{"id":167933,"date":"2018-12-13T15:03:55","date_gmt":"2018-12-13T12:03:55","guid":{"rendered":"https:\/\/mospat.ru\/?p=167933"},"modified":"2018-12-16T09:24:56","modified_gmt":"2018-12-16T06:24:56","slug":"%d0%b2%d1%80%d0%b5%d0%bc%d1%8f-%d0%ba%d0%b0%d0%ba-%d1%81%d1%83%d0%b4%d0%b8%d1%8f-%d1%80%d1%83%d1%81%d1%81%d0%ba%d0%b0%d1%8f-%d0%b8-%d0%ba%d0%be%d0%bd%d1%81%d1%82%d0%b0%d0%bd%d1%82%d0%b8%d0%bd%d0%be","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/2018\/12\/13\/news167933\/","title":{"rendered":"Le temps comme juge. Les \u00c9glises orthodoxes russe et constantinopolitaine au XXe si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"<p><em>Le th\u00e8me des rapports entre \u00ab\u00a0\u00c9glise-m\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00c9glise-fille\u00a0\u00bb, entre les \u00c9glises orthodoxes constantinopolitaine et russe, au si\u00e8cle dernier, est extr\u00eamement douloureux. Le pr\u00eatre Alexandre Mazyrine, docteur en histoire eccl\u00e9siastique, et Andre\u00ef Kostrioukov, docteur en sciences historiques, soul\u00e8vent ce th\u00e8me sans prendre de gants dans le recueil \u00ab\u00a0De l\u2019histoire des rapports entre les \u00c9glises russe et constantinopolitaine au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00a0\u00bb. Le recueil se compose de deux essais\u00a0: \u00ab\u00a0Le Phanar et le mouvement des r\u00e9novateurs contre l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe\u00a0\u00bb du p\u00e8re Alexandre Mazyrine, et \u00ab\u00a0La diaspora russe eccl\u00e9siastique et le si\u00e8ge \u0153cum\u00e9nique\u00a0\u00bb, r\u00e9dig\u00e9 par A. Kostrioukov. Sergue\u00ef Firsov, docteur en sciences historiques, a consacr\u00e9 un article de la <u>Revue du Patriarcat de Moscou<\/u> (n\u00b010, 2018) \u00e0 ce recueil.<\/em><\/p>\n<p>Le titre de l\u2019essai du p\u00e8re Alexandre annonce d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il envisage les actes de l\u2019\u00c9glise de Constantinople comme dirig\u00e9es contre l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe, les consid\u00e9rant comme volontaires et r\u00e9fl\u00e9chis. D\u00e8s le d\u00e9but, l\u2019auteur montre que les Phanariotes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 troubl\u00e9s de la cr\u00e9ation arbitraire de la \u00ab\u00a0Haute direction eccl\u00e9siastique\u00a0\u00bb schismatique, en 1922, \u00ab\u00a0devenant, avec les bolcheviks ath\u00e9es et les r\u00e9novateurs-tra\u00eetres, une nouvelle source d\u2019affliction pour l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe.\u00a0\u00bb Les \u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eats politiques\u00a0\u00bb du Phanar se sont trouv\u00e9s avoir plus d\u2019importance que les r\u00e8gles canoniques et la tradition eccl\u00e9siastique orthodoxe. L\u2019auteur cite plusieurs exemples montrant que l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine (en la personne de ses hi\u00e9rarques), tout en exprimant sa compassion \u00e0\u00a0 l\u2019\u00c9glise russe, cherchait \u00e0 utiliser le schisme suscit\u00e9 par la GPOU \u00e0 son propre avantage politique.<\/p>\n<p>Deux repr\u00e9sentants du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique ont jou\u00e9 un r\u00f4le particulier dans le d\u00e9veloppement n\u00e9gatif des relations eccl\u00e9siastiques gr\u00e9co-russes\u00a0: deux archimandrites grecs, l\u2019oncle et le neveu, Jacques et Basile (Dimopoulo). Le premier fut repr\u00e9sentant du Phanar en Russie d\u00e8s 1894. Il r\u00e9sidait \u00e0 Moscou (ruelle Krapivenski, 4). Jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1924, il fut repr\u00e9sentant officiel du Phanar en Russie. Son neveu le rempla\u00e7a \u00e0 ce poste, de 1924 \u00e0 sa mort, en 1934.