{"id":111091,"date":"2014-11-09T20:10:21","date_gmt":"2014-11-09T17:10:21","guid":{"rendered":"https:\/\/mospat.ru\/?p=111091"},"modified":"2015-01-22T15:23:50","modified_gmt":"2015-01-22T12:23:50","slug":"primat-i-sobornost-s-pravoslavnojj-tochki-zreniya","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/2014\/11\/09\/news111091\/","title":{"rendered":"Mgr Hilarion (Alfeyev) Primaut\u00e9 et synodalit\u00e9 d\u2019un point de vue orthodoxe"},"content":{"rendered":"<p><em>Discours du m\u00e9tropolite de Volokolamsk Hilarion (Alfeyev), prononc\u00e9e le 8 novembre au S\u00e9minaire th\u00e9ologique Saint-Vladimir de New York<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Votre B\u00e9atitude,<\/p>\n<p>Vos \u00c9minences et Excellences,<\/p>\n<p>Chers p\u00e8res, fr\u00e8res et s\u0153urs,<\/p>\n<p>Chers invit\u00e9s,<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En premier lieu, je voudrais exprimer ma profonde gratitude au S\u00e9minaire th\u00e9ologique Saint-Vladimir pour m\u2019avoir accord\u00e9 le titre de docteur honoris causa en th\u00e9ologie. Cela a \u00e9t\u00e9 un grand privil\u00e8ge pour moi d\u2019\u00eatre un ami du S\u00e9minaire pendant de nombreuses ann\u00e9es, d\u2019avoir connu ses doyens et chanceliers, \u00e0 commencer par le p\u00e8re Jean Meyendorff de bienheureuse m\u00e9moire, d\u2019avoir fait \u00e9diter mes livres par \u00ab Seminary Press \u00bb et d\u2019avoir particip\u00e9 au Conseil d\u2019administration du S\u00e9minaire. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 les relations entre la Russie et l\u2019Am\u00e9rique sont \u00e0 nouveau tendues, je pense qu\u2019il est particuli\u00e8rement important de d\u00e9velopper des relations fortes entre l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe et l\u2019Orthodoxie am\u00e9ricaine. Je crois que le S\u00e9minaire Saint-Vladimir avec son large rayonnement inter-orthodoxe peut jouer un r\u00f4le crucial dans la restauration de la confiance entre diff\u00e9rentes parties du globe.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, je souhaiterais parler de la question de la synodalit\u00e9 et de la primaut\u00e9. Ce sujet a rev\u00eatu une importance particuli\u00e8re durant les ann\u00e9es r\u00e9centes en raison des travaux de la Commission mixte internationale pour le dialogue th\u00e9ologique entre l\u2019\u00c9glise catholique-romaine et l\u2019\u00c9glise orthodoxe. Cette question est \u00e9galement pertinente pour ce qui est des relations inter-orthodoxes, particuli\u00e8rement dans le contexte des pr\u00e9paratifs du \u00ab\u00a0Grand et saint concile\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9glise orthodoxe. Plus particuli\u00e8rement, cela est appropri\u00e9 en raison de la fa\u00e7on dont la primaut\u00e9 est exerc\u00e9e actuellement dans l\u2019\u00c9glise orthodoxe \u00e0 un niveau universel, ce qui fait que les hi\u00e9rarques et les th\u00e9ologiens de l\u2019\u00c9glise orthodoxe en Am\u00e9rique (OCA) ne participent ni au dialogue entre catholiques et orthodoxes, ni aux pr\u00e9paratifs du Concile panorthodoxe.<\/p>\n<p>Permettez-moi de commencer en clarifiant la signification des diff\u00e9rents termes. Le terme \u00ab synodalit\u00e9 \u00bb, ou \u00ab\u00a0conciliarit\u00e9 \u00bb, est la traduction du mot russe <em>sobornost\u2019<\/em>, qui est lui-m\u00eame un n\u00e9ologisme cr\u00e9\u00e9 par les slavophiles du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, tels que Kire\u00efevsky et Khomiakov, afin de d\u00e9signer la communion de tous les fid\u00e8les du monde entier dans le sein de l\u2019\u00c9glise une. Cette communion incluait \u00e0 la fois les vivants et les morts. Selon Kire\u00efevsky, \u00ab\u00a0la totalit\u00e9 de tous les chr\u00e9tiens de toutes les \u00e9poques, pass\u00e9es et pr\u00e9sentes, constitue une assembl\u00e9e une, indivisible, \u00e9ternelle et vivante des fid\u00e8les, maintenue ensemble pr\u00e9cis\u00e9ment tant par l\u2019unit\u00e9 de conscience que par la communion de pri\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans un sens plus \u00e9troit, le terme de synodalit\u00e9, ou conciliarit\u00e9, venant du mot \u00ab concile \u00bb (<em>synodos<\/em> en grec, <em>concilium<\/em> en latin), d\u00e9signe \u00ab une assembl\u00e9e d\u2019\u00e9v\u00eaques qui exercent une responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re \u00bb. C\u2019est ainsi que la d\u00e9claration controvers\u00e9e de Ravenne de la Commission mixte de dialogue entre catholiques et orthodoxes interpr\u00e8te le terme. Le document d\u00e9clare que \u00ab cette dimension conciliaire de la vie de l\u2019\u00c9glise appartient \u00e0 sa nature la plus profonde\u00bb et qu\u2019elle \u00ab doit \u00eatre pr\u00e9sente aux trois niveaux &#8211; local, r\u00e9gional et universel &#8211; de la communion eccl\u00e9siale : au niveau local du dioc\u00e8se confi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque ; au niveau r\u00e9gional d\u2019un ensemble d\u2019\u00c9glises locales avec leurs \u00e9v\u00eaques qui \u00ab reconnaissent celui qui est le premier entre eux \u00bb (Canon apostolique 34) ; et au niveau universel, o\u00f9 ceux qui sont les premiers<em> (protoi) <\/em>dans les diverses r\u00e9gions, avec tous les \u00e9v\u00eaques, collaborent pour ce qui concerne la totalit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise. \u00c0 ce niveau \u00e9galement, les <em>protoi<\/em> doivent reconna\u00eetre celui qui, parmi eux, est le premier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le terme de primaut\u00e9 dans ce contexte d\u00e9signe le leadership d\u2019une personne, qui a un rang hi\u00e9rarchique \u00e0 chacun des trois niveaux susmentionn\u00e9s. La d\u00e9claration de Ravenne d\u00e9clare que la primaut\u00e9 et la conciliarit\u00e9 sont mutuellement interd\u00e9pendantes. Selon ce document, \u00ab\u00a0dans l\u2019histoire de l\u2019Orient et de l\u2019Occident, tout