiens, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un d\u00e9saccord qui survint entre eux, se port\u00e8rent chez Cl\u00e9ment, pape de Rome, qui, ayant discut\u00e9 l\u2019affaire, leur envoya un message qui fut lu dans les \u00e9glises. Mais cet \u00e9v\u00e8nement est une preuve tr\u00e8s faible du pouvoir papal dans la Maison de Dieu\u00a0: \u00e9tant donn\u00e9 que Rome \u00e9tait alors le centre de direction et la capitale des empereurs, toute affaire un peu importante, comme dans le cas des Corinthiens, devait y \u00eatre examin\u00e9e, d\u2019autant plus si l\u2019un des partis recourrait \u00e0 une m\u00e9diation. Cela arrive aujourd\u2019hui encore. Les patriarches d\u2019Alexandrie, d\u2019Antioche et de J\u00e9rusalem, en cas d\u2019affaires inhabituelles et embrouill\u00e9es, \u00e9crivent au patriarche de Constantinople parce que cette ville est la capitale des souverains et qu\u2019elle dispose d\u2019une pr\u00e9rogative, fix\u00e9e par les conciles. Si cette m\u00e9diation fraternelle corrige ce qui n\u00e9cessitait une correction, c\u2019est bien\u00a0; sinon, l\u2019affaire est port\u00e9e devant le gouvernement. Mais cette m\u00e9diation fraternelle dans la foi chr\u00e9tienne ne remet pas en cause la libert\u00e9 des \u00c9glises de Dieu.\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Okroujnoe poslanie Edino\u00ef, Sviato\u00ef, Soborno\u00ef i apostolsko\u00ef Tserkvi ko vsem Pravoslavnym khristianam\u00a0\u00bb (Encyclique de l\u2019\u00c9glise une, sainte , catholique et aspostolique \u00e0 tous les chr\u00e9tiens orthodoxes, 1848)) <em>[https:\/\/lib.pravmir.ru\/library\/readbook\/1342]<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> <em>Sobranie gossoudartsvennykh gramot i dogovorov, khraniachtchikhsia v gossoudarstvenno\u00ef kollegii inostrannykh del (Collection de chartes et de contrats d\u2019\u00e9tat, conserv\u00e9s au Coll\u00e8ge d\u2019\u00e9tat des Affaires \u00e9trang\u00e8res). Moscou, 1826, t. 4, p. 117.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\"><em><strong>[9]<\/strong><\/em><\/a><em> Ibid., p. 97.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\"><em><strong>[10]<\/strong><\/em><\/a><em> Ibid., p. 95.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\"><em><strong>[11]<\/strong><\/em><\/a><em> C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce contexte que le c\u00e9l\u00e8bre historien et canoniste S. V. Tro\u00eftski, par exemple, employait ce terme\u00a0: \u00ab\u00a0Tandis que l\u2019\u00c9glise catholique romaine rappelle une monarchie absolue, l\u2019\u00c9glise orthodoxe rappelle un \u00e9tat f\u00e9d\u00e9ral\u00a0\u00bb (Tro\u00eftski, S. V. Trkveni pravo. Belgrade, 2011, p. 409).<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>\u1f18\u03ba\u03ba\u03bb\u03b7\u03c3\u03b9\u03b1\u03c3\u03c4\u03b9\u03ba\u1f74<\/em> <em>\u1f08\u03bb\u1f75\u03b8\u03b5\u03b9\u03b1<\/em><em>. 1922. <\/em><em>\u03a3<\/em><em>. 43.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> <em>Tillyrides A. Meletios Metaxakis: A Historic Document \/\/ <\/em><em>\u0398\u03b5\u03bf\u03bb\u03bf\u03b3\u1f77\u03b1<\/em><em>.\u00a0 <\/em><em>\u03a4\u1f79\u03bc\u03bf\u03c2<\/em> <em>\u039d\u0395\u0384<\/em><em>. <\/em><em>\u03a4\u03b5\u1fe6\u03c7\u03bf\u03c2<\/em><em> 2.\u00a0 <\/em><em>\u03a3<\/em><em>. 529.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> <em>Corpus iuris civilis \/ Rec. R.\u00a0Schoell, W.\u00a0Krol. Vol.\u00a0III: Novellae. Berlin, 1954. Novella XI. P.\u00a094.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> <em>Rerum Italicarum scriptores. T.\u00a0II. Mediolani, 1723. P.\u00a0146: SANCIMUS amplius securam, atque liberam ab omni superiori Episcopali conditione manere, et \u2026 non subjacere pro quolibet modo Patriarchae antiquae Urbis Romae, sed manere eam <\/em><em>\u03b1\u1f50\u03c4\u03bf\u03ba\u03ad\u03c6\u03b1\u03bb\u03bf\u03bd<\/em><em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> <em>Gelzer\u00a0H. Das Patriarchat von Achrida. Geschichte und Urkunden \/\/ Abhandlungen der k\u00f6niglichen s\u00e4chsischen Gesellschaft der Wissenschaften. Bd.