<\/p>\n<p>Comme le montre le p\u00e8re Alexandre, l\u2019archimandrite Jacques comprit rapidement que le mouvement r\u00e9novateur avait le soutien du pouvoir bolchevik. Il r\u00e9solut de saisir l\u2019occasion pour affirmer l\u2019influence du Patriarcat de Constantinople et la sienne propre, d\u00e9sireux d\u2019obtenir la restitution du m\u00e9tochion de Constantinople \u00e0 Moscou, r\u00e9quisitionn\u00e9 par l\u2019\u00e9tat \u00ab\u00a0des ouvriers et paysans\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0On laissa sans doute entendre \u00e0 Dimopoulo-a\u00een\u00e9, \u00e9crit l\u2019auteur, que le m\u00e9tochion ne lui serait pas rendu gratuitement, et il se mit au travail\u00a0\u00bb. D\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 1922, l\u2019archimandrite se fit remarquer comme membre d\u2019honneur du pr\u00e9sidium du Congr\u00e8s de \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9glise vivante\u00a0\u00bb r\u00e9nov\u00e9e, o\u00f9 il si\u00e9geait avec le repr\u00e9sentant du patriarche d\u2019Antioche, l\u2019archimandrite Paul (Katapodis). Les \u00ab\u00a0hi\u00e9rarques\u00a0\u00bb mari\u00e9s, dont se composaient les rangs de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9piscopat\u00a0\u00bb r\u00e9nov\u00e9 ne sembl\u00e8rent pas troubler les Grecs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Que Jacques ait agi en connaissance de cause, on en a la certitude en \u00e9tudiant la politique g\u00e9n\u00e9rale du Patriarcat de Constantinople, \u00e0 la t\u00eate duquel si\u00e9geait M\u00e9l\u00e8ce IV (Metaxakis) depuis 1922\u00a0 . L\u2019objectif de cette politique \u00e9tait l\u2019expansion du Phanar au niveau mondial\u00a0: le patriarche publia un tomos sur le droit de regard et de juridiction de Constantinople sur toutes les paroisses orthodoxes situ\u00e9es hors des fronti\u00e8res des \u00c9glises orthodoxes locales, organisant une m\u00e9tropole de Thyatire, dont le centre \u00e9tait \u00e0 Londres, et un archev\u00each\u00e9 d\u2019Am\u00e9rique du Nord et du Sud. Un an plus tard, le patriarche intervint dans les affaires eccl\u00e9siastiques polonaises (le tomos sur l\u2019autoc\u00e9phalie de l\u2019\u00c9glise polonaise fut sign\u00e9 un peu plus tard, en novembre 1924), cr\u00e9a une \u00ab\u00a0m\u00e9tropole autonome d\u2019Estonie\u00a0\u00bb et un \u00ab\u00a0archev\u00each\u00e9 orthodoxe de Finlande\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi, il n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que l\u2019affaiblissement de l\u2019\u00c9glise russe faisait part du plan global \u00ab\u00a0d\u2019h\u00e9ll\u00e9nisation\u00a0\u00bb de l\u2019Orthodoxie par Constantinople, qui empruntait ainsi la voie suivie par le papisme catholique romain. Le comprenant, il n\u2019est pas difficile d\u2019expliquer les actes du repr\u00e9sentant du Phanar en Russie sovi\u00e9tique\u00a0: plus les affaires iraient mal dans l\u2019\u00c9glise russe, plus le schisme des r\u00e9novateurs se r\u00e9pandrait, plus avantageuse serait la position de Constantinople. La logique de l\u2019archimandrite Jacques n\u2019en devient que plus claire, ce qui ne l\u2019absout nullement\u00a0: il affirmait sans sourciller dans ses lettres au Phanar que la majorit\u00e9 des orthodoxes de Russie consid\u00e9rait soi-disant\u00a0l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine comme \u00ab\u00a0la seule ancre de salut et de foi\u00a0 orthodoxe\u00a0\u00bb (p. 41). Naturellement, l\u2019archimandrite tenait compte de la circonstance importance que les bolcheviks \u00e9taient bienveillants envers les r\u00e9novateurs, tandis qu\u2019ils discr\u00e9ditaient autant que possible le patriarche Tikhon. La composante politique de la question eccl\u00e9siastique\u00a0 n\u2019\u00e9chappait pas au Phanar.<\/p>\n<p>Les mat\u00e9riaux pr\u00e9sent\u00e9s dans le livre t\u00e9moignent que la politique de Constantinople sur le schisme de l\u2019\u00c9glise vivante ne changea pas sous les successeurs de M\u00e9l\u00e8ce IV, jusqu\u2019\u00e0 Photius II (Maniatis). En 1924, Gr\u00e9goire VII (Zervoudakis) donnait au chef du synode des r\u00e9novateurs, Evdokim (Mechtcherski)\u044c non seulement le titre de m\u00e9tropolite, mais aussi celui \u00ab\u00a0bien-aim\u00e9 fr\u00e8re et conc\u00e9l\u00e9brant\u00a0\u00bb. Il \u00e9tait pr\u00e9vu d\u2019inviter les r\u00e9novateurs au \u00ab\u00a0Concile \u0153cum\u00e9nique\u00a0\u00bb annonc\u00e9 \u00e0 grands cris par les patriarches \u0153cum\u00e9niques, qui cherchaient \u00e0 l\u2019utiliser pour affirmer leur propre autorit\u00e9. Les auteurs du livre attirent l\u2019attention sur le bruit soulev\u00e9 par les r\u00e9novateurs autour de cet \u00e9v\u00e8nement \u00ab\u00a0tant