{"id":367,"date":"2009-09-30T00:42:31","date_gmt":"2009-09-29T22:42:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.mospat.ru\/ru\/documents\/dignity-freedom-rights\/468\/"},"modified":"2011-06-18T12:25:18","modified_gmt":"2011-06-18T08:25:18","slug":"iv","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/old.mospat.ru\/fr\/documents\/dignity-freedom-rights\/iv\/","title":{"rendered":"IV. La dignit\u00e9 et la libert\u00e9 dans le syst\u00e8me des droits de l\u2019homme"},"content":{"rendered":"<p>IV. La dignit\u00e9 et la libert\u00e9 dans le syst\u00e8me des droits de l\u2019homme<\/p>\n<p>1. Nous constatons l\u2019existence de traditions et de sp\u00e9cificit\u00e9s nationales dans la mise en pratique des droits et des libert\u00e9s. Le syst\u00e8me moderne des droits de l\u2019homme est tr\u00e8s ramifi\u00e9, il tend \u0430 devenir de plus en plus morcel\u00e9. Il n\u2019existe pas de r\u00e9pertoire universel des droits et des libert\u00e9s. Diverses \u00e9coles juridiques regroupent ces notions en fonction de crit\u00e8res diff\u00e9rents. L\u2019\u00c9glise, s\u2019inspirant de sa vocation, propose d\u2019aborder les droits et les libert\u00e9s du point de vue de leur possible contribution \u00e0 la mise en place de conditions ext\u00e9rieures favorisant le perfectionnement de la personne humaine dans son aspiration au salut.<\/p>\n<p><em>2. Le droit \u00e0 la vie. <\/em>La vie de l\u2019homme est un don re\u00e7u de Dieu. Notre Seigneur J\u00e9sus-Christ enseigne: \u00ab Moi je suis venu pour qu\u2019on ait la vie et qu\u2019on l\u2019ait surabondante \u00bb (Jn 10, 10). Le commandement \u00ab Tu ne tueras pas \u00bb avait, parmi d\u2019autres, \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par Dieu \u00e0 Mo\u00efse. L\u2019orthodoxie rejette et condamne le terrorisme, l\u2019agression arm\u00e9e, la violence criminelle, ainsi que tout autre moyen criminel de suppression de la vie humaine. La vie n\u2019est pas limit\u00e9e \u00e0 son cadre terrestre, comme l\u2019affirme une perception s\u00e9culi\u00e8re du monde ainsi que les syst\u00e8mes l\u00e9gislatifs qui se fondent sur elle. Le christianisme t\u00e9moigne de ce que la vie terrestre, qui est une valeur en soi, n\u2019acquiert sa pl\u00e9nitude et sa v\u00e9ritable finalit\u00e9 que dans la perspective de l\u2019existence \u00e9ternelle. Ce n\u2019est donc pas la volont\u00e9 de maintenir co\u00fbte que co\u00fbte la vie terrestre qui doit pr\u00e9valoir, mais le d\u00e9sir de la conduire de sorte que l\u2019homme puisse, en collaborant avec Dieu, \u00e9difier son \u00e2me pour la vie \u00e9ternelle. La parole divine nous apprend que donner sa vie terrestre pour le Christ, l\u2019\u00c9vangile, pour ses prochains, n\u2019est pas au d\u00e9triment du salut de l\u2019homme (Mc 8, 35). Au contraire, ce sacrifice conduit l\u2019homme dans le Royaume des Cieux (Jn 15, 13). L\u2019\u00c9glise v\u00e9n\u00e8re l\u2019exploit de ses martyrs qui, jusqu\u2019\u00e0 leur mort, ont servi Dieu, ainsi que celui des confesseurs de foi qui n\u2019ont pas abjur\u00e9 Dieu face aux pers\u00e9cutions et aux menaces. Les chr\u00e9tiens orthodoxes v\u00e9n\u00e8rent \u00e9galement ceux qui ont sacrifi\u00e9 leur vie sur le champ de bataille pour la patrie, pour leurs proches. L\u2019\u00c9glise condamne le suicide, car celui qui le commet ne s\u2019apporte pas en sacrifice mais rejette la vie qui est un don de Dieu. Il serait inacceptable \u00e0 la lumi\u00e8re de ce principe de l\u00e9galiser l\u2019euthanasie car elle consiste \u00e0 faire perdre la vie par meurtre ou par suicide. Le droit \u00e0 la vie doit \u00eatre compris comme la d\u00e9fense de la vie d\u00e8s l\u2019instant de