{"id":149569,"date":"2017-08-28T17:08:38","date_gmt":"2017-08-28T14:08:38","guid":{"rendered":"https:\/\/mospat.ru\/?p=149569"},"modified":"2017-08-31T16:17:29","modified_gmt":"2017-08-31T13:17:29","slug":"%d1%81%d0%be%d0%b1%d0%be%d1%80-17-%d0%b3%d0%be-%d0%b3%d0%be%d0%b4%d0%b0-%d0%ba%d0%b0%d0%ba-%d0%bc%d0%b5%d0%b6%d0%b4%d1%83-%d0%b4%d0%b2%d1%83%d0%bc%d1%8f-%d1%80%d0%b5%d0%b2%d0%be%d0%bb%d1%8e%d1%86","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/2017\/08\/28\/news149569\/","title":{"rendered":"Le Concile de 1917 : restauration du Patriarcat entre deux r\u00e9volutions"},"content":{"rendered":"<p><em>La \u00ab\u00a0Rossi\u00efska\u00efa gazeta\u00a0\u00bb a publi\u00e9 un article du m\u00e9tropolite Hilarion consacr\u00e9 au centenaire du Concile local de 1917-1918. Ce Concile, qui r\u00e9tablit le Patriarcat dans l\u2019\u00c9glise russe d\u00e9buta le 28 ao\u00fbt 1917, en la f\u00eate de la Dormition de la M\u00e8re de Dieu.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">De f\u00e9vrier \u00e0 octobre<\/p>\n<p>Il y a cent ans, la monarchie russe a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9e au cours ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la r\u00e9volution bourgeoise. Le nouveau pouvoir, celui du Gouvernement provisoire, resta fort peu de temps en place, \u00e0 peine un peu plus de six mois. En octobre, le pays fut secou\u00e9 par une nouvelle r\u00e9volution, \u00ab\u00a0prol\u00e9taire\u00a0\u00bb, celle-l\u00e0, qui re\u00e7ut plus tard le nom de r\u00e9volution d\u2019octobre. Elle marqua le point de d\u00e9part de pers\u00e9cutions contre l\u2019\u00c9glise sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l\u2019histoire de la Russie.<\/p>\n<p>Entre les deux, cependant, l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe parvint \u00e0 inaugurer un Concile local auquel elle se pr\u00e9parait depuis plus de dix ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Le premier et le principal r\u00e9sultat de ce concile, selon la plupart des historiens, en m\u00eame temps que le principal \u00e9v\u00e8nement de l\u2019histoire eccl\u00e9siastique contemporaine, fut la restauration du Patriarcat. En la personne du nouveau patriarche Tikhon, le Concile a donn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9glise un chef spirituel, le symbole de son unit\u00e9, de sa fid\u00e9lit\u00e9 au Christ et \u00e0 la conciliarit\u00e9. Cet \u00e9v\u00e8nement a effectivement eu une immense importance\u00a0: en supprimant le syst\u00e8me de direction synodale, qui avait perdu toute actualit\u00e9, et en r\u00e9tablissant le Patriarcat, le Concile a trac\u00e9 une fronti\u00e8re entre deux p\u00e9riodes de l\u2019histoire eccl\u00e9siastique russe.<\/p>\n<p>Cependant, le Concile local panrusse de 1917-1918 aura eu aussi, \u00e0 mon avis, un second r\u00e9sultat tout aussi important\u00a0: il a uni l\u2019\u00c9glise devant le danger des pers\u00e9cutions. Si le Concile n\u2019avait pas eu lieu, l\u2019\u00c9glise aurait eu beaucoup plus de difficult\u00e9s \u00e0 soutenir ces \u00e9preuves. Dans les faits, le Concile a permis d\u2019organiser la vie de l\u2019\u00c9glise sur de nouvelles bases sans intervention de l\u2019\u00e9tat, d\u2019\u00e9laborer et d\u2019adopter des lois fondamentales, d\u2019esquisser la voie \u00e0 suivre, de permettre \u00e0 l\u2019\u00c9glise d\u2019exister dans un contexte socio-politique en plein changement.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de la seconde session, les membres du Concile durent tenir compte de la situation politique changeante, qui dictait un ordre du jour, diff\u00e9rent de celui pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019origine. Le jour qui suivit le coup d\u2019\u00e9tat d\u2019octobre, l\u2019archipr\u00eatre Jean Kotchourov fut fusill\u00e9 \u00e0 Tsarskoe Selo, devenant le premier nouveau-martyr de l\u2019\u00c9glise russe. A compter de ce moment, les pers\u00e9cutions contre le clerg\u00e9 devinrent syst\u00e9matiques et massives.