attendu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ceci s\u2019explique assez facilement\u00a0: les r\u00e9novateurs n\u2019int\u00e9ressaient le Phanar que dans la mesure o\u00f9 ils pouvaient servir \u00e0 l\u2019affirmation de ses propres positions. Comme le d\u00e9montre fort justement le p\u00e8re Alexandre Mazyrine, \u00ab\u00a0aider les r\u00e9novateurs \u00e0 \u00ab\u00a0diriger l\u2019\u00c9glise conform\u00e9ment \u00e0 la nouvelle organisation de la vie civile\u00a0\u00bb n\u2019avait de sens pour les Grecs que si cette nouvelle \u00ab\u00a0organisation de la vie civile\u00a0\u00bb en Russie \u00e9tait \u00e0 leur avantage, influant sur le gouvernement turc. Or, les bolcheviks ne se pressaient pas de s\u2019engager dans cette voie.\u00a0\u00bb Au milieu des ann\u00e9es 1920 (et m\u00eame plus tard), les patriarches de Constantinople esp\u00e9raient encore que les bolcheviks influenceraient les autorit\u00e9s turques en leur faveur. Ils rest\u00e9s donc alli\u00e9s aux r\u00e9novateurs. La participation d\u2019un repr\u00e9sentant du patriarche au \u00ab\u00a0Concile\u00a0\u00bb r\u00e9novateur de l\u2019automne 1925 ne doit donc pas \u00e9tonner.<\/p>\n<p>Plus l\u2019Orthodoxie \u00e9tait pers\u00e9cut\u00e9e en Russie, plus le repr\u00e9sentant de Constantinople se montrait actif. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, le Phanar \u00e9tait au courant des affaires de l\u2019\u00c9glise en Russie. De fa\u00e7on caract\u00e9ristique, le patriarche Basile III, en octobre 1925, \u00e9crivit une lettre au chef des r\u00e9novateurs ukrainiens \u2013 le chef du \u00ab\u00a0Synode \u00e9piscopal ukrainien\u00a0\u00bb Kir-Pim\u00e8ne (Pegov), transmettant sa b\u00e9n\u00e9diction \u00ab\u00a0\u00e0 la hi\u00e9rarchie et aux fid\u00e8les\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u2019archimandrite Basile qui servait de relais et de traducteur \u00e0 toutes les lettres. Selon le mot du p\u00e8re Alexandre Mazyrine, l\u2019archimandrite Basile \u00e9tait pass\u00e9 ma\u00eetre dans l\u2019art de relayer, envoyant des messages non seulement aux instances eccl\u00e9siastiques, mais aussi au Comit\u00e9 ex\u00e9cutif central.<\/p>\n<p>Dans l\u2019ensemble, le portrait de Dimopoulo-jeune esquiss\u00e9 dans le livre est tr\u00e8s pitorresque. Il y est pr\u00e9sent\u00e9 non seulement comme un politicien cynique, interf\u00e9rant sans vergogne (au nom du patriarche \u0153cum\u00e9nique) dans les affaires eccl\u00e9siastiques russes, mais aussi comme un homme v\u00e9nal, pour lequel la prosp\u00e9rit\u00e9 personnelle avait autant, sinon plus, d\u2019importance que les obligations \u00ab\u00a0diplomatiques\u00a0\u00bb. Il se battait avec une fougue \u00e9tonnante aussi bien pour \u00ab\u00a0la paix de l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb que pour obtenir une salle de bain, une cuisine et un loyer avantageux. Dans cette lutte pour son bien-\u00eatre personnel, il s\u2019appuyait sur l\u2019aide du Synode de l\u2019\u00c9glise vivante, alliant, si l\u2019on peut dire, les int\u00e9r\u00eats personnels aux int\u00e9r\u00eats de \u00ab\u00a0l\u2019orthodoxie \u0153cum\u00e9nique\u00a0\u00bb, comprise dans un sens non \u00e9quivoque.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019id\u00e9e d\u2019une prochaine convocation du Concile \u0153cum\u00e9nique \u00e9tait encore soutenue par le Phanar, l\u2019archimandrite Basile consolait les r\u00e9novateurs (inquiets de savoir le patriarche Basile III pr\u00eat \u00e0 inviter au Concile les membres de l\u2019\u00c9glise hors-fronti\u00e8res et les \u00ab\u00a0Tikhoniens\u00a0\u00bb) par des phrases sur la sympathie du Patriarcat \u0153cum\u00e9nique, qui \u00e9tait \u00ab\u00a0du c\u00f4t\u00e9 du Saint Synode moscovite\u00a0\u00bb (p. 133). C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019archimandrite Basile que les leaders de l\u2019\u00c9glise vivante purent convaincre \u00ab\u00a0les schismatiques de la base\u00a0\u00bb que le principal crit\u00e8re d\u2019orthodoxie \u00e9tait l\u2019union \u00e0 Constantinople, qu\u2019ils observaient, au contraire des \u00ab\u00a0Tikhoniens\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019auteur, me semble-t-il, a raison d\u2019affirmer qu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1926, l\u2019archimandrite