sa conception. Toute atteinte \u00e0 la vie de la personne humaine en formation est une violation de ce principe. Les actes l\u00e9gislatifs internationaux et nationaux modernes consacrent et prot\u00e8gent les droits de l\u2019enfant ainsi que de l\u2019adulte et de la personne \u00e2g\u00e9e. Ce sont des principes identiques qui doivent s\u2019appliquer \u00e0 partir de la conception et jusqu\u2019\u00e0 la venue au monde. L\u2019approche biblique de la nature divine de la vie humaine d\u00e8s la conception trouve son expression dans les paroles du roi David : \u00ab C\u2019est toi qui m\u2019as form\u00e9 les reins, qui m\u2019as tiss\u00e9 au ventre de ma m\u00e8re\u2026 Mon \u00e2me, tu la connaissais bien, mes os n\u2019\u00e9taient point cach\u00e9s de toi, quand je fus fa\u00e7onn\u00e9 dans le secret, brod\u00e9 au profond de la terre. Mon embryon, tes yeux le voyaient; sur ton livre, ils sont tous inscrits, les jours qui ont \u00e9t\u00e9 fix\u00e9s et chacun d\u2019eux y figure \u00bb (Ps 138, 13, 15-16). Une forme particuli\u00e8re de ch\u00e2timent est admise dans l\u2019Ancien Testament : la peine de mort. Ni le Nouveau Testament, ni la Tradition, ni l\u2019h\u00e9ritage historique de l\u2019\u00c9glise orthodoxe n\u2019induisent la n\u00e9cessit\u00e9 de son abolition. Cependant, \u00ab l\u2019\u00c9glise s\u2019est souvent fait un devoir d\u2019interc\u00e9der aupr\u00e8s des autorit\u00e9s civiles en faveur des condamn\u00e9s \u0430 mort, implorant pour eux mis\u00e9ricorde et l\u2019adoucissement de leur peine \u00bb (<em>Fondements de la doctrine sociale<\/em> <em>de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe<\/em>, IX.3).<\/p>\n<p>3. <em>Libert\u00e9 de conscience<\/em>.<\/p>\n<p>Le don du libre arbitre consiste en premier lieu dans la possibilit\u00e9 offerte \u00e0 l\u2019homme d\u2019opter pour la conception du monde dont il s\u2019inspirera dans sa vie. Saint Ir\u00e9n\u00e9e de Lyon \u00e9crit : \u00ab Dieu a cr\u00e9\u00e9 l\u2019homme libre, disposant du pouvoir\u2026 d\u2019accomplir librement la volont\u00e9 de Dieu et non forc\u00e9 par Dieu \u00bb (<em>Contre les h\u00e9r\u00e9sies<\/em>, XXXVI, 1, 4). Le principe du libre arbitre est en harmonie avec la volont\u00e9 de Dieu s\u2019il prot\u00e8ge l\u2019homme de l\u2019arbitraire \u00e0 l\u2019encontre de son monde int\u00e9rieur, de telles ou telles convictions qui lui seraient impos\u00e9es par la force. La doctrine sociale de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe reconna\u00eet la n\u00e9cessit\u00e9 \u00ab de conserver \u00e0 l\u2019homme une certaine sph\u00e8re d\u2019autonomie o\u00f9 sa conscience peut demeurer souveraine, car c\u2019est le libre arbitre qui conditionne, en d\u00e9finitive, le salut ou la perdition de l\u2019homme, le chemin vers le Christ ou la voie qui l\u2019\u00e9loigne de lui \u00bb (<em>Fondements de la doctrine sociale<\/em>, IV, 6). Dans un \u00c9tat la\u00efc, la libert\u00e9 de conscience proclam\u00e9e et consacr\u00e9e par la loi permet \u00e0 l\u2019\u00c9glise de maintenir sa sp\u00e9cificit\u00e9 et son ind\u00e9pendance par rapport \u00e0 ceux qui s\u2019en tiennent \u00e0 d\u2019autres convictions. Elle formule les fondements juridiques qui permettent de maintenir intacte la vie int\u00e9rieure de l\u2019\u00c9glise, de t\u00e9moigner ouvertement de la V\u00e9rit\u00e9. En m\u00eame temps, \u00ab la ratification du principe juridique de libert\u00e9 de conscience t\u00e9moigne de la perte des valeurs et des objectifs religieux dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb (<em>Fondements de la doctrine sociale<\/em>, III, 6). Parfois, la libert\u00e9 de conscience est interpr\u00e9t\u00e9e