au moins jusqu\u2019au IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, une s\u00e9rie de pr\u00e9rogatives, toujours dans le contexte de la conciliarit\u00e9 et selon les conditions des temps, a \u00e9t\u00e9 reconnue au <em>protos<\/em> ou <em>kephal\u00e8<\/em> (t\u00eate) \u00e0 chacun des niveaux eccl\u00e9siastiques \u00e9tablis : localement, pour l\u2019\u00e9v\u00eaque comme <em>protos<\/em> de son dioc\u00e8se par rapport \u00e0 ses presbytres et \u00e0 ses fid\u00e8les ; r\u00e9gionalement, pour le <em>protos<\/em> de chaque m\u00e9tropole par rapport aux \u00e9v\u00eaques de sa province, et pour le <em>protos<\/em> de chacun des cinq patriarcats par rapport aux m\u00e9tropolites de chaque circonscription ; et universellement, pour l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rome en tant que <em>protos<\/em> parmi les patriarches\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le document de Ravenne ne fait mention d\u2019aucune diff\u00e9rence dans l\u2019eccl\u00e9siologie entre Orthodoxes et Catholiques ; il induit ainsi en erreur les lecteurs. Parlant de la mani\u00e8re dont l\u2019\u00c9glise est organis\u00e9e administrativement dans les traditions occidentale et orientale, le document ne mentionne nulle part qu\u2019il s\u2019agit de deux mod\u00e8les tr\u00e8s diff\u00e9rents d\u2019administration eccl\u00e9siale ; l\u2019un, centralis\u00e9 et bas\u00e9 sur le concept de la juridiction papale universelle ; l\u2019autre, d\u00e9centralis\u00e9 et bas\u00e9 sur la notion de communion d\u2019\u00c9glises locales autoc\u00e9phales.<\/p>\n<p>Il y a une tentative, dans le document de Ravenne, de pr\u00e9senter les structures eccl\u00e9siales des deux traditions comme quasiment identiques sur les trois niveaux. S\u2019il y a beaucoup de traits similaires pour ce qui concerne le niveau local (dioc\u00e9sain), il y a r\u00e9ellement une diff\u00e9rence \u00e9norme entre l\u2019Orient et l\u2019Occident pour ce qui concerne la fa\u00e7on dont les structures eccl\u00e9siales sont form\u00e9es au niveau r\u00e9gional et universel. Dans la tradition orthodoxe, au niveau r\u00e9gional, ou plut\u00f4t au niveau d\u2019une \u00c9glise autoc\u00e9phale, il y a un synode et un primat avec des pr\u00e9rogatives claires. Dans l\u2019\u00c9glise catholique, il n\u2019y a pas de primaut\u00e9 au niveau r\u00e9gional. Qui, par exemple, est le primat de l\u2019\u00c9glise catholique en Pologne ? Est-ce le m\u00e9tropolite de Gniezno, qui a un titre honoraire de \u00ab primat \u00bb, mais n\u2019exerce aucune primaut\u00e9 ? Ou bien est-ce le pr\u00e9sident de la Conf\u00e9rence des \u00e9v\u00eaques, qui change par rotation tous les quatre ans ? Ou encore est-ce l\u2019un des cardinaux doyens ? R\u00e9ellement, les Conf\u00e9rences \u00e9piscopales catholiques qui se sont r\u00e9unies r\u00e9cemment ne peuvent que tr\u00e8s vaguement \u00eatre compar\u00e9es aux synodes des \u00c9glises orthodoxes locales.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a en fait qu\u2019une seule primaut\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise catholique, celle du pape. Cette primaut\u00e9 est pr\u00e9sum\u00e9e comme institu\u00e9e <em>jure divino<\/em> (de droit divin) et comme \u00e9manant directement de la primaut\u00e9 de saint Pierre dans le coll\u00e8ge des Ap\u00f4tres. C\u2019est le pape qui confirme les d\u00e9cisions des conciles, tant r\u00e9gionaux qu\u2019universels, c\u2019est lui qui donne son accord \u00e0 chaque nomination \u00e9piscopale, et qui incarne l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du pouvoir eccl\u00e9sial. Aucune primaut\u00e9 de cette sorte n\u2019a jamais exist\u00e9 dans la tradition orthodoxe, il y a seulement chez elle une <em>taxis<\/em> (un ordre) \u00e9tablie, par laquelle l\u2019un des primats dispose de la premi\u00e8re place.<\/p>\n<p>Aucune de ces diff\u00e9rences manifestes n\u2019est mentionn\u00e9e dans le document de Ravenne qui a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 en 2007 sans consensus et en l\u2019absence de la d\u00e9l\u00e9gation de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe. Le document a ignor\u00e9 les critiques exprim\u00e9es au cours du processus de r\u00e9daction par les repr\u00e9sentants du Patriarcat de Moscou \u00e0 ce dialogue. Apr\u00e8s Ravenne, la Commission mixte pour le dialogue entre catholiques et orthodoxes a continu\u00e9 \u00e0 examiner la question de la primaut\u00e9 et de la synodalit\u00e9 lors de ses s\u00e9ances pl\u00e9ni\u00e8res \u00e0 Vienne en 2010 et \u00e0 Amman en 2014, ainsi qu\u2019au cours de plusieurs r\u00e9unions des comit\u00e9s de coordination et de r\u00e9daction entre 2008 et 2013. Apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 sur ce sujet pendant sept ans, la Commission n\u2019est toujours pas parvenue \u00e0 produire un document satisfaisant pour tous les membres.<\/p>\n<p>La Commission a tent\u00e9 d\u2019approcher le sujet de la primaut\u00e9 \u00e0 la fois d\u2019un point de vue historique et th\u00e9ologique. En particulier, une tentative a \u00e9t\u00e9 faite de placer la question de la primaut\u00e9 dans le contexte de la th\u00e9ologie trinitaire. Il a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9 que la Sainte Trinit\u00e9 est une image \u00e0 la fois de la primaut\u00e9 et de la conciliarit\u00e9, car il y a en Elle la monarchie de Dieu le P\u00e8re, mais aussi la communion des trois Personnes divines : P\u00e8re, Fils et Saint-Esprit. Certains th\u00e9ologiens sont all\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 insister sur une \u00ab hi\u00e9rarchie \u00bb parmi les trois Personnes, ayant trouv\u00e9 un soutien \u00e0 leur th\u00e8se dans les passages de St Basile le Grand qui parle d\u2019une <em>taxis<\/em> (un ordre) dans la Trinit\u00e9. Ils ont pr\u00e9tendu que cet ordre \u2013 ou cette hi\u00e9rarchie \u2013 doit \u00eatre refl\u00e9t\u00e9 dans la structure administrative de l\u2019\u00c9glise aux trois niveaux : local, r\u00e9gional, et universel.