<\/p>\n<p>Souhaitant attirer l\u2019attention de la soci\u00e9t\u00e9 sur les iniquit\u00e9s commises dans le pays et esp\u00e9rant encore agir sur le nouveau pouvoir, le patriarche Tikhon \u00e9crivit le 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1918 une lettre, dans laquelle il tra\u00e7ait un tableau r\u00e9aliste de ce qui se passait alors en Russie\u00a0: \u00ab\u00a0La Sainte \u00c9glise orthodoxe du Christ sur la terre russe traverse aujourd\u2019hui des temps tr\u00e8s rudes\u00a0: les ennemis visibles et invisibles de la v\u00e9rit\u00e9 du Christ pers\u00e9cutent cette v\u00e9rit\u00e9. Ils aspirent \u00e0 perdre l\u2019\u0153uvre du Christ et \u00e0 semer partout une semence d\u2019hostilit\u00e9 et de haine au lieu de la charit\u00e9 chr\u00e9tienne, soulevant le fr\u00e8re contre le fr\u00e8re (\u2026) Le pouvoir qui a promis d\u2019\u00e9tablir en Russie le droit et la justice, d\u2019assurer la libert\u00e9 et l\u2019ordre ne fait partout montre que d\u2019un arbitraire sans nom et d\u2019une violence constante\u2026 contre la sainte \u00c9glise orthodoxe\u2026 avec une audace encore inou\u00efe et une impitoyable cruaut\u00e9\u2026 Insens\u00e9s\u00a0! Revenez \u00e0 vous\u00a0! Cessez vos sanglants massacres\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Le temps de l\u2019iniquit\u00e9<\/p>\n<p>Mais les insens\u00e9s ne revinrent pas \u00e0 eux, n\u2019entendirent pas l\u2019appel du Patriarche et ne s\u2019arr\u00eat\u00e8rent pas dans leurs iniquit\u00e9s. Quelques jours apr\u00e8s la publication de cette lettre, le 7 f\u00e9vrier 1918, le doyen des hi\u00e9rarques de l\u2019\u00c9glise russe, pr\u00e9sident d\u2019honneur du Concile local, le m\u00e9tropolite de Kiev Vladimir (Bogo\u00efavlenski) fut tu\u00e9 sous les murs de la laure des Grottes de Kiev. Le corps du m\u00e9tropolite assassin\u00e9 fut d\u00e9couvert au matin\u00a0: il gisait sur le dos dans une mare de sang, son encolpion, arrach\u00e9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, portant la marque de nombreux coups de ba\u00efonnettes et de coups de crosse en plus des blessures inflig\u00e9es par les balles. Les mains de l\u2019hi\u00e9rarque avaient gard\u00e9 la position de la derni\u00e8re b\u00e9n\u00e9diction qu\u2019il donna \u00e0 ses bourreaux.<\/p>\n<p>La nouvelle de la mort du pr\u00e9sident d\u2019honneur du Concile bouleversa tous ses membres. En r\u00e9ponse \u00e0 ce meurtre, le Concile ordonna d\u2019instituer un m\u00e9morial annuel \u00ab\u00a0pour tous les confesseurs et martyrs morts pendant la p\u00e9riode actuelle de pers\u00e9cutions\u00a0\u00bb le jour de la mort du m\u00e9tropolite Vladimir de Kiev. Par ailleurs, craignant pour la vie du premier hi\u00e9rarque de l\u2019\u00c9glise russe, le Concile le pria de statuer sur les fonctions de locum-tenens du tr\u00f4ne patriarcal et de d\u00e9signer lui-m\u00eame plusieurs candidats \u00e0 ce poste, qui pourraient, en cas de n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9lection conciliaire, recevoir ses pleins-pouvoirs par testament.