comme une exigence de neutralit\u00e9 ou d\u2019indiff\u00e9rence de la part de l\u2019\u00c9tat et de la soci\u00e9t\u00e9. Certaines interpr\u00e9tations de la libert\u00e9 religieuse insistent sur la reconnaissance de la nature \u00ab relative \u00bb ou \u00ab \u00e9galement vraie \u00bb de toutes les confessions religieuses. Ceci n\u2019est pas acceptable aux yeux de l\u2019\u00c9glise qui, tout en respectant la libert\u00e9 de choix de chaque personne, a pour vocation de t\u00e9moigner de la V\u00e9rit\u00e9 qu\u2019elle d\u00e9tient et de d\u00e9noncer les errements (1 Tm 3, 15). La soci\u00e9t\u00e9 est en droit de d\u00e9terminer librement l\u2019\u00e9tendue de l\u2019interaction entre l\u2019\u00c9tat et diverses communaut\u00e9s religieuses en fonction du nombre de leurs fid\u00e8les, de leur conformit\u00e9 \u00e0 la tradition du pays, de la r\u00e9gion, de leur contribution \u00e0 l\u2019histoire, \u00e0 la culture, de leur position au sein de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019\u00e9galit\u00e9 des citoyens devant la loi doit \u00eatre respect\u00e9e, et ceci ind\u00e9pendamment de leur attitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la religion. Cependant, le principe de libert\u00e9 de religion n\u2019interdit pas des relations de partenariat entre l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00c9tat dans le domaine social, de la bienfaisance, de l\u2019instruction ainsi que d\u2019autres activit\u00e9s socialement signifiantes. Il n\u2019est pas acceptable de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la libert\u00e9 de conscience, tout en alt\u00e9rant son sens, d\u2019\u00e9tablir un contr\u00f4le total sur la vie et les convictions de la personne. Il est inadmissible de d\u00e9truire la morale personnelle, familiale, sociale, d\u2019humilier les sentiments religieux, de porter atteinte aux lieux et objets sacr\u00e9s et \u0430 la sp\u00e9cificit\u00e9 spirituelle et culturelle d\u2019un peuple.<\/p>\n<p>4. <em>Libert\u00e9 de parole. <\/em><\/p>\n<p>La libert\u00e9 d\u2019exprimer ses pens\u00e9es et ses sentiments, la possibilit\u00e9 de diffuser des informations est une extension naturelle de la libert\u00e9 de choisir une conception du monde. Le langage est le moyen premier pour les hommes de communier avec Dieu et de communiquer entre eux. Le contenu de la communication a des r\u00e9percussions consid\u00e9rables sur le bien-\u00eatre de la personne et les rapports entre les individus. L\u2019homme assume une responsabilit\u00e9 toute particuli\u00e8re pour tout ce qu\u2019il dit : \u00ab Car c\u2019est d\u2019apr\u00e8s tes paroles que tu seras justifi\u00e9 et c\u2019est d\u2019apr\u00e8s tes paroles que tu seras condamn\u00e9 \u00bb (Mt 12, 37). Les interventions publiques,<\/p>\n<p>les d\u00e9clarations, ne doivent pas contribuer \u00e0 la propagation du p\u00e9ch\u00e9, engendrer des dissensions ou des troubles dans la soci\u00e9t\u00e9. La parole doit engendrer et renforcer le bien. Il est particuli\u00e8rement dangereux de porter atteinte aux sentiments religieux et nationaux, d\u2019alt\u00e9rer les informations portant sur la vie de telles ou telles communaut\u00e9s religieuses, peuples, groupes sociaux, personnes. Cette responsabilit\u00e9 devient d\u2019autant plus importante dans le monde moderne qui conna\u00eet un \u00e9panouissement rapide des technologies de stockage et de diffusion de l\u2019information.<\/p>\n<p>5. <em>Libert\u00e9 de cr\u00e9ation<\/em>.