<\/p>\n<p>En ce qui concerne le niveau local, une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 St Ignace d\u2019Antioche a \u00e9t\u00e9 faite, laquelle confirme en apparence ces id\u00e9es. C\u2019est le c\u00e9l\u00e8bre passage : \u00ab Suivez tous l\u2019\u00e9v\u00eaque, comme J\u00e9sus-Christ suit son P\u00e8re, et le presbyterium comme les ap\u00f4tres ; quant aux diacres, respectez-les comme la loi de Dieu \u00bb. Ici, l\u2019\u00e9v\u00eaque dioc\u00e9sain est compar\u00e9 \u00e0 Dieu le P\u00e8re, et les fid\u00e8les sont appel\u00e9s \u00e0 lui \u00eatre ob\u00e9issants de la m\u00eame fa\u00e7on que J\u00e9sus \u00e9tait ob\u00e9issant \u00e0 Son P\u00e8re. L\u2019argument de St Ignace, n\u00e9anmoins, n\u2019a rien \u00e0 faire avec le domaine de la sp\u00e9culation th\u00e9ologique. St Ignace n\u2019a pas non plus tent\u00e9 de projeter un mod\u00e8le trinitaire sur l\u2019administration eccl\u00e9siale au niveau dioc\u00e9sain (Il n\u2019y a l\u00e0 aucune mention du Saint-Esprit). Il \u00e9tait plut\u00f4t pr\u00e9occup\u00e9 par la question de l\u2019ordre eccl\u00e9sial, insistant sur la place centrale de l\u2019\u00e9v\u00eaque dans toute la circonscription d\u2019une \u00c9glise locale.<\/p>\n<p>La comparaison trinitaire est encore moins convaincante lorsque nous passons du niveau dioc\u00e9sain \u00e0 ce que le document de Ravenne appelle \u00ab le niveau r\u00e9gional \u00bb (un groupement des dioc\u00e8ses sous un m\u00e9tropolite ou patriarche). L\u2019interaction entre le m\u00e9tropolite (ou patriarche) et ses coll\u00e8gues dans l\u2019\u00e9piscopat est d\u00e9crit par le 34<sup>e<\/sup> canon apostolique : \u00ab Les \u00e9v\u00eaques de chaque province <em>(ethnos) <\/em>doivent reconna\u00eetre celui qui est le premier (protos) parmi eux et le consid\u00e9rer comme leur chef <em>(kephal\u00e8)<\/em> ; ne rien faire d\u2019important sans son avis (gnome) et que chaque \u00e9v\u00eaque ne s\u2019occupe que de ce qui regarde son propre dioc\u00e8se <em>(paroikia)<\/em> et les campagnes d\u00e9pendant de son dioc\u00e8se. Mais que le premier <em>(protos)<\/em> ne fasse rien sans le consentement de tous ; car la concorde <em>(homonoia) <\/em>r\u00e8gnera et ainsi sera glorifi\u00e9 le P\u00e8re, le Fils et le Saint-Esprit \u00bb.<\/p>\n<p>Certains pr\u00e9tendent, sur la base de cette glorification trinitaire que la structure administrative de l\u2019\u00c9glise au niveau r\u00e9gional refl\u00e8te aussi (ou devrait refl\u00e9ter) la communion entre les Personnes divines de la Trinit\u00e9. Or, le texte du canon ne permet pas en r\u00e9alit\u00e9 une telle comparaison : en fait, c\u2019est le \u00abconsentement \u00bb ou l\u2019harmonie qui r\u00e8gne entre les trois hypostases de la Trinit\u00e9 qui est cit\u00e9 ici comme un exemple que les \u00e9v\u00eaques, au niveau r\u00e9gional, doivent suivre. Pour ce qui concerne la glorification trinitaire elle-m\u00eame, elle est semblable \u00e0 de nombreuses autres glorifications qui concluent les textes canoniques, dogmatiques et liturgiques, et elle n\u2019est certainement pas destin\u00e9e \u00e0 tirer une comparaison directe entre les Hypostases de la Sainte Trinit\u00e9 et les rangs de l\u2019ordre eccl\u00e9siastique.<\/p>\n<p>Au XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le grand r\u00e9formateur monastique, saint Serge de Radon\u00e8ge, a d\u00e9di\u00e9 son monast\u00e8re \u00e0 la Sainte Trinit\u00e9, utilisant la communion des trois hypostases divines comme un mod\u00e8le d\u2019unit\u00e9 et de concorde pour sa communaut\u00e9 monastique. L\u2019un des disciples de saint Serge, saint Andr\u00e9 Roublev, a peint une ic\u00f4ne c\u00e9l\u00e8bre qui est devenue un exemple classique de l\u2019incarnation iconographique d\u2019une notion morale et th\u00e9ologique importantes. Au contraire de beaucoup d\u2019autres ic\u00f4nes, celle-ci ne se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 aucune comm\u00e9moration liturgique. Elle suit les mod\u00e8les traditionnels connus depuis la haute antiquit\u00e9 (notamment des mosa\u00efques des V<sup>e<\/sup>-VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles), selon lesquels les trois voyageurs apparus \u00e0 Abraham symbolisaient la Sainte Trinit\u00e9. Les voyageurs sont pr\u00e9sent\u00e9s sous la forme d\u2019anges, dont l\u2019un est toujours au milieu.<\/p>\n<p>Dans l\u2019iconographie plus ancienne, l\u2019ange assis au milieu \u00e9tait habituellement identifi\u00e9 \u00e0 Dieu le P\u00e8re, tandis que les deux autres personnes sur l\u2019ic\u00f4ne \u00e9taient interpr\u00e9t\u00e9es comme les anges qui l\u2019accompagnent. Dans l\u2019ic\u00f4ne de Roublev, la figure centrale doit aussi, tr\u00e8s probablement, \u00eatre identifi\u00e9e avec Dieu le Fils, mais les deux autres figures semblent repr\u00e9senter les deux autres Personnes de la Trinit\u00e9. Les \u00e9rudits contemporains diff\u00e8rent dans leur interpr\u00e9tation de la figure centrale : certains tendent \u00e0 l\u2019identifier avec le P\u00e8re, \u00e9mettant l\u2019hypoth\u00e8se que la Premi\u00e8re Personne de la Trinit\u00e9 doit occuper la place centrale dans la composition.<\/p>\n<p>Il me semble que c\u2019est \u00e0 dessein que saint Andr\u00e9 [Roublev] ne nous clarifie pas quelle figure symbolise quelle Personne de la Trinit\u00e9. Son ic\u00f4ne, d\u2019une fa\u00e7on stup\u00e9fiante d\u00e9crit le myst\u00e8re de la Tri-unit\u00e9 sans entrer dans des d\u00e9tails suppl\u00e9mentaires. C\u2019est la concorde des Personnes de la sainte Trinit\u00e9 qui est repr\u00e9sent\u00e9e dans cette merveilleuse ic\u00f4ne, plut\u00f4t que la \u00ab structure \u00bb du Dieu Trinitaire et Un, qui ind\u00e9niablement n\u2019a ni structure ni subdivision en Lui, \u00e9tant simple et indivisible.