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res r\u00e9unions de la seconde session du Concile furent consacr\u00e9es aux \u00e9v\u00e8nements en cours dans le pays. Le d\u00e9but de cette p\u00e9riode de pers\u00e9cution fut soulign\u00e9 encore une fois par un d\u00e9cret conciliaire sur le travail de l\u2019appareil administratif de l\u2019\u00c9glise dans le contexte du nouveau pouvoir. Le document disait que \u00ab\u00a0les nouvelles conditions de la vie eccl\u00e9siale exigent des eccl\u00e9siastiques une attention soutenue et des efforts intensifs pour poursuivre comme il convient et avec succ\u00e8s l\u2019\u0153uvre spirituelle, malgr\u00e9 les pers\u00e9cutions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En 1918, presque chaque r\u00e9union du Concile local fut ponctu\u00e9e de la nouvelle d\u2019arrestations, de d\u00e9portations et d\u2019ex\u00e9cutions sommaires. Pour soutenir et aider les d\u00e9tenus, le Concile s\u2019employa \u00e0 organiser des d\u00e9l\u00e9gations allant vers les lieux de d\u00e9tention et d\u2019exil. Il fut d\u00e9cid\u00e9 de cr\u00e9er une Commission sp\u00e9ciale pour l\u2019\u00e9tude des probl\u00e8mes soulev\u00e9s par les pers\u00e9cutions contre l\u2019\u00c9glise. Cette commission sera le premier organe \u00e0 collecter et \u00e0 conserver des informations sur le chemin de croix de l\u2019\u00c9glise russe au XX si\u00e8cle. Les pers\u00e9cutions contre l\u2019\u00c9glise, les exactions contre les pr\u00eatres furent le th\u00e8me de presque toutes les s\u00e9ances de la troisi\u00e8me session du Concile. Cette session commen\u00e7a par un office de requiem pour le tsar Nicolas II assassin\u00e9 et se termina par la lecture du martyrologe des nouveaux-martyrs, dont les noms \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 connus au moment de la cl\u00f4ture du Concile. La comparaison de cette liste avec les donn\u00e9es dont nous disposons aujourd\u2019hui montre que la Commission conciliaire savait peu de choses sur l\u2019ampleur r\u00e9elle des r\u00e9pressions.<\/p>\n<p>En dehors des mauvais traitements physiques inflig\u00e9s au clerg\u00e9 et aux fid\u00e8les, le nouveau pouvoir fit son possible pour \u00e9liminer l\u2019\u00c9glise juridiquement parlant. Ses d\u00e9crets et ses instructions touchant \u00e0 la position et \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise orthodoxe privaient pratiquement celle-ci du droit d\u2019exister dans le nouvel \u00e9tat. Sa Saintet\u00e9 le patriarche Tikhon d\u00e9clara lors de la derni\u00e8re session du Concile que les d\u00e9crets adopt\u00e9s par le pouvoir sovi\u00e9tique sur l\u2019\u00c9glise la \u00ab\u00a0for\u00e7ait in\u00e9vitablement \u00e0 la confession de foi et au martyre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es de pers\u00e9cution, des millions de fid\u00e8les ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 des pers\u00e9cutions, \u00e0 des vexations, ont \u00e9t\u00e9 victimes de discriminations allant des moqueries et des licenciements \u00e0 la d\u00e9tention ou \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la peine capitale. De 1918 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1920, au moins 28 \u00e9v\u00eaques furent tu\u00e9s, des milliers de pr\u00eatres furent mis en prison ou assassin\u00e9s. Dans les ann\u00e9es 1930, le nombre de victimes des r\u00e9pressions s\u2019\u00e9l\u00e8va \u00e0 plusieurs dizaines de milliers, les r\u00e9pressions touch\u00e8rent aussi des millions de paroissiens et de moines. Pratiquement tout l\u2019\u00e9piscopat de l\u2019\u00c9glise russe fut \u00e9limin\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque\u00a0: seuls quatre \u00e9v\u00eaques dioc\u00e9sains rest\u00e8rent en libert\u00e9, mais des \u00ab\u00a0chefs d\u2019accusation\u00a0\u00bb permettant de les arr\u00eater \u00e0 tout instant \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 fabriqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Le pouvoir sovi\u00e9tique ferma toutes les \u00e9coles de th\u00e9ologie, toutes les \u00e9glises fonctionnant aupr\u00e8s d\u2019\u00e9coles, d\u2019h\u00f4pitaux et de casernes, et ce, d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de son existence. La fermeture g\u00e9n\u00e9rale des monast\u00e8res et des \u00e9glises paroissiales commen\u00e7a d\u00e8s 1918. En 1939, seules 100 \u00e9glises orthodoxes sur les 60\u00a0000 existant en 1917 fonctionnaient encore.