Basile n\u2019\u00e9tait plus loin d\u2019assimiler d\u00e9finitivement l\u2019\u00c9glise r\u00e9nov\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe, ignorant l\u2019\u00c9glise patriarcale. Mais il ne s\u2019agissait pas seulement des id\u00e9es personnelles de l\u2019archimandrite. \u00ab\u00a0La vraie \u00c9glise, en Russie, pour les officiels du Phanar (journal \u00ab\u00a0Orthodoksia\u00a0\u00bb S. F.) n\u2019existait pratiquement plus, \u00e9crit le p\u00e8re Alexandre Mazyrune, on ne souhaitait plus conna\u00eetre que ceux qui avaient l\u2019agr\u00e9ment du pouvoir sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb (p. 150). C\u2019est en cela que consiste le probl\u00e8me\u00a0: ceux que ne reconnaissaient pas les bolcheviks n\u2019existaient pas pour les leaders du Phanar.<\/p>\n<p>La situation changea partiellement apr\u00e8s le retour du m\u00e9tropolite Serge (Stragorodski) \u00e0 l\u2019\u00c9glise patriarcale, durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1927. Mais, dans l\u2019ensemble, les changements restaient tr\u00e8s \u00e9quivoques. Le livre montre que pour le patriarche Basile III, le Synode des r\u00e9novateurs et le Patriarcat de Moscou du m\u00e9tropolite Serge \u00ab\u00a0avaient la m\u00eame valeur\u00a0\u00bb, ne repr\u00e9sentant rien de plus que deux \u00ab\u00a0parties\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0orientations\u00a0\u00bb p\u00e9n\u00e9tr\u00e9es \u00ab\u00a0du m\u00eame esprit\u00a0\u00bb. Fin 1927, le Phanar tenta d\u2019\u00e9tablir des relations avec \u00ab\u00a0les deux orientations\u00a0\u00bb sur le mode de la parit\u00e9. Or, i ne pouvait y avoir aucun accord entre les deux \u00ab\u00a0partis\u00a0\u00bb par principe, et les appels \u00e0 la \u00ab\u00a0r\u00e9unification\u00a0\u00bb ne pouvaient \u00eatre entendus de l\u2019\u00c9glise patriarcale en Russie, puisque cette \u00ab\u00a0r\u00e9unification\u00a0\u00bb aurait plac\u00e9e la structure dirig\u00e9e par le m\u00e9tropolite Serge en dehors de l\u2019\u00c9glise. Les Phanariotes ne le comprirent pas, ou firent semblant de ne pas le comprendre. Par cons\u00e9quent, ils \u00ab\u00a0furent inclus au rang des ennemis de l\u2019\u00c9glise orthodoxe en Russie, \u00e0 la suite des ath\u00e9es et des r\u00e9novateurs, bien qu\u2019ils se r\u00e9pandissent en paroles charitables pour elle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette conclusion du p\u00e8re Alexandre Mazyrine, malgr\u00e9 sa duret\u00e9, doit \u00eatre reconnue comme juste sur le principe, de m\u00eame que sa d\u00e9monstration sur le mal \u00e9vident que repr\u00e9senta pour l\u2019\u00c9glise russe l\u2019activit\u00e9 du repr\u00e9sentant du Phanar \u2013 l\u2019archimandrite Basile \u2013 dans les ann\u00e9es 1920. Certes, dans le contexte nouveau de la r\u00e9alit\u00e9 sovi\u00e9tique, tous les orthodoxes n\u2019ont peut-\u00eatre pas pu rapidement et correctement s\u2019expliquer la situation, entra\u00een\u00e9s par la d\u00e9magogie sociale des nouveaux \u00ab\u00a0z\u00e9lateurs de la foi\u00a0\u00bb. Tous les gens simples (et pas seulement les simples) n\u2019ont pas su se rep\u00e9rer imm\u00e9diatement dans les arcanes de la politique eccl\u00e9siastique. Cependant, il convient de garder \u00e0 l\u2019esprit que les Phanariotes n\u2019\u00e9taient pas \u00ab\u00a0des \u00e2mes simples\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019archimandrite Basile \u00e9tait m\u00eame membre d\u2019honneur du pr\u00e9sidium du Synode des r\u00e9novateurs, et re\u00e7ut de lui, par la suite, une d\u00e9coration, sous la forme d\u2019une croix orn\u00e9e de diamants pour son<em> klobouk<\/em>. Et ce, alors que le Patriarcat de Constantinople ne reconnaissait ni l\u2019\u00e9piscopat mari\u00e9, ni le remariage des pr\u00eatres, qui \u00e9taient pourtant la norme dans \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb vivante.<\/p>\n<p>En tous cas jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9cision du Synode de Constantinople sur l\u2019autorisation du remariage des pr\u00eatres, annonc\u00e9e en septembre 2018.