<\/p>\n<p>La synodalit\u00e9 ou conciliarit\u00e9 qui existe dans l\u2019\u00c9glise et qui a son expression particuli\u00e8re dans l\u2019institution des synodes ou conciles peut vraiment \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 l\u2019harmonie et la concorde r\u00e9gnant parmi les Personnes de la Trinit\u00e9. Mais on ne doit pas aller plus loin que cela en tentant de comparer les structures eccl\u00e9siales humaines avec la communion Divine Trinitaire. Il n\u2019est pas non plus appropri\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter les interrelations entre primaut\u00e9 et synodalit\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise en utilisant des analogies Trinitaires et, ce faisant, se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la \u00ab\u00a0primaut\u00e9\u00a0\u00bb du P\u00e8re en relation avec le Fils et le Saint-Esprit.<\/p>\n<p>Le Document de Ravenne mentionne les trois niveaux de l\u2019administration eccl\u00e9siale, impliquant en quelque sorte que ce qui est vrai pour un niveau peut \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 un autre niveau. Or, cela est fortement discutable. C\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment la confusion entre les trois niveaux de l\u2019administration dans le Document de Ravenne et une tentative de transf\u00e9rer les arguments propres \u00e0 un niveau \u00e0 l\u2019autre, qui a incit\u00e9 la Commission synodale biblique et th\u00e9ologique du Patriarcat de Moscou \u00e0 entreprendre une \u00e9tude exhaustive du sujet de la primaut\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise universelle. Suite \u00e0 cette \u00e9tude, un document a \u00e9t\u00e9 produit et adopt\u00e9 par le Saint-Synode de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe le 26 d\u00e9cembre 2013.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, le Document indique que la primaut\u00e9 \u00e0 chacun des trois niveaux de l\u2019\u00c9glise a des sources diff\u00e9rentes. La source de la primaut\u00e9 d\u2019un \u00e9v\u00eaque dans son dioc\u00e8se est la succession apostolique qui est transmise par la cons\u00e9cration \u00e9piscopale. La source de la primaut\u00e9 au niveau du groupement r\u00e9gional des dioc\u00e8ses est \u00ab l\u2019\u00e9lection de l\u2019\u00e9v\u00eaque-primat par un concile (ou un synode) qui dispose de la pl\u00e9nitude du pouvoir eccl\u00e9sial \u00bb. Au niveau universel, il y a une primaut\u00e9 d\u2019honneur qui est bas\u00e9 sur les diptyques sacr\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire, l\u2019ordre officiel des \u00c9glises \u00e9tablies par les conciles \u0153cum\u00e9niques.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le Document de Moscou indique que, sur les trois niveaux de l\u2019\u00c9glise, la primaut\u00e9 a une nature diff\u00e9rente. La primaut\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00eaque dioc\u00e9sain est bas\u00e9e clairement sur les principes th\u00e9ologiques fondamentaux, tel que celui qui est soulign\u00e9 par saint Cyprien : \u00ab L\u2019\u00e9v\u00eaque est dans l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00c9glise est dans l\u2019\u00e9v\u00eaque ; si quelqu\u2019un n\u2019est pas avec l\u2019\u00e9v\u00eaque, il n\u2019est pas dans l\u2019\u00c9glise \u00bb. La primaut\u00e9 au niveau r\u00e9gional \u2013 une question de convenance \u2013 est bas\u00e9e sur les canons de l\u2019\u00c9glise, particuli\u00e8rement le 34<sup>e<\/sup> canon apostolique susmentionn\u00e9. En ce qui concerne la \u00ab primaut\u00e9 universelle \u00bb, il n\u2019y a ni canon ni d\u00e9claration patristique qui d\u00e9crirait une telle primaut\u00e9 , autre que les canons qui ont \u00e9tabli une <em>taxis<\/em> (un ordre) pour les cinq patriarcats les plus importants. Cette <em>taxis<\/em> implique que l\u2019un serait le premier, mais elle ne donne pas d\u2019indications sur ses pr\u00e9rogatives sur et au-dessus des quatre patriarches restants.<\/p>\n<p>C\u2019est sur la base de ces consid\u00e9rations que le Document de Moscou insiste sur le fait que \u00ab les fonctions du primat \u00e0 diff\u00e9rents niveaux ne sont pas identiques et ne peuvent passer d\u2019un niveau \u00e0 l\u2019autre \u00bb. Le document explique que \u00ab le transfert des fonctions du minist\u00e8re primatial depuis le niveau \u00e9piscopal au niveau universel, signifie en fait la reconnaissance d\u2019un type particulier de minist\u00e8re, celui d\u2019un \u00ab\u00a0pontife universel\u00a0\u00bb, disposant d\u2019une autorit\u00e9 didactique et administrative dans toute l\u2019\u00c9glise universelle. Une telle reconnaissance, annulant l\u2019\u00e9galit\u00e9 sacramentelle de l\u2019\u00e9piscopat, m\u00e8ne \u00e0 l\u2019apparition de la juridiction d\u2019un primat universel, dont ne parlent ni les saints canons, ni la tradition des saints P\u00e8res \u00bb.<\/p>\n<p>Le Document de Moscou d\u00e9clare ensuite que L\u2019ordre des diptyques a chang\u00e9 dans l\u2019histoire. Au cours du premier mill\u00e9naire de l\u2019histoire eccl\u00e9siastique, la primaut\u00e9 d\u2019honneur appartenait au si\u00e8ge de Rome. Apr\u00e8s la rupture de la communion eucharistique entre Rome et Constantinople au milieu du XI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la primaut\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise orthodoxe est pass\u00e9e au si\u00e8ge suivant dans l\u2019ordre des diptyques, c\u2019est-\u00e0-dire celui de Constantinople. Depuis lors et jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, la primaut\u00e9 d\u2019honneur dans l\u2019\u00c9glise orthodoxe au niveau universel appartient au Patriarche de Constantinople en tant que premier parmi les Primats \u00e9gaux des \u00c9glises orthodoxes locales.