<\/p>\n<p>Les pers\u00e9cutions se poursuivirent durant plus de soixante-dix ans, de 1917 \u00e0 la \u00ab\u00a0perestro\u00efka\u00a0\u00bb de la fin des ann\u00e9es 1980. Mais l\u2019\u00c9glise tint bon, pour beaucoup gr\u00e2ce au Concile local de 1917-1918. Il sut consolider les forces vives de l\u2019\u00c9glise, donner une appr\u00e9ciation juste de l\u2019\u00e9poque ath\u00e9e qui s\u2019ouvrait, aida \u00e0 raviver la vie paroissiale, permit \u00e0 chacun \u2013 pr\u00eatre ou la\u00efcs \u2013 de se sentir responsable du destin de l\u2019\u00c9glise. Il resta pour les fid\u00e8les une sorte de \u00ab\u00a0phare\u00a0\u00bb, le mod\u00e8le auquel il fallait tendre. Comme le montr\u00e8rent les r\u00e9sultats du recensement de 1937, plus de la moiti\u00e9 des citoyens de l\u2019\u00e9tat sovi\u00e9tique ath\u00e9e (environ 60%) d\u00e9claraient leur foi en Dieu malgr\u00e9 les exactions commises contre les fid\u00e8les.<\/p>\n<p>Tout ceci permit \u00e0 l\u2019\u00c9glise non seulement de tenir bon, mais aussi de rena\u00eetre d\u00e8s que les circonstances le permirent.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">D\u00e9but du Second bapt\u00eame de la Russie<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s ne furent forc\u00e9es de changer leur attitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00c9glise qu\u2019en 1988, au moment du Concile local pr\u00e9parant les c\u00e9l\u00e9brations du Mill\u00e9naire du bapt\u00eame de la Russie. C\u2019est \u00e0 compter de cette date que d\u00e9buta la renaissance de la tradition conciliaire et le retour \u00e0 la pratique de la vie eccl\u00e9siale d\u00e9finie par le Concile local panrusse de 1917-1918. La c\u00e9l\u00e9bration du mill\u00e9naire du bapt\u00eame de la Russie, per\u00e7ue au d\u00e9part par les autorit\u00e9s comme un \u00e9v\u00e8nement strictement eccl\u00e9siastique, se transforma en un triomphe populaire, t\u00e9moignant de la vitalit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise que les pers\u00e9cutions n\u2019avaient pu briser et dont l\u2019autorit\u00e9 restait grande aux yeux du peuple.<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e jubilaire 1988 est entr\u00e9e dans l\u2019histoire comme celle d\u2019un changement radical dans les relations entre l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00e9tat, entre l\u2019\u00c9glise et la soci\u00e9t\u00e9. La c\u00e9l\u00e9bration du mill\u00e9naire a marqu\u00e9 le d\u00e9but du Second bapt\u00eame de la Russie, qui se poursuit jusqu\u2019\u00e0 nos jours. A la fin des ann\u00e9es 1980 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, des millions de gens, dans tout l\u2019espace de l\u2019ancienne Union sovi\u00e9tique, se convertirent. Dans les grandes paroisses citadines, des dizaines et des centaines de personnes recevaient quotidiennement le bapt\u00eame.<\/p>\n<p>Un an plus tard, du 9 au 11 octobre 1989, l\u2019\u00c9glise r\u00e9unit un Concile \u00e9piscopal, dont l\u2019une des plus importantes d\u00e9cisions fut la canonisation de Sa Saintet\u00e9 le patriarche Tikhon. Par ailleurs, le Concile posa ouvertement la question d\u2019un r\u00e9examen de la position discriminatoire de l\u2019\u00c9glise dans l\u2019\u00e9tat\u00a0: l\u2019\u00c9glise russe d\u00e9clara qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire de modifier la l\u00e9gislation et de reconna\u00eetre l\u2019organisation eccl\u00e9siastique dans son ensemble comme personne juridique.