<\/p>\n<p>Le Phanar ne s\u2019est jamais prononc\u00e9 contre la participation de son repr\u00e9sentant officiel aux travaux des structures et des assembl\u00e9es r\u00e9formatrices. En 1928, l\u2019archimandrite Basile prit part au \u00ab\u00a0III<sup>e<\/sup> Concile sacr\u00e9 local de l\u2019\u00c9glise autoc\u00e9phale orthodoxe ukrainienne\u00a0\u00bb, et, d\u00e9but 1929, en visite \u00e0 L\u00e9ningrad, d\u00e9clara solennellement qu\u2019il connaissait l\u2019aspiration de \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9glise orthodoxe\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des r\u00e9novateurs, \u00e0 la paix et \u00e0 l\u2019union. Les opposants \u00e0 cette \u00ab\u00a0paix\u00a0\u00bb \u00e9taient des \u00ab\u00a0querelleurs\u00a0\u00bb, semant le trouble. Ils en r\u00e9pondraient devant le Concile \u0153cum\u00e9nique. On comprend qui \u00e9tait d\u00e9sign\u00e9 comme \u00ab\u00a0querelleur\u00a0\u00bb. La position pro-\u00c9glise vivante du Phanar, d\u00e9montre l\u2019ouvrage, est rest\u00e9e inchang\u00e9e, et le nom de son repr\u00e9sentant \u00e0 Moscou \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 dans les cercles orthodoxes russes comme un surnom p\u00e9joratif.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la suite des \u00e9v\u00e8nements a montr\u00e9 que le repr\u00e9sentant du patriarche de Constantinople ne se souciait gu\u00e8re de sa r\u00e9putation historique, pas plus que les possibles accusations d\u2019\u00e9changes avec les organisateurs du schisme russe n\u2019inqui\u00e9taient le primat du si\u00e8ge \u0153cum\u00e9nique, dont on peut \u00e0 bon droit qualifier d\u2019expansionniste la politique. Tout en entretenant des relations avec le Patriarcat de Moscou, le Phanar poursuivit non seulement ses contacts avec le Synode r\u00e9novateur, mais, comme le montre fort justement le p\u00e8re Alexandre Mazyrine, provoqua un nouveau conflit en acceptant dans sa juridiction (en 1931) les paroisses d\u2019Europe occidentale dirig\u00e9es par le m\u00e9tropolite Euloge (Gueorguievski). Le p\u00e8re Alexandre Mazyrine \u00e9crit qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0 la conduite des Eulogiens fut regard\u00e9e par beaucoup comme une trahison: le conflit provoqu\u00e9 par le bolcheviks avec le Patriarcat de Moscou aurait pu justifier une auto-administration temporaire, mais non le passage \u00e0 une juridiction soutenant les r\u00e9novateurs.<\/p>\n<p>A fin des ann\u00e9es 1930, le pouvoir stalinien r\u00e9solut d\u2019en finir avec toutes les structures eccl\u00e9siastiques, aussi bien avec les \u00ab\u00a0Tikhoniens\u00a0\u00bb qu\u2019avec les \u00ab\u00a0r\u00e9novateurs\u00a0\u00bb. Les relations entre le Patriarcat de Moscou et Constantinople, n\u00e9anmoins, ne s\u2019am\u00e9lior\u00e8rent pas. Comme le remarque le p\u00e8re Alexandre Mazyrine, la situation ne commen\u00e7a \u00e0 changer que pendant la Seconde guerre mondiale\u00a0: les d\u00e9sagr\u00e9ments dans les rapports avec les patriarches orientaux \u00ab\u00a0furent oubli\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0on ouvrit une nouvelle page de l\u2019histoire\u00a0\u00bb. Le patriarche \u0153cum\u00e9nique Benjamin (Psomas) salua l\u2019\u00e9lection du patriarche Serge (Stragorodski), sans avoir donn\u00e9 de recommandation \u00e0 s\u2019unir avec les r\u00e9novateurs, comme cela avait \u00e9t\u00e9 le cas en 1927 (p. 236-237). Les autorit\u00e9s sovi\u00e9tiques avaient, elles aussi, perdu tout int\u00e9r\u00eat pour l\u2019\u00c9glise vivante\u00a0; Staline donna son accord au d\u00e9mant\u00e8lement de cette organisation religieuse.<\/p>\n<p>Conclusion\u00a0? Selon le p\u00e8re Alexandre Mazyrine, \u00ab\u00a0les le\u00e7ons du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, tragique pour l\u2019\u00c9glise, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9es. \u00ab\u00a0La grande \u00c9glise-m\u00e8re de Constantinople\u00a0\u00bb, dans le contexte des malheurs qui avaient frapp\u00e9 l\u2019\u00c9glise russe, ne s\u2019\u00e9tait nullement conduite de fa\u00e7on maternelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019autre auteur de l\u2019ouvrage, Andre\u00ef Kostrioukov, poursuit la m\u00eame id\u00e9e. Il montre comment et pourquoi les repr\u00e9sentants de la diaspora eccl\u00e9siastique russe (principalement ceux de l\u2019\u00c9glise russe hors fronti\u00e8res) \u00e9volu\u00e8rent dans leur rapport au si\u00e8ge \u0153cum\u00e9nique. L\u2019auteur fait remonter fort justement l\u2019histoire de l\u2019ERHF \u00e0 la Haute direction eccl\u00e9siastique, organis\u00e9e en 1919 dans le Sud de la Russie, affirmant que la HDE, \u00e0 ses d\u00e9buts, faisait confiance \u00e0 l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine\u00a0: \u00ab\u00a0par habitude, le rapport des \u00e9migr\u00e9s russes au Phanar resta profond\u00e9ment respectueux.