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9claration a \u00e9t\u00e9 contest\u00e9e par certains th\u00e9ologiens orthodoxes qui se r\u00e9f\u00e8rent au fait que le 28<sup>e <\/sup>canon du concile de Chalc\u00e9doine, sur lequel la primaut\u00e9 du patriarche de Constantinople a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e, ne le mentionne pas comme \u00ab second apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rome : il le reconna\u00eet plut\u00f4t comme \u00ab \u00e9gal \u00bb \u00e0 celui-ci. Y avait-il donc une sorte de double primaut\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise universelle du premier mill\u00e9naire, avec un pape pour l\u2019Occident et un autre pour l\u2019Orient ? Les sources byzantines parlent plut\u00f4t de pentarchie, un concept officiellement ent\u00e9rin\u00e9 par l\u2019empereur Justinien et selon lequel toute l\u2019oikoum\u00e9n\u00ea est divis\u00e9e en cinq patriarcats dont les droits et les privil\u00e8ges sont \u00e9quivalents. Cette \u00e9galit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9e lors des conciles \u0153cum\u00e9niques de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons, \u00e0 savoir comment les discussions \u00e9taient tenues, comment les d\u00e9cisions \u00e9taient prises, comment les d\u00e9crets \u00e9taient sign\u00e9s.<\/p>\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 d\u2019une certaine fa\u00e7on tenu pour acquis par certains que la synodalit\u00e9 \u00e9tait tant li\u00e9e \u00e0 la primaut\u00e9 qu\u2019il ne pouvait y avoir de synode sans un primat. Mais \u00e0 la lumi\u00e8re des proc\u00e9dures du premier mill\u00e9naire, cela s\u2019applique uniquement au niveau r\u00e9gional. En effet, \u00e0 ce niveau, c\u2019\u00e9tait le m\u00e9tropolite qui pr\u00e9sidait le concile et aucun concile ne pouvait avoir lieu sans sa pr\u00e9sidence (\u00e0 moins que le concile ne f\u00fbt convoqu\u00e9 pour le d\u00e9poser, auquel cas l\u2019un des \u00e9v\u00eaques doyens pr\u00e9siderait). Pour ce qui concerne le niveau dioc\u00e9sain, il n\u2019y avait aucun concile ou synode puisque tous les conciles de l\u2019\u00c9glise ancienne \u00e9taient en faits des assembl\u00e9es d\u2019\u00e9v\u00eaques, et il n\u2019y avait qu\u2019un seul \u00e9v\u00eaque dans chaque dioc\u00e8se.<\/p>\n<p>Mais qu\u2019en est-il du niveau universel ? Comment la primaut\u00e9 et la synodalit\u00e9 \u00e9taient-elles exerc\u00e9es lors des conciles \u0153cum\u00e9niques ? Ceux-ci \u00e9taient convoqu\u00e9s par l\u2019empereur, en la pr\u00e9sence duquel avaient lieu seulement certaines sessions de certains conciles. Maintenant, s\u2019agit-il d\u2019une primaut\u00e9 qui peut \u00eatre expliqu\u00e9e en termes eccl\u00e9siaux, ou plut\u00f4t \u00e9tait-il question que l\u2019empereur facilite les discussions afin de s\u2019assurer que l\u2019ordre \u00e9tait d\u00fbment pr\u00e9serv\u00e9 par les participants ? (Effectivement, les proc\u00e8s-verbaux des conciles \u0153cum\u00e9niques indiquent que les discussions \u00e9taient parfois \u00e9chauff\u00e9es et agressives, et qu\u2019une sorte de m\u00e9diation entre les parties \u00e9taient parfois fort appropri\u00e9e).<\/p>\n<p>Certains soutiennent que c\u2019\u00e9tait le patriarche de Constantinople qui pr\u00e9sidait les conciles \u0153cum\u00e9niques. Si cela \u00e9tait vrai pour certains des conciles, ce n\u2019\u00e9tait certainement pas vrai pour tous. Par exemple, au IIe concile \u0153cum\u00e9nique, la pr\u00e9sidence est pass\u00e9e de M\u00e9l\u00e8ce d\u2019Antioche \u00e0 Gr\u00e9goire de Constantinople et finalement \u00e0 Nectaire de Constantinople.<\/p>\n<p>Au III<sup>e<\/sup> concile \u0153cum\u00e9nique, c\u2019est saint Cyrille d\u2019Alexandrie qui joua un r\u00f4le pr\u00e9dominant apr\u00e8s que Nestorius de Constantinople eut \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9. Lors des quatre conciles suivants, les patriarches de Constantinople exerc\u00e8rent effectivement un r\u00f4le dirigeant. Mais n\u2019\u00e9tait-ce pas parce que ces conciles avaient lieu \u00e0 Constantinople ou dans des villes se trouvant dans la juridiction du patriarche de Constantinople (Chalc\u00e9doine, Nic\u00e9e) ? N\u2019\u00e9tait-ce pas parce que Constantinople \u00e9tait la capitale de l\u2019empire et que l\u2019empereur, qui convoquait les conciles, y r\u00e9sidait ? Qui aurait pr\u00e9sid\u00e9 un concile \u0153cum\u00e9nique si celui-ci avait eu lieu \u00e0 Rome, Alexandrie ou partout ailleurs ?<\/p>\n<p>Si l\u2019on affirme que seuls les patriarches de Constantinople pr\u00e9sidaient les conciles \u0153cum\u00e9niques \u00e0 partir du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, parce qu\u2019ils \u00e9taient les seconds selon la taxis apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rome, il en r\u00e9sulterait logiquement que, s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rome aurait pr\u00e9sid\u00e9 de tels conciles. Un certain nombre de th\u00e9ologiens insistent sur le fait que tel aurait \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement le cas, sans tenir compte du fait qu\u2019un tel concile aurait eu lieu \u00e0 Constantinople ou \u00e0 Rome. Il y eut cependant un cas, lorsqu\u2019un pape \u00e9tait physiquement pr\u00e9sent \u00e0 Constantinople pendant un concile \u0153cum\u00e9nique : le pape Vigilius avait \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9 dans la capitale byzantine par l\u2019empereur Justinien. Mais au lieu de pr\u00e9sider le V<sup>e<\/sup> Concile, il passa son temps en d\u00e9tention.