<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante, en 1990, l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe se r\u00e9unit en Concile local. Pour la premi\u00e8re fois depuis 1917, le Patriarche y fut \u00e9lu au scrutin secret. Ce m\u00eame Concile organisa une Commission pour la canonisation des saints, charg\u00e9e de pr\u00e9parer les mat\u00e9riaux de canonisation des nouveaux-martyrs du XX si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Deux ans plus tard, le Concile \u00e9piscopal suivant r\u00e9tablit la f\u00eate des Nouveaux-martyrs et confesseurs russes et canonisa les premiers nouveaux-martyrs.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1990, la l\u00e9gislation supprima tout emp\u00eachement artificiel \u00e0 la renaissance de la vie eccl\u00e9siale. Les sanctuaires de l\u2019\u00c9glise lui furent rendus les uns apr\u00e8s les autres, une p\u00e9riode d\u2019intense construction de nouvelles \u00e9glises et de monast\u00e8res d\u00e9buta\u00a0; le nombre de clercs, de moines et de paroissiens augmenta sensiblement. Durant les 29 ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es depuis 1988, le nombre de paroisses de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe a augment\u00e9 de 6000 \u00e0 36\u00a0000. Cela veut dire que plus de 1000 paroisses ouvrirent par an, ou plus de trois par jour. L\u2019augmentation du nombre de paroisses se poursuit \u00e0 la m\u00eame vitesse.<\/p>\n<p>Entre 1988 et 2017, le nombre de monast\u00e8res de l\u2019\u00c9glise russe est pass\u00e9 de 21 \u00e0 plus de 900. Tous les grands centres du monachisme russe ont repris leur activit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1990, les dioc\u00e8ses ouvrirent des s\u00e9minaires et des \u00e9coles de th\u00e9ologie. A l\u2019heure actuelle, plus de cinquante \u00e9coles de th\u00e9ologie fonctionnent, allant d\u2019\u00e9tablissements d\u2019enseignement sup\u00e9rieur (Institut des hautes \u00e9tudes, acad\u00e9mies de th\u00e9ologie et s\u00e9minaires) \u00e0 des \u00e9tablissements d\u2019enseignement secondaire (\u00e9coles, gymnases). Par ailleurs, des d\u00e9partements de th\u00e9ologie fonctionnent dans plus de 50 \u00e9tablissements d\u2019\u00e9tat, conform\u00e9ment \u00e0 la norme sur la discipline \u00ab\u00a0th\u00e9ologie\u00a0\u00bb adopt\u00e9e en 2001.<\/p>\n<p>Le Concile \u00e9piscopal jubilaire d\u2019ao\u00fbt 2000 a \u00e9t\u00e9 un jalon important dans le d\u00e9veloppement historique de l\u2019\u00c9glise russe. Par son ampleur, il est comparable au Concile local de 1917-1918. Il aura surtout canonis\u00e9 tous les nouveaux-martyrs et confesseurs russes du XX si\u00e8cle, c\u2019est-\u00e0-dire tous ceux qui donn\u00e8rent leur vie pour leur foi, furent victimes de r\u00e9pressions de la part du pouvoir sovi\u00e9tique. L\u2019\u00c9glise donnait ainsi son appr\u00e9ciation de cette p\u00e9riode tragique de l\u2019histoire russe. Parmi les centaines de milliers de martyrs et de confesseurs, dont beaucoup moururent inconnus et dont nous ne conna\u00eetrons peut-\u00eatre jamais l\u2019exploit, plus de mille ont \u00e9t\u00e9 personnellement canonis\u00e9s\u00a0: il s\u2019agit de martyrs dont la vie fut \u00e9tudi\u00e9e par la Commission pour la canonisation des saints et dont le martyre est document\u00e9. Aujourd\u2019hui, environ 1800 martyrs et confesseurs du XX si\u00e8cle figurent au calendrier.