<\/p>\n<p>Le patriarcat de M\u00e9l\u00e8ce fut marqu\u00e9 non seulement par \u00ab\u00a0l\u2019humiliation\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9glise russe, mais aussi par les pr\u00e9tentions d\u00e9clar\u00e9es de Constantinople \u00e0 la juridiction universelle. Ces pr\u00e9tentions se d\u00e9clar\u00e8rent lorsque l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe se retrouva otage de la politique violemment anticl\u00e9ricale des bolcheviks. Les hi\u00e9rarques russes de l\u2019\u00e9tranger durent r\u00e9agir aux \u00e9v\u00e8nements eccl\u00e9siastiques en cours en Russie sovi\u00e9tique, en m\u00eame temps qu\u2019\u00e0 la r\u00e9action du Phanar \u00e0 ces \u00e9v\u00e8nements. Or, cette r\u00e9action \u00e9tait tout \u00e0 fait sans \u00e9quivoque. Le schisme des r\u00e9novateurs fut re\u00e7u douloureusement par les hi\u00e9rarques russes de la diaspora.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1922, la HDE de l\u2019\u00e9tranger d\u00e9clara les leaders r\u00e9novateurs d\u00e9pourvus de la gr\u00e2ce (tout en assurant que le patriarche Tikhon et son Saint-Synode devaient prononcer le jugement). La collaboration entre les leaders du schisme et les bolcheviks fut qualifi\u00e9e par les membres de l\u2019\u00c9glise \u00e0 l\u2019\u00e9tranger de \u00ab p\u00e9ch\u00e9 de Judas\u00a0\u00bb. A l\u2019\u00e9t\u00e9 1922, la Conf\u00e9rence conjointe du Synode hors-fronti\u00e8res et du Conseil eccl\u00e9siastique de l\u2019ERHF d\u00e9clara qu\u2019elle consid\u00e9rait les membres du schisme comme frapp\u00e9s d\u2019anath\u00e8me. En m\u00eame temps, estime Kostrioukov, \u00ab\u00a0au Synode de l\u2019\u00c9glise hors fronti\u00e8res, on consid\u00e9rait que de bons rapports avec le Phanar l\u2019emp\u00eacheraient de reconna\u00eetre les r\u00e9novateurs\u00a0\u00bb. Les archipasteurs \u00e0 l\u2019\u00e9tranger esp\u00e9raient donc sinc\u00e8rement pouvoir faire changer d\u2019avis les Phanariotes et les forcer \u00e0 avoir un regard plus \u00ab\u00a0objectif\u00a0\u00bb sur le schisme dans l\u2019\u00c9glise russe. La d\u00e9cision d\u2019anath\u00e9matiser les r\u00e9novateurs, selon l\u2019auteur, fut prise non sans l\u2019influence de la fameuse lettre du patriarche Tikhon du 6 d\u00e9cembre 1922, dont l\u2019authenticit\u00e9 n\u2019a toujours pas \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9e. Cette lettre anath\u00e9matisait la direction des r\u00e9form\u00e9s, tandis que la situation en Russie \u00e9tait qualifi\u00e9e \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9poque du triomphe de satan et du r\u00e8gne de l\u2019ant\u00e9christ\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Kostrioukov est convaincu que c\u2019est dans ce contexte qu\u2019il faut envisager la participation des hi\u00e9rarques de l\u2019\u00e9tranger Anastase (Gribanovski) et Alexandre (Nemolovski) au pseudo-Congr\u00e8s panorthodoxe, convoqu\u00e9 par le patriarche M\u00e9l\u00e8ce en mai-juin 1923. Ce congr\u00e8s \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb ne fut pas approuv\u00e9 des \u00ab\u00a0hi\u00e9rarques russes de l\u2019\u00e9tranger\u00a0\u00bb (l\u2019archev\u00eaque Anastase le quitta apr\u00e8s 4 s\u00e9ances), et le Concile \u00e9piscopal de l\u2019\u00c9glise russe hors fronti\u00e8res rejeta la m\u00eame ann\u00e9e les d\u00e9cisions qui y furent prises.<\/p>\n<p>Ces diff\u00e9rentes manifestations datent de l\u2019\u00e9poque du patriarche M\u00e9l\u00e8ce. Seulement apr\u00e8s, \u00e9crit A. Kostrioukov, les repr\u00e9sentants de l\u2019ERHF \u00e9valu\u00e8rent \u00e0 sa juste valeur la conduite expansionniste du si\u00e8ge constantinopolitain. Peu apr\u00e8s, le Phanar donna un nouveau pr\u00e9texte \u00e0 une r\u00e9action n\u00e9gative\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1924, le patriarche Gr\u00e9goire (VII) cessa toute communication avec le patriarche Tikhon et resta en contact uniquement avec le faux synode du \u00ab\u00a0m\u00e9tropolite\u00a0\u00bb Evdokim (Mechtcherski).