<\/p>\n<p>Lors de sa session \u00e0 Amman, en Jordanie, en septembre 2014, la Commission mixte pour le dialogue catholique-orthodoxe, a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 sur les pr\u00e9rogatives de l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rome en tant que <em>primus inter pares<\/em> pendant le premier mill\u00e9naire, afin d\u2019\u00e9tablir quelles seraient ses pr\u00e9rogatives, si de fa\u00e7on hypoth\u00e9tique, il y aurait restauration de la pleine communion entre l\u2019Orient et l\u2019Occident. Certains ont pr\u00e9tendu que, dans une telle situation, le droit serait donn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rome de convoquer les conciles \u0153cum\u00e9niques et de les pr\u00e9sider. En outre, il pr\u00e9siderait \u00e9galement la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique lorsque les primats des \u00c9glise autoc\u00e9phales se rassembleraient pour cela. Il a sembl\u00e9 \u00e9vident \u00e0 certains membres de la Commission que de telles pr\u00e9rogatives d\u00e9coulent de la primaut\u00e9 d\u2019honneur au niveau universel. Or, l\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise ancienne n\u2019offre aucun fondement \u00e0 ces pr\u00e9tentions. Comme nous l\u2019avons vu, il n\u2019y a pas eu un seul cas d\u2019un pape pr\u00e9sidant un concile \u0153cum\u00e9nique. Pas plus qu\u2019il n\u2019y eut un cas o\u00f9 le pape aurait conc\u00e9l\u00e9br\u00e9 avec les patriarches orientaux et pr\u00e9sid\u00e9 de telles conc\u00e9l\u00e9brations.<\/p>\n<p>La question de la primaut\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise universelle a divis\u00e9 orthodoxes et catholiques \u00e0 travers le second mill\u00e9naire. Il est devenu un lieu commun pour les orthodoxes, dans leurs pol\u00e9miques avec les catholiques, d\u2019insister sur le fait qu\u2019il ne peut y avoir dans l\u2019\u00c9glise universelle de chef visible, puisque le Christ Lui-m\u00eame est le chef du Corps de l\u2019\u00c9glise. Je ne citerai pas les \u00e9crits abondants \u00e0 ce sujet, car ils sont bien connus.<\/p>\n<p>Au cours du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, cependant, cette fa\u00e7on de penser a \u00e9t\u00e9 contest\u00e9e par certains th\u00e9ologiens orthodoxes. Le d\u00e9funt doyen de ce s\u00e9minaire, le p\u00e8re Alexandre Schmemann, pensait que \u00ab si l\u2019\u00c9glise est un organisme universel, elle doit avoir \u00e0 sa t\u00eate un \u00e9v\u00eaque universel comme centre de son unit\u00e9 et organe du pouvoir supr\u00eame. L\u2019id\u00e9e, populaire dans les \u00e9crits apolog\u00e9tiques orthodoxes, que l\u2019\u00c9glise ne peut avoir un chef visible, puisque le Christ est son chef invisible, est un non-sens th\u00e9ologique \u00bb.<\/p>\n<p>Cependant, l\u2019opinion courante, dans le dialogue orthodoxe-catholique montre clairement que la plupart des repr\u00e9sentants orthodoxes sont plut\u00f4t d\u2019accord avec la pol\u00e9mique mill\u00e9naire contre la papaut\u00e9 qu\u2019avec le point de vue exprim\u00e9e par le p\u00e8re Alexandre. La notion selon laquelle un hi\u00e9rarque supr\u00eame pour l\u2019\u00c9glise universelle est une n\u00e9cessit\u00e9 a fait l\u2019objet d\u2019une approche de diff\u00e9rents points de vue pendant les derni\u00e8res cinquante ann\u00e9es, mais, invariablement, le consensus pr\u00e9valant parmi les orthodoxes est que la primaut\u00e9 telle qu\u2019exprim\u00e9e par la tradition occidentale \u00e9tait et reste \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019Orient. En d\u2019autres termes, les orthodoxes ne sont pas pr\u00eats \u00e0 avoir un pape, m\u00eame si diff\u00e9rentes voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent en faveur de l\u2019adoption d\u2019une structure plus centralis\u00e9e.<\/p>\n<p>Quelle sorte de primaut\u00e9 universelle est alors acceptable pour les orthodoxes, et comment, en l\u2019absence de l\u2019\u00e9v\u00eaque de Rome, cette primaut\u00e9 est-elle exerc\u00e9e dans l\u2019\u00c9glise orthodoxe ? La position officielle du Patriarcat de Moscou est exprim\u00e9e de fa\u00e7on assez laconique \u00e0 ce sujet : \u00ab La primaut\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise orthodoxe universelle, qui de par sa nature est une primaut\u00e9 d\u2019honneur, et non d\u2019autorit\u00e9, rev\u00eat une grande importance pour le t\u00e9moignage orthodoxe dans le monde contemporain. Le Si\u00e8ge de Constantinople dispose d\u2019une primaut\u00e9 d\u2019honneur sur la base des saints diptyques, reconnus par toutes les \u00c9glises orthodoxes locales. Le contenu de fond de cette primaut\u00e9 est d\u00e9fini par le consensus des \u00c9glises locales orthodoxes, exprim\u00e9, en partie, lors des conf\u00e9rences panorthodoxes pr\u00e9paratoires au \u00ab\u00a0Saint et grand concile\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9glise orthodoxe. Dans l\u2019exercice de sa primaut\u00e9, le Primat de l\u2019\u00c9glise de Constantinople peut prendre des initiatives \u00e0 l\u2019\u00e9chelle panorthodoxe et aussi s\u2019adresser au monde ext\u00e9rieur au nom de tout le pl\u00e9r\u00f4me orthodoxe, \u00e0 la condition d\u2019y \u00eatre habilit\u00e9 par toutes les \u00c9glises orthodoxes locales\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9claration, une fois publi\u00e9e, a provoqu\u00e9 une r\u00e9action \u00e9motionnelle de la part de certains hi\u00e9rarques orthodoxes. En particulier, le m\u00e9tropolite Elpidophore de Prousse a \u00e9crit un article intitul\u00e9 <em>Primus sine paribus<\/em>. Il y a critiqu\u00e9 le document de Moscou qui soi-disant transformerait la primaut\u00e9 \u00ab en quelque chose d\u2019externe et pour cette raison \u00e9tranger \u00e0 la personne du premier hi\u00e9rarque \u00bb. Au lieu de cela, il a sugg\u00e9r\u00e9 que nous consid\u00e9rions toute institution eccl\u00e9siale comme \u00ab toujours hypostasi\u00e9e dans une personne \u00bb, et que la source de la primaut\u00e9 sur tous les trois niveaux de l\u2019organisation eccl\u00e9siale est le premier hi\u00e9rarque lui-m\u00eame. Pour la premi\u00e8re fois, un hi\u00e9rarque orthodoxe a carr\u00e9ment affirm\u00e9 que le Patriarche \u0153cum\u00e9nique n\u2019est pas <em>primus inter pares<\/em>, mais <em>primus sine paribus<\/em>. C\u2019est-\u00e0-dire que, \u00e0 l\u2019instar du pape en Occident, il est \u00e9lev\u00e9 au-dessus des autres primats des \u00c9glises orthodoxes locales. Cela sonne comme une tentative d\u2019implanter l\u2019eccl\u00e9siologie catholique-romaine sur le sol orthodoxe.