<\/p>\n<p>Le Concile \u00e9piscopal suivant se r\u00e9unit en 2004 et s\u2019attacha surtout \u00e0 l\u2019\u00e9tude des rapports avec l\u2019\u00c9glise russe hors-fronti\u00e8res. Le Concile approuva le rapprochement avec cette structure, entam\u00e9 au d\u00e9but du XXI si\u00e8cle. L\u2019acte de r\u00e9tablissement de la communion canonique fut sign\u00e9 le 17 mai 2007. Ainsi fut-il possible de surmonter d\u00e9finitivement la p\u00e9riode de division tragique dans l\u2019\u00c9glise russe au XX si\u00e8cle, qui commen\u00e7a en m\u00eame temps que les troubles r\u00e9volutionnaires et perdura plus de quatre-vingts ans.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9largissement de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe ne concerna pas seulement les pays de l\u2019espace post-sovi\u00e9tique, mais aussi l\u2019\u00e9tranger. Depuis 1988, le nombre de paroisses russes y a consid\u00e9rablement augment\u00e9. Aujourd\u2019hui environ un millier de paroisses et plus de 50 monast\u00e8res fonctionnent dans 57 pays de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tranger lointain\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, suivant les statistiques, plus de 70% de Russes disent faire partie de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe. La majeure partie des croyants d\u2019Ukraine, de Bi\u00e9lorussie et de Moldavie entrent \u00e9galement dans la juridiction du Patriarcat de Moscou. La responsabilit\u00e9 canonique de l\u2019\u00c9glise russe s\u2019\u00e9tend aux pays Baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) et aux pays d\u2019Asie centrale (Kazakhstan, Ouzb\u00e9kistan, Kirghizie, Tadjikistan, Turkm\u00e9nie). Le nombre total de membres de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 environ 180 millions de personnes, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il surpasse celui du total des fid\u00e8les de toutes les autres \u00c9glises orthodoxes locales.<\/p>\n<p>La croissance quantitative sans pr\u00e9c\u00e9dent de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe \u00e0 la fin du XX si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXI s\u2019accomplit en m\u00eame temps que de profondes modifications dans sa situation socio-politique en Russie et dans les autres pays de l\u2019ex-URSS. Pour la premi\u00e8re fois depuis plus de 70 ans, l\u2019\u00c9glise est \u00e0 nouveau devenue partie int\u00e9grante de la soci\u00e9t\u00e9, reconnue comme une force morale et spirituelle, disposant d\u2019une haute autorit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9. Pour la premi\u00e8re fois depuis des si\u00e8cles, l\u2019\u00c9glise a acquis son autonomie, elle peut d\u00e9sormais d\u00e9terminer sa place dans la soci\u00e9t\u00e9 sans ing\u00e9rence des autorit\u00e9s civiles, et \u00e9tablir ses propres relations avec l\u2019\u00e9tat. Pour la premi\u00e8re fois, l\u2019\u00c9glise dispose de larges moyens pour son travail missionnaire, social, caritatif, \u00e9ditorial. Elle s\u2019appuie pour beaucoup dans ce travail sur les actes du Concile local panrusse de 1917-1918.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Une exp\u00e9rience qui n\u2019a pas perdu son actualit\u00e9 apr\u00e8s 100 ans<\/p>\n<p>On observe aujourd\u2019hui une nette tendance \u00e0 revenir aux id\u00e9es du Concile de 1917-1918, car ses actes qui, pour une large part, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9s, et son inestimable exp\u00e9rience n\u2019ont pas perdu leur importance \u00e0 notre \u00e9poque. \u00ab\u00a0Ses d\u00e9crets, les mat\u00e9riaux de ses s\u00e9ances, ainsi que les documents pr\u00e9conciliaires pr\u00e9paratoires ont pour beaucoup conserv\u00e9 leur actualit\u00e9 aujourd\u2019hui encore, car ils touchent \u00e0 des questions essentielles de l\u2019organisation de la vie eccl\u00e9siale\u2026 C\u2019est dans ce milieu spirituel d\u2019o\u00f9 sont sortis les martyrs pour la foi que sont n\u00e9es les id\u00e9es de la renaissance eccl\u00e9siale, diff\u00e9r\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 nos jours, mais qui, en tenant compte du contexte qui a chang\u00e9, sont appliqu\u00e9es aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb disait Sa Saintet\u00e9 le patriarche Cyrille dans son allocution \u00e0 la conf\u00e9rence d\u00e9di\u00e9e au centenaire du d\u00e9but des pers\u00e9cutions contre l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe.<\/p>\n<p>Les d\u00e9crets conciliaires de 1917-1918 sont aujourd\u2019hui pour nous non seulement un patrimoine, mais un guide. En s\u2019appuyant sur ces d\u00e9crets, l\u2019\u00c9glise a fond\u00e9 le Haut conseil eccl\u00e9siastique, cr\u00e9\u00e9 des m\u00e9tropoles et des conseils m\u00e9tropolitains, fond\u00e9 le Conseil patriarcal \u00e0 la culture et les tr\u00e9sors dioc\u00e9sains, adopt\u00e9 des R\u00e8glements sur les vicariats dioc\u00e9sains, les assembl\u00e9es dioc\u00e9saines et les tribunaux eccl\u00e9siastiques, d\u00e9fini la paroisse et sa composition, etc.<\/p>\n<p>Le 4 mai 2017, le Saint Synode de l\u2019\u00c9glise orthodoxe a institu\u00e9 une nouvelle f\u00eate, la m\u00e9moire des P\u00e8res du Concile local de 1917-1918. La date de cette f\u00eate a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e au 18 novembre, jour o\u00f9, en 1917, le Concile local restaura le Patriarcat dans l\u2019\u00c9glise russe, et le m\u00e9tropolite Tikhon (Belavine) fut \u00e9lu Patriarche apr\u00e8s une interruption de 217 ans.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9cision synodale est dict\u00e9e par la conscience de l\u2019immense importance du Concile local de 1917-1918 dans la vie de l\u2019\u00c9glise russe jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Aujourd\u2019hui, 46 membres du Concile ont \u00e9t\u00e9 canonis\u00e9s comme nouveaux-martyrs et confesseurs de l\u2019\u00c9glise russe. En tout, plus de 300 des 564 membres du Concile, c\u2019est-\u00e0-dire plus de la moiti\u00e9, ont souffert pour le Christ. Les mat\u00e9riaux en vue de leur canonisation sont en cours d\u2019examen. L\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise orthodoxe ne conna\u00eet pas d\u2019autre Concile dont tant de membres seraient devenus saints, martyrs et confesseurs.<\/p>\n<p>Nous devons garder en m\u00e9moire les pages lumineuses comme les pages tragiques de notre histoire, apprendre \u00e0 l\u2019envisager dans son entier sans rien taire. Seulement ainsi il sera possible de comprendre et de tirer les le\u00e7ons du pass\u00e9. La principale le\u00e7on de l\u2019exp\u00e9rience tragique de notre pass\u00e9 est qu\u2019on ne peut construire sa vie ni celle de la soci\u00e9t\u00e9 sans Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>M\u00e9tropolite Hilarion de Volokolamsk<\/strong><\/p>\n<p><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La \u00ab Rossi\u00efska\u00efa gazeta \u00bb a publi\u00e9 un article du m\u00e9tropolite Hilarion consacr\u00e9 au centenaire du Concile local de 1917-1918. Ce Concile, qui r\u00e9tablit le Patriarcat dans l\u2019\u00c9glise russe d\u00e9buta le 28 ao\u00fbt 1917, en la f\u00eate de la Dormition de la M\u00e8re de Dieu.<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":149570,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1,12],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/149569"}],"collection":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=149569"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/149569\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/149570"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=149569"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=149569"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=149569"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}