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi, il devint clair que le Phanar s\u2019effor\u00e7ait de r\u00e9soudre ses propres objectifs g\u00e9opolitiques, sans tenir compte de l\u2019opinion de l\u2019ERHF sur les schismatiques russes. Par ailleurs, les d\u00e9clarations de l\u2019ERHF contre les r\u00e9novateurs eurent pour r\u00e9sultat que les patriarches orientaux, \u00e0 l\u2019exclusion, bien entendu, de Constantinople, ne reconnurent pas l\u2019organisation religieuse schismatique comme une v\u00e9ritable \u00e9glise. Les d\u00e9clarations politiquement engag\u00e9es des adversaires du patriarche Tikhon, comme quoi celui-ci aurait \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 de son si\u00e8ge par le Phanar avec l\u2019accord des autres premiers hi\u00e9rarques de l\u2019Orient orthodoxes, furent d\u00e9savou\u00e9es.<\/p>\n<p>Il devint de plus en plus \u00e9vident que l\u2019ERHF ne pouvait faire confiance au Patriarcat de Constantinople, d\u00e9pendant des autorit\u00e9s civiles. \u00ab\u00a0Le Phanar, r\u00e9pandant son pouvoir, affirme Kostrioukov, imposait de fait \u00e0 la diaspora russe la soumission au r\u00e9gime communiste.\u00a0\u00bb De plus, le modernisme \u00e9voqu\u00e9 plus haut ne pouvait pas ne pas \u00eatre un emp\u00eachement \u00e0 des \u00e9changes fraternels entre l\u2019ERHF et Constantinople\u00a0: l\u2019imposition du nouveau calendrier et les tentatives de convocation d\u2019un Concile \u0153cum\u00e9nique, qui se renouvell\u00e8rent au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930.<\/p>\n<p>La conduite du Phanar provoqua une rupture \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00e9migration russe. En 1938, les repr\u00e9sentants de l\u2019exarchat d\u2019Europe occidentale (\u00ab\u00a0Eulogiens\u00a0\u00bb) ne furent pas invit\u00e9s au Second Concile Hors Fronti\u00e8res. La situation, comme le montre A. Kostrioukov, ne s\u2019am\u00e9liora pas apr\u00e8s la guerre, lorsque Staline tenta d\u2019utiliser le Patriarcat de Moscou dans sa politique \u00e9trang\u00e8re. Pour beaucoup \u00ab\u00a0d\u2019Eulogiens\u00a0\u00bb, la question \u00ab\u00a0Patriarcat de Moscou ou Constantinople\u00a0\u00bb signifiait \u00ab\u00a0pour ou contre le r\u00e9gime sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb. Le Patriarcat de Moscou fut bient\u00f4t consid\u00e9r\u00e9 comme le serviteur et l\u2019alli\u00e9 du r\u00e9gime ath\u00e9e.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le passage officiel des paroisses de l\u2019exarchat d\u2019Europe occidental sous l\u2019omophore du Patriarcat de Moscou, en septembre 1945, cette d\u00e9cision, pour les raisons indiqu\u00e9es ci-dessus (et pour d\u2019autres), se r\u00e9v\u00e9la impraticable. Durant les 18 ann\u00e9es qui suivirent, l\u2019exarchat, faisant partie de l\u2019\u00c9glise constantinopolitaine, \u00ab\u00a0se d\u00e9lecta de sa tranquilit\u00e9\u00a0\u00bb, selon A. Kostrioukov.<\/p>\n<p>La situation changea au milieu des ann\u00e9es 1960, \u00e0 cause de la position difficile du Phanar et de l\u2019intensification de l\u2019activit\u00e9 internationale du Patriarcat de Moscou. L\u2019exarchat, auquel Constantinople dut renoncer, refusa de se soumettre \u00e0 Moscou, d\u00e9clarant son ind\u00e9pendance. C\u2019est ainsi qu\u2019apparut un archev\u00each\u00e9 de France, d\u2019Europe occidentale et des \u00c9glises russes de la diaspora en Europe occidentale. L\u2019autonomie dura plus de cinq ans. Lorsque le Phanar parvint \u00e0 raffermir sa position (qui avait souffert du conflit gr\u00e9co-turc \u00e0 cause de Chypre en 1965), l\u2019ancien exarchat rentra dans sa juridiction. L\u2019une des raisons ayant motiv\u00e9 cette d\u00e9cision, fut l\u2019octroi du statut d\u2019autoc\u00e9phalie \u00e0 l\u2019\u00c9glise orthodoxe en Am\u00e9rique par le Patriarcat de Moscou, en 1970.