<\/p>\n<p>Les commentaires du document de Moscou, en ce qui concerne le Patriarche \u0153cum\u00e9nique, ne portent pas le caract\u00e8re de d\u00e9claration th\u00e9ologique. Ils ne sont pas non plus une description exhaustive des droits et pr\u00e9rogatives du <em>primus inter pares<\/em> dans la tradition orthodoxe. Ils sont plut\u00f4t une modeste tentative de d\u00e9crire la situation actuelle dans l\u2019Orthodoxie universelle. Le mot \u00ab consensus \u00bb est crucial dans le document. Il indique l\u2019accord de toutes les \u00c9glises orthodoxes sur certaines pr\u00e9rogatives accord\u00e9es au Patriarche de Constantinople en tant que premier parmi les primats. Ces pr\u00e9rogatives ne sont pas de nature th\u00e9ologique, pas plus qu\u2019elles ne sont attach\u00e9es, pour ainsi dire, automatiquement au tr\u00f4ne patriarcal de la Nouvelle Rome. Elles r\u00e9sultent plut\u00f4t d\u2019un accord des \u00c9glises orthodoxes, fond\u00e9es sp\u00e9cifiquement sur les d\u00e9cisions des conf\u00e9rences panorthodoxes r\u00e9unies dans les ann\u00e9es 1960 \u00e0 1980 pour la pr\u00e9paration du \u00ab\u00a0Grand et saint concile\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9glise orthodoxe.<\/p>\n<p>Comme nous le savons tous, la pr\u00e9paration de ce concile dure d\u00e9j\u00e0 depuis plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, et ce n\u2019est qu\u2019en mars 2014 que les Primats des \u00c9glises orthodoxes ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer le processus afin que le concile ait lieu en 2016, dans la mesure o\u00f9 des obstacles impr\u00e9vus ne se produiraient pas. Il a \u00e9t\u00e9 convenu que le Patriarche \u0153cum\u00e9nique occuperait la place centrale du pr\u00e9sidium du concile. Assis \u00e0 sa droite et \u00e0 sa gauche seront ses coll\u00e8gues primats, conform\u00e9ment aux diptyques. L\u2019image visible du concile exprimera l\u2019eccl\u00e9siologie orthodoxe et contrastera avec l\u2019image d\u2019un concile catholique-romain, o\u00f9 le pape est assis sur un tr\u00f4ne sp\u00e9cial, s\u00e9par\u00e9 des autres \u00e9v\u00eaques.<\/p>\n<p>Il est d\u2019une importance cruciale que les d\u00e9cisions du concile panorthodoxe soient prises par consensus, non par vote, et qu\u2019elles soient approuv\u00e9es par l\u2019assembl\u00e9e enti\u00e8re des \u00e9v\u00eaques, non par \u00ab un primat universel \u00bb. Cela, \u00e0 nouveau, indique une diff\u00e9rence cruciale entre les concepts orthodoxe et catholique de la synodalit\u00e9 et de la primaut\u00e9. L\u2019eccl\u00e9siologie catholique consid\u00e8re que la primaut\u00e9, \u00e0 son niveau universel, se trouve \u00e0 un niveau plus \u00e9lev\u00e9 que la synodalit\u00e9, car c\u2019est le pape qui confirme les d\u00e9cisions du concile (synode) ; sans sa confirmation, aucun d\u00e9cret du concile ne peut \u00eatre valide. Pour les orthodoxes, la synodalit\u00e9 est \u00e0 un niveau plus \u00e9lev\u00e9 que la primaut\u00e9, puisque le primat est subordonn\u00e9 au concile. Au niveau r\u00e9gional, c\u2019est un primat qui est \u00e0 la fois subordonn\u00e9 et doit rendre des comptes au synode r\u00e9gional, m\u00eame s\u2019il le convoque et le pr\u00e9side. Au niveau universel, c\u2019est le coll\u00e8ge des primats qui doit rendre des comptes au reste des \u00e9v\u00eaques. Le premier hi\u00e9rarque de ce coll\u00e8ge convoque le concile et pr\u00e9side celui-ci, mais il le fait avec les autres primats qui lui sont \u00e9gaux.<\/p>\n<p>La fa\u00e7on dont est exerc\u00e9e la primaut\u00e9 au niveau universel en Orient continue \u00e0 \u00eatre une question \u00e0 examiner parmi les orthodoxes. Le processus pr\u00e9conciliaire a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 certaines diff\u00e9rences parmi les \u00c9glises autoc\u00e9phales dans leur conception du contenu de cette primaut\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019une des pr\u00e9occupations de l\u2019ordre du jour pr\u00e9conciliaire est celui de l\u2019autoc\u00e9phalie. Qui a le droit d\u2019accorder l\u2019autoc\u00e9phalie ? L\u2019histoire r\u00e9v\u00e8le diff\u00e9rents exemples quant \u00e0 la fa\u00e7on dont l\u2019autoc\u00e9phalie a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e. Dans la plupart des cas, elle a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e par une \u00c9glise particuli\u00e8re, et seulement plus tard, parfois apr\u00e8s un long d\u00e9lai, elle a \u00e9t\u00e9 reconnue par Constantinople et les autres \u00c9glises locales.<\/p>\n<p>Par exemple, l\u2019\u00c9glise russe est devenue autoc\u00e9phale <em>de facto<\/em> en 1448 lorsque le m\u00e9tropolite de Moscou fut \u00e9lu sans le consentement du patriarche de Constantinople (qui \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9tait uni \u00e0 Rome). Ce n\u2019est que dans les ann\u00e9es 1589-1593 que les patriarches orientaux ont reconnu son autoc\u00e9phalie. Cela a \u00e9t\u00e9 fait au moyen de deux lettres sign\u00e9es, non par le patriarche \u0153cum\u00e9nique seul, mais aussi par les autres patriarches orientaux. Dans ces lettres, le rang patriarcal du primat de l\u2019\u00c9glise russe \u00e9tait reconnu et le patriarche de Moscou \u00e9tait plac\u00e9 au cinqui\u00e8me rang apr\u00e8s les quatre patriarches orientaux.<\/p>\n<p>Le d\u00e9lai entre la promulgation d\u2019une autoc\u00e9phalie et sa reconnaissance par Constantinople a vari\u00e9 entre moins de vingt ans \u00e0 plus de soixante-dix ans. L\u2019\u00c9glise de Gr\u00e8ce, par exemple, a proclam\u00e9 son autoc\u00e9phalie en 1833, mais n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 reconnue comme telle par Constantinople jusqu\u2019\u00e0 1850. L\u2019\u00c9glise de Serbie a restaur\u00e9 son autoc\u00e9phalie en 1832, mais n\u2019a \u00e9t\u00e9 reconnue qu\u2019en 1885. L\u2019\u00c9glise de Roumanie a d\u00e9clar\u00e9 son autoc\u00e9phalie en 1865, mais n\u2019a \u00e9t\u00e9 reconnue qu\u2019en 1885. L\u2019\u00c9glise de Bulgarie a proclam\u00e9 son autoc\u00e9phalie en 1872, mais ce n\u2019est qu\u2019en 1945 que le patriarche de Constantinople l\u2019a reconnue en produisant un tomos. L\u2019\u00c9glise d\u2019Albanie a d\u00e9clar\u00e9 son autoc\u00e9phalie en 1922, laquelle a \u00e9t\u00e9 reconnue en 1937.