\u00a047. Philologisch-historische Klasse. Bd.\u00a020. Leipzig, 1903. S.\u00a06: <\/em><em>\u0394\u03b1\u03bc\u03b9\u03b1\u03bd\u1f78\u03c2<\/em> <em>\u1f10\u03bd<\/em> <em>\u0394\u03c9\u03c1\u03bf\u03c3\u03c4\u03cc\u03bb\u1ff3<\/em><em>, <\/em><em>\u03c4\u1fc7<\/em> <em>\u03bd\u1fe6\u03bd<\/em> <em>\u0394\u03c1\u03ae\u03c3\u03c4\u1fb3<\/em><em>. <\/em><em>\u1f10\u03c6<\/em><em>\u2019 <\/em><em>\u03bf\u1f57<\/em> <em>\u03ba\u03b1\u1f76<\/em> <em>\u1f21<\/em> <em>\u0392\u03bf\u03c5\u03bb\u03b3\u03b1\u03c1\u03af\u03b1<\/em> <em>\u03c4\u03b5\u03c4\u03af\u03bc\u03b7\u03c4\u03b1\u03b9<\/em> <em>\u03b1\u1f50\u03c4\u03bf\u03ba\u03ad\u03c6\u03b1\u03bb\u03bf\u03c2<\/em><em>. <\/em><em>\u03bf\u1f57\u03c4\u03bf\u03c2<\/em> <em>\u03c0\u03b1\u03c4\u03c1\u03b9\u03ac\u03c1\u03c7\u03b7\u03c2<\/em> <em>\u1f00\u03bd\u03b5\u03b3\u03bf\u03c1\u03b5\u03cd\u03b8\u03b7<\/em> <em>\u03c0\u03b1\u03c1\u1f70<\/em> <em>\u03c4\u1fc6\u03c2<\/em> <em>\u03b2\u03b1\u03c3\u03b9\u03bb\u03b9\u03ba\u1fc6\u03c2<\/em> <em>\u03c3\u03c5\u03b3\u03ba\u03bb\u03ae\u03c4\u03bf\u03c5<\/em> <em>\u03ba\u03b5\u03bb\u03b5\u03cd\u03c3\u03b5\u03b9<\/em> <em>\u03c4\u03bf\u1fe6<\/em> <em>\u03b2\u03b1\u03c3\u03b9\u03bb\u03ad\u03c9\u03c2<\/em> <em>\u1fec\u03c9\u03bc\u03b1\u03bd\u03bf\u1fe6<\/em> <em>\u03c4\u03bf\u1fe6<\/em> <em>\u039b\u03b1\u03ba\u03b1\u03c0\u03b7\u03bd\u03bf\u1fe6<\/em><em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Ordonnance de l\u2019empereur Basile II. Voir\u00a0: Benechevitch, V. N. Opissanie gretcheskikh roukopisse\u00ef monastyria sv. Ekateriny na Sina\u00ef\u00e9. T. 1. Saint-P\u00e9tersbourg, 1911, p. 544-550\u00a0; Izvori za belgarskata istoria. T. 11. Sofia, 1965, p. 40-47.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> <em>Rhalles-Potles. T. II. P. 171\u2013172.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> <em>Remarquons au passage l\u2019inexactitude de cette affirmation du m\u00e9tropolite Basile d\u2019Anchialos. Si le 8<sup>e<\/sup> canon du Premier Concile \u0153cum\u00e9nique parle, effectivement, de \u00ab\u00a0chiroth\u00e9sie\u00a0\u00bb <\/em><em>(<\/em><em>\u03c7\u03b5\u03b9\u03c1\u03bf\u03b8\u03b5\u03c3\u03af\u03b1<\/em><em>)<\/em><em> sur les clercs schismatiques, dans la lettre conciliaire cit\u00e9e plus haut du m\u00eame Concile de Nic\u00e9e, il est question de \u00ab\u00a0chirotonie\u00a0\u00bb (<\/em><em>\u03c7\u03b5\u03b9\u03c1\u03bf\u03b8\u03b5\u03c3\u03af\u03b1<\/em><em>).<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> <em>Voir, par exemple, l\u2019interview de l\u2019archev\u00eaque Job de Telmissos au srevice russe de la BBC <\/em><em>[https:\/\/www.bbc.com\/russian\/features-46067230?fbclid=IwAR1mMfoAHpIJFbGqzCHrWT9IpCvfmdDLYZQ02yHoliWFwFY2AeB4Au5KjlM]<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> <em>Mare\u00ef A. V. Avtoritet ili Podtchinenie bez nassilia <\/em>(L\u2019autorit\u00e9, ou la soumission sans violence). <em>Saint-P\u00e9tersbourg\u00a0: \u00c9ditions de l\u2019Universit\u00e9 europ\u00e9enne de Saint-P\u00e9tersbourg, 2017.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> <em>Position du Patriarcat de Moscou sur la primaut\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise universelle<\/em>, 5.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les membres et les experts de la Commission synodale biblique et th\u00e9ologique ont \u00e9tudi\u00e9 les principales th\u00e8ses de l\u2019argumentation du patriarche Bartholom\u00e9e. Ses principales conclusions sont reproduites ci-apr\u00e8s.<\/p>\n","protected":false},"author":15,"featured_media":174678,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[112,9,1,113],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/174667"}],"collection":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=174667"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/174667\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/174678"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=174667"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=174667"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=174667"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}