<\/p>\n<p>Le potentiel cr\u00e9atif de la personne humaine est l\u2019une des manifestations de l\u2019image de Dieu en l\u2019homme. L\u2019\u00c9glise b\u00e9nit toute cr\u00e9ativit\u00e9 qui offre des perspectives nouvelles \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement spirituel de la personne et une connaissance plus profonde de l\u2019univers cr\u00e9\u00e9. La cr\u00e9ation artistique qui doit contribuer \u0430 l\u2019\u00e9panouissement de la personne humaine et de son potentiel ne doit en aucun cas servir d\u2019alibi \u00e0 une posture nihiliste par rapport \u00e0 la culture, la religion, la morale. Le droit \u00e0 l\u2019expression de soi des individus ou des groupes ne doit pas se r\u00e9aliser sous des formes susceptibles d\u2019humilier les convictions, les modes de vie des autres membres de la soci\u00e9t\u00e9. Le respect mutuel entre diverses conceptions du monde, qui est l\u2019un des principes essentiels de la vie en soci\u00e9t\u00e9, doit \u00eatre rigoureusement observ\u00e9. Le blasph\u00e8me ne saurait \u00eatre justifi\u00e9 par des r\u00e9f\u00e9rences aux droits des artistes, des \u00e9crivains, des journalistes. La l\u00e9gislation moderne prot\u00e8ge non seulement la vie et les biens de chacun mais aussi des valeurs d\u2019ordre symbolique tels que la m\u00e9moire des d\u00e9funts, les lieux de s\u00e9pulture, les monuments historiques et culturels, les symboles de l\u2019\u00c9tat. Une protection identique doit \u00eatre accord\u00e9e \u00e0 la foi, \u00e0 tout ce qui est sacr\u00e9 et cher au c\u0153ur des croyants.<\/p>\n<p>6. <em>Le droit \u00e0 l\u2019instruction<\/em>.<\/p>\n<p>Se rendre semblable \u00e0 Dieu par l\u2019exercice des vertus est l\u2019objectif de nos vies terrestres. L\u2019\u00e9ducation n\u2019est pas seulement un moyen d\u2019acqu\u00e9rir des connaissances, de mieux s\u2019int\u00e9grer dans la soci\u00e9t\u00e9, c\u2019est aussi une formation de la personne de sorte qu\u2019elle r\u00e9ponde au dessein du Cr\u00e9ateur. Le droit \u00e0 l\u2019instruction suppose l\u2019acquisition des connaissances dans le respect des traditions culturelles de la soci\u00e9t\u00e9, de la conception du monde qui est celle de la famille, de la personne. La religion est au fondement des cultures. Aussi, une \u00e9ducation et un enseignement qui se veulent complets doivent comprendre l\u2019acquisition de connaissances sur la religion qui d\u00e9termine la culture dans laquelle vit celui qui est enseign\u00e9. Ceci dans le respect de la libert\u00e9 de conscience.<\/p>\n<p>7. <em>Droits civiques et politiques<\/em>.<\/p>\n<p>Les Saintes \u00c9critures nous apprennent \u00e0 exercer pleinement nos obligations familiales et sociales afin que nous puissions mieux suivre le Christ (Lc 3, 10-14; Eph 5, 23-33 ; Tt 3, 1). L\u2019ap\u00f4tre Paul a souvent invoqu\u00e9 ses droits de citoyen romain afin de pouvoir librement pr\u00eacher la Parole de Dieu. Les droits civiques et politiques conf\u00e8rent \u00e0 l\u2019homme d\u2019immenses possibilit\u00e9s de mieux servir son prochain. Fort de ces droits, le citoyen est \u00e0 m\u00eame de s\u2019en servir afin d\u2019influencer la vie de la soci\u00e9t\u00e9, de participer \u00e0 la gestion de la chose publique. Le bien-\u00eatre de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9pend dans une grande mesure de la mani\u00e8re dont l\u2019homme met en \u0153uvre son droit d\u2019\u00e9lire et d\u2019\u00eatre \u00e9lu, de participer \u00e0 la vie associative, de s\u2019exprimer et de d\u00e9fendre publiquement ses convictions. L\u2019exercice des droits politiques et civiques ne doit en aucun cas entra\u00eener des dissensions et des attitudes hostiles. La tradition orthodoxe de la conciliarit\u00e9 suppose le maintien de l\u2019unit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 sur le fondement des valeurs morales immuables. L\u2019\u00c9glise nous appelle \u0430 contenir nos pulsions \u00e9go\u00efstes au nom du bien-\u00eatre de tous. Une approche fructueuse impliquant la n\u00e9cessit\u00e9 de rapports de collaboration entre le pouvoir et la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019est constitu\u00e9e dans l\u2019histoire des peuples r\u00e9sidant sur le territoire canonique de l\u2019\u00c9glise orthodoxe russe. Les droits politiques s\u2019ins\u00e8rent parfaitement dans ce mode de relations entre l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9. Les int\u00e9r\u00eats des citoyens doivent, dans ce cadre, \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9s d\u2019une mani\u00e8re ad\u00e9quate dans les diverses instances du pouvoir ; l\u2019action civique doit pouvoir s\u2019exercer librement.<\/p>\n<p>La vie priv\u00e9e, les convictions, les choix des personnes ne doivent en aucun cas faire l\u2019objet d\u2019un contr\u00f4le total de la part de l\u2019\u00c9tat. Il est dangereux pour la soci\u00e9t\u00e9 que les pouvoirs, les forces politiques, les \u00e9lites \u00e9conomiques et les m\u00e9dias manipulent, tentent d\u2019influencer les choix que font les personnes, leurs modes de pens\u00e9e. Il est inadmissible de collecter, de stocker et d\u2019utiliser des informations portant sur la vie priv\u00e9e des personnes sans leur consentement. Il est envisageable de collecter des informations sur une personne sans son consentement pr\u00e9alable lorsqu\u2019il s\u2019agit de la d\u00e9fense nationale, de la sauvegarde de la morale, de la sant\u00e9 publique, des droits et des int\u00e9r\u00eats l\u00e9gitimes des citoyens, de la pr\u00e9vention et de l\u2019\u00e9lucidation des crimes, de l\u2019exercice de la justice. Les m\u00e9thodes de collecte et de traitement des informations portant sur les personnes ne doivent pas \u00eatre humiliantes ou restrictives de la libert\u00e9, faire de la personne \u2013 qui est partie prenante des relations sociales \u2013 un simple objet de gestion informatique. La libert\u00e9 de la personne est encore plus menac\u00e9e par la mise en \u0153uvre de technologies qui accompagnent en permanence l\u2019individu ou<\/p>\n<p>font corps avec lui si ces technologies peuvent servir \u00e0 contr\u00f4ler la personne ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9guider.<\/p>\n<p>8. <em>Droits socio-\u00e9conomiques<\/em>.<\/p>\n<p>La vie terrestre est inconcevable si les besoins mat\u00e9riels de la personne ne sont pas satisfaits. Les Actes des Ap\u00f4tres d\u00e9crivent des communaut\u00e9s de premiers chr\u00e9tiens qui prenaient particuli\u00e8rement soin des conditions<\/p>\n<p>d\u2019existence de leurs membres (Ac 4, 32-37; 6, 1- 6). Se servir judicieusement des biens mat\u00e9riels participe de notre salut. Il est par cons\u00e9quent n\u00e9cessaire d\u2019avoir une approche \u00e9thique claire des droits \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, au travail, \u00e0 la protection de l\u2019arbitraire exerc\u00e9 par l\u2019employeur, \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019entreprendre, au droit \u00e0 un niveau de vie digne. L\u2019exercice des droits \u00e9conomiques ne doit pas conduire \u00e0 la constitution d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de consommation qui n\u2019aspirerait qu\u2019\u00e0 jouir des biens mat\u00e9riels. L\u2019une des fonctions des droits \u00e9conomiques et sociaux consiste \u00e0 pr\u00e9venir les divisions conflictuelles au sein de la soci\u00e9t\u00e9. De telles divisions sont en contradiction flagrante avec le commandement de l\u2019amour du prochain. Elles sont porteuses de d\u00e9gradation morale de la personne, de la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble, elles entra\u00eenent l\u2019ali\u00e9nation, enfreignent la justice. Prendre soin de ceux qui ne sont pas \u00e0 m\u00eame de satisfaire leurs besoins mat\u00e9riels est un devoir premier de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation et \u00e0 la sant\u00e9 ne doit pas \u00eatre conditionn\u00e9 par la situation \u00e9conomique et sociale de la personne.<\/p>\n<p>9. <em>Droits collectifs<\/em>.<\/p>\n<p>Les droits de la personne ne doivent pas \u00eatre exerc\u00e9s au d\u00e9triment des modes de vie existants, des traditions familiales des communaut\u00e9s religieuses, ethniques et sociales. Dieu a conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la nature humaine l\u2019aspiration \u00e0 vivre en communaut\u00e9 (Gn 2, 18). Les divers modes de vie en communaut\u00e9 permettent d\u2019accomplir la volont\u00e9 divine quant \u00e0 l\u2019unit\u00e9 du genre humain. Cette vie en communaut\u00e9 s\u2019organise dans le cadre de structures ethniques, \u00e9tatiques et sociales. L\u2019\u00c9glise, institution \u00e0 la fois divine et humaine, est le lieu o\u00f9 les commandements sur l\u2019amour de Dieu et du prochain sont r\u00e9alis\u00e9s pleinement (Mt 22, 37-39). La famille est la cellule de base de la communaut\u00e9. L\u2019ap\u00f4tre Paul souligne que la famille rel\u00e8ve du myst\u00e8re de l\u2019\u00c9glise (Eph 5, 23-33). C\u2019est au sein de sa famille que la personne s\u2019impr\u00e8gne de l\u2019amour de Dieu et du prochain. C\u2019est par la famille que sont transmis les traditions religieuses, la culture nationale, les principes sociaux. Le droit moderne se doit de consid\u00e9rer la famille comme \u00e9tant l\u2019expression de l\u2019union l\u00e9gitime d\u2019un homme et d\u2019une femme. Une telle union est la condition n\u00e9cessaire d\u2019une bonne \u00e9ducation des enfants. La loi a vocation \u00e0 \u00eatre respectueuse de la famille en tant qu\u2019entit\u00e9, de prot\u00e9ger cette entit\u00e9 de la d\u00e9sagr\u00e9gation, souvent provoqu\u00e9e par la d\u00e9gradation des moeurs. Le syst\u00e8me juridique prot\u00e8ge l\u2019enfant ; il ne doit pas amoindrir le r\u00f4le des parents dans son \u00e9ducation ; ce sont, en effet, les parents qui transmettent \u00e0 l\u2019enfant leur exp\u00e9rience spirituelle, leur conception du monde. Il est indispensable de faire preuve de respect \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres droits collectifs : droit \u00e0 la paix, droit \u00e0 un environnement sain, \u00e0 la sauvegarde du patrimoine culturel, des principes qui r\u00e9gissent l\u2019existence des communaut\u00e9s. Les droits civiques, politiques, \u00e9conomiques, sociaux, individuels et collectifs forment un tout, car li\u00e9s entre eux et interd\u00e9pendants: ils contribuent \u00e0 une organisation harmonieuse de la soci\u00e9t\u00e9 dans les pays et dans le monde entier. La valeur sociale et l\u2019efficacit\u00e9 du syst\u00e8me que constituent les droits de l\u2019homme d\u00e9pendent du degr\u00e9 auquel ce syst\u00e8me contribue \u00e0 la croissance de la personne dans la dignit\u00e9 qui lui est conf\u00e9r\u00e9e par Dieu. Les droits de l\u2019homme comprennent et englobent la responsabilit\u00e9 de l\u2019homme pour ses actes \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Dieu et de son prochain.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>IV. La dignit\u00e9 et la libert\u00e9 dans le syst\u00e8me des droits de l\u2019homme 1. Nous constatons l\u2019existence de traditions et de sp\u00e9cificit\u00e9s nationales dans la mise en pratique des droits et des libert\u00e9s. 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