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9glise de G\u00e9orgie est un cas sp\u00e9cial. L\u2019autoc\u00e9phalie lui a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e en 466 par le patriarcat d\u2019Antioche mais son autoc\u00e9phalie fut abolie par le tsar russe en 1811, pour \u00eatre restaur\u00e9e seulement en 1918. Elle a \u00e9t\u00e9 reconnue par le patriarche de Moscou en 1945, tandis que le patriarche de Constantinople l\u2019a reconnue aussi tard que 1989, lorsque celui a accord\u00e9 un Tomos d\u2019autoc\u00e9phalie au catholicos-patriarche de G\u00e9orgie.<\/p>\n<p>Dans tous les cas susmentionn\u00e9s, les \u00c9glises datent leur autoc\u00e9phalie du moment o\u00f9 elle proclam\u00e9e <em>de facto<\/em> pour la premi\u00e8re fois. Cependant, selon Constantinople, celle-ci devrait \u00eatre dat\u00e9e du moment o\u00f9 le <em>tomos<\/em> d\u2019autoc\u00e9phalie a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 par le Tr\u00f4ne \u0153cum\u00e9nique. Jusque r\u00e9cemment, le patriarcat de Constantinople insistait sur son droit exclusif \u00e0 proclamer l\u2019autoc\u00e9phalie. Ce concept a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9 par le m\u00e9tropolite Elpidophore qui pr\u00e9tendait que \u00ab dans le cas de l\u2019archev\u00eaque de Constantinople, nous observons la concomitance unique des trois niveaux de primaut\u00e9, \u00e0 savoir le niveau local (comme archev\u00eaque de Constantinople-Nouvelle Rome), le niveau r\u00e9gional (comme patriarche), et le niveau universel ou du monde entier (comme patriarche \u0153cum\u00e9nique). Cette primaut\u00e9 triple se traduit en privil\u00e8ges sp\u00e9cifiques comme celui du droit d\u2019appel et d\u2019accorder ou supprimer l\u2019autoc\u00e9phalie \u00bb.<\/p>\n<p>Pendant la discussion de cette question dans le cadre pr\u00e9conciliaire, il a \u00e9t\u00e9 convenu qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir, l\u2019octroi de l\u2019autoc\u00e9phalie serait un processus panorthodoxe auquel toutes les \u00c9glises autoc\u00e9phales participeraient. Le tomos d\u2019autoc\u00e9phalie sera, pour cette raison, sign\u00e9 par tous les primats. Il reste \u00e0 d\u00e9cider dans quel ordre les signatures des primats appara\u00eetront dans les futurs <em>tomoi<\/em>, mais il semble qu\u2019un consensus ait \u00e9t\u00e9 atteint quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 pour toutes les \u00c9glises de participer \u00e0 cette prise de d\u00e9cision. Il est inutile de dire que l\u2019abrogation de l\u2019autoc\u00e9phalie ne peut \u00eatre impos\u00e9e sans le consentement de toutes les \u00c9glises orthodoxes.<\/p>\n<p>Ce consensus ouvrira peut-\u00eatre la voie \u00e0 la r\u00e9solution du probl\u00e8me douloureux de l\u2019autoc\u00e9phalie de l\u2019\u00c9glise orthodoxe en Am\u00e9rique. Son autoc\u00e9phalie, accord\u00e9e par le Patriarcat de Moscou en 1970 n\u2019est reconnue que par quelques \u00c9glises orthodoxes, bien que le statut canonique de ses \u00e9v\u00eaques n\u2019ait jamais \u00e9t\u00e9 mis en question par aucune \u00c9glise. Ce sujet, comme d\u2019autres affaires similaires en suspens (comme celle du statut canonique du primat actuel de l\u2019\u00c9glise orthodoxe des Terres tch\u00e8ques et de Slovaquie) doit \u00eatre r\u00e9solu par l\u2019\u00c9glise orthodoxe enti\u00e8re. Afin de r\u00e9soudre ces probl\u00e8mes, nous avons besoin non seulement de la primaut\u00e9, mais aussi de la synodalit\u00e9, qui doit \u00eatre d\u00fbment exerc\u00e9e au niveau universel. Esp\u00e9rons que le Concile panorthodoxe attendu depuis si longtemps soit un \u00e9v\u00e9nement lors duquel la synodalit\u00e9 sera pleinement mise en \u0153uvre, et que la primaut\u00e9 sera strictement exerc\u00e9e dans le cadre d\u2019une prise de d\u00e9cision consensuelle.<\/p>\n<p>Je voudrais terminer cette communication en citant le paragraphe final de \u00ab La position du Patriarcat de Moscou sur la primaut\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise universelle \u00bb : La primaut\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise du Christ est appel\u00e9e \u00e0 servir l\u2019unit\u00e9 spirituelle de ses membres et le bon ordre de sa vie, car Dieu n\u2019est pas le Dieu du d\u00e9sordre, mais de la paix (1 Co 14, 33). Le minist\u00e8re du primat dans l\u2019\u00c9glise est \u00e9tranger \u00e0 tout amour du pouvoir, il a pour but l\u2019\u00e9dification du corps du Christ\u2026 afin que\u2026 dans le v\u00e9ritable amour nous grandissions \u00e0 tous \u00e9gards vers Celui qui est le chef, le Christ, duquel le corps tout entier\u2026 selon une activit\u00e9 r\u00e9partie \u00e0 la mesure de chacun des membres r\u00e9alise sa propre croissance dans l\u2019amour \u00bb (\u00c9ph 4, 12-16).<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Discours du m\u00e9tropolite de Volokolamsk Hilarion (Alfeyev), prononc\u00e9e le 8 novembre au S\u00e9minaire th\u00e9ologique Saint-Vladimir de New York<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":111107,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[95,9,1,2,12],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111091"}],"collection":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=111091"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/111091\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/111107"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=111091"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=111091"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=111091"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}