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les ranc\u0153urs mutuelles, jusqu\u2019au milieu des ann\u00e9es 1960, la communion entre les \u00c9glises ne fut pas rompue. La situation changea radicalement apr\u00e8s les nouvelles d\u00e9clarations \u00ab\u00a0modernistes\u00a0\u00bb des leaders du Phanar. Dans les ann\u00e9es 1960, le patriarche Ath\u00e9nagoras (Spirou) d\u00e9clara que l\u2019\u00c9glise \u00e9tait divis\u00e9e comme la tunique du Christ et, en d\u00e9cembre 1965, posa un acte sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l\u2019histoire de l\u2019Orthodoxie en d\u00e9cidant, conjointement avec le pape Paul VI, de la lev\u00e9e des anath\u00e8mes mutuels de 1054. Le nouveau cours pris par le patriarche Ath\u00e9nagoras rencontra une rude opposition de la part du chef de l\u2019ERHF, le m\u00e9tropolite Philar\u00e8te (Voznessenski). En m\u00eame temps, les repr\u00e9sentants de l\u2019ERHF prirent des contacts \u00e9troits avec les repr\u00e9sentants des grecs \u00ab ancien-style\u00a0\u00bb. Finalement, les rapports entre l\u2019ERHF et les \u00c9glises orthodoxes locales cess\u00e8rent\u00a0: dans les ann\u00e9es 1970, \u00ab\u00a0les \u00e9ditions de l\u2019\u00c9glise hors fronti\u00e8res ne mentionnent plus aucune conc\u00e9l\u00e9bration avec les repr\u00e9sentants de quelque autre \u00c9glise que ce soit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi s\u2019achev\u00e8rent les contacts entre les \u00e9migr\u00e9s russes de l\u2019\u00c9glise hors fronti\u00e8res ou leurs descendants avec Constantinople. Le respect, l\u2019espoir dans le soutien du Phanar, entretenu par les \u00e9migr\u00e9s russes du d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, laiss\u00e8rent la place \u00e0 la m\u00e9fiance, au m\u00e9pris, puis \u00e0 l\u2019isolement. Pour Andre\u00ef Kostrioukov, il n\u2019y a pas lieu d\u2019en accuser l\u2019\u00c9glise hors fronti\u00e8res. \u00ab\u00a0Il a fallu que le Phanar fasse beaucoup pour perdre la confiance des \u00e9migr\u00e9s russes\u00a0: politique obs\u00e9quieuse devant les autorit\u00e9s communistes, reconnaissance effective du schisme r\u00e9novateur, intrigues contre le patriarche Tikhon et les hi\u00e9rarques russes r\u00e9fugi\u00e9s. Les pr\u00e9tentions de Constantinople \u00e0 la juridiction sur la diaspora n\u2019am\u00e9lior\u00e8rent pas les rapports avec l\u2019\u00c9glise russe hors fronti\u00e8res. Tout cela ne pouvait pas ne pas \u00e9loigner du si\u00e8ge \u0153cum\u00e9nique la majorit\u00e9 des \u00e9migr\u00e9s russe.\u00a0\u00bb Selon l\u2019historien, l\u2019\u00c9glise hors fronti\u00e8res a perdu non seulement son alli\u00e9 dans la lutte contre les pers\u00e9cuteurs, mais s\u2019est acquis un adversaire dans le Phanar.<\/p>\n<p><em>Sergue\u00ef Firsov (n\u00e9 en 1967), docteur en sciences historiques, professeur de l\u2019Acad\u00e9mie de th\u00e9ologie de Saint-P\u00e9tersbourg et de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00e9tat Herzen de Saint-P\u00e9tersbourg, membre du Conseil de th\u00e8se de l\u2019\u00c9glise et du Conseil de th\u00e8se r\u00e9uni en th\u00e9ologie.<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le th\u00e8me des rapports entre \u00ab \u00c9glise-m\u00e8re \u00bb et \u00ab \u00c9glise-fille \u00bb, entre les \u00c9glises orthodoxes constantinopolitaine et russe, au si\u00e8cle dernier, est extr\u00eamement douloureux. Le pr\u00eatre Alexandre Mazyrine, docteur en histoire eccl\u00e9siastique, et Andre\u00ef Kostrioukov, docteur en sciences historiques, soul\u00e8vent ce th\u00e8me sans prendre de gants dans le recueil \u00ab De l\u2019histoire des rapports entre les \u00c9glises russe et constantinopolitaine au XXe si\u00e8cle \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":15,"featured_media":167936,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[112,9,1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/167933"}],"collection":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=167933"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/167933